Bibliothérapie
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« Les remèdes littéraires » de Berthoud et Elderkin : prescriptions de fiction pour les maladies de la vie

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L’ouvrage encyclopédique des Remèdes littéraires de Ella Berthoud et Susan Elderkin a tout d’un manuel médical qui propose des traitements aux maux courants du quotidien ou aux plus grandes blessures et épreuves de la vie… à quelques différences près. D’abord, « il ne fait pas de distinction entre les peines affectives et les douleurs physiques; vous pourrez trouver dans ces pages de quoi soigner un cœur brisé ou une jambe cassée » (p. 4). Ensuite, est-il bien indiqué, les médicaments prescrits ne sont pas disponibles en pharmacie, puisque, d’ordre livresque, ils se présentent plutôt comme des suggestions de lecture ayant le pouvoir de soulager les problèmes de tout ordre.

Quelle que soit votre maladie, nos prescriptions sont simples : un roman (ou deux!), à lire à intervalles réguliers. […] Certains traitements mèneront à une guérison complète. D’autres offriront simplement une consolation, en vous montrant que vous n’êtes pas seul. 

À la base des Remèdes se trouve ainsi l’idée que les amoureux de la littérature utilisent les romans comme onguents depuis des siècles. L’ouvrage met de ce fait en avant une foi inébranlable en l’efficacité de la fiction pour soulager les bobos de toutes sortes, « garantis, sans effets secondaires ».

Un dictionnaire humoristique

Il s’agit d’un dictionnaire médical méticuleusement organisé, classé par ordre alphabétique, dans lequel sont consignés les blessures, problèmes, maux et maladies les plus courants de la vie. On trouve vraiment de tout au fil des pages, comme quoi la littérature peut soigner n’importe quoi. Vous êtes claustrophobe, claqué, constipé? Vous avez des acouphènes, des maux de tête, des nausées ou faites face à un divorce difficile? Vous avez peur de l’avion? Vous éprouvez une difficulté à sortir du lit le matin? Vous avez le hoquet, la gueule de bois ou une puissante résistance aux changements? Il suffit de vous diriger à la section correspondante et un onguent littéraire vous sera prescrit. Pour des fourmis dans les jambes, attaquez-vous à L’Odyssée d’Homère. Pour un chômage persistant, lisez Chroniques de l’oiseau à ressort de Haruki Murakami. Pour un mal de dents, Anna Karénine de Tolstoï peut vous soulager. Vous vivez un amour compliqué? Allez voir Billie d’Anna Gavalda. Et dans le cas d’une rivalité fraternelle, deux choix s’offrent à vous : Caïn de Saramago ou Les quatre filles du docteur March de Louisa May Alcott, à vous de voir.

Les diverses entrées de l’ouvrage sont aussi bonifiées de renvois, selon les sujets abordés, à d’autres sections pertinentes à consulter. Tout est ainsi présenté pour faciliter la navigation du patient cherchant soulagement à travers les pages du manuel. Ainsi, « s’accrocher à l’homme ou à la femme idéal(e) » permet un lien rapide avec « peur de s’engager », « indécision », « être un incorrigible romantique » ou « gâcher son temps dans une relation ratée », pouvant se révéler tout aussi intéressant.

Lorsque le sujet le permet, le dictionnaire offre également des listes de « dix meilleurs livres » insérées au gré des pages, qui offrent de superbes compléments de lecture à celui ou celle qui voudrait s’investir plus sérieusement dans un traitement. « Les dix meilleurs romans quand on a 50 ans », « les dix meilleurs romans en cas de profonde déprime », « les dix meilleurs romans pour arrêter de fumer (ou pas) » ou « les dix meilleurs romans à lire dans un hamac » en sont quelques exemples.

Les maladies de lecture

Puisque les mordus des livres sont grandement sujets à des pathologies particulières, le dictionnaire offre une section complète destinée uniquement aux maladies de la lecture. Ainsi, il est maintenant possible de reconnaître et de soigner (ou pas) ces maux qui empoisonnent la vie. On y retrouve entre autres une posologie pour l’achat de livres compulsifs, le refus d’abandonner à la moitié (ou, encore plus grave, la tendance à abandonner à la moitié), l’amnésie associée à la lecture, ou encore des solutions pour le partenaire qui ne lit pas, les enfants requérant l’attention et la difficulté de choisir quel livre emporter en vacances.

Une diversité de contenu

Les Remèdes littéraires ne sont pas à lire d’un coup. C’est plutôt un livre qu’on feuillette, qu’on ouvre par-ci par-là et qu’on découvre à petits pas au fil de notre curiosité. Et par sa grande diversité, le dictionnaire nous offre, par le fait même, un parcours de l’histoire de la littérature depuis 2 000 ans à travers ses entrées humoristiques qui permettent de nous la faire connaître.

L’ouvrage ne manque pas d’humour et est assurément léger et rafraîchissant. Dans cette optique, il est important de ne pas prendre toutes les prescriptions au premier degré, surtout celles permettant soi-disant de soigner les problèmes plus lourds. Certaines entrées contre l’anorexie, le cancer ou l’obésité, par exemple, ou même les idées suicidaires auraient gagné à être abordées avec plus de doigté. Dans le même ordre d’idées, certaines explications revêtant un caractère humoristique peuvent être dérangeantes pour certain.e.s lecteur.trice.s, comme c’est le cas du « véganisme », introduit comme ceci : « Les mangeurs de légumes doivent redescendre sur terre de temps à autre et admettre que la mort fait partie du cycle de la vie. Se nourrir de ce qui pousse sur le sol est une excellente chose, mais le corps réclame aussi son lot de viande fraîche à l’occasion ». Végane moi-même, je m’en serais passé.

À d’autres moments également, l’ouvrage laisse l’impression d’une tendance à la globalisation et à la simplification qui, finalement, restreint beaucoup l’intérêt et la justesse des prescriptions littéraires. Quelques formulations comme « Quand on est [ceci], on est [cela] » m’apparaissent quelque peu problématiques. Une plus grande prise en compte de la diversité des problèmes et de leurs sources aurait permis d’éviter cette globalisation, que met en lumière aussi la proposition assez linéaire des suggestions, souvent montrée comme « tel livre soulage tel symptôme » alors qu’elles auraient pu être amenées comme « pouvant aider grandement » ou « pouvant fortement venir réconforter ».

Il serait cependant bête de se priver d’autant de suggestions littéraires réunies sous une même reliure, et surtout, de nombreux fous rires engendrés par la lecture de cette « apothicairerie inhabituelle ». Et parfois, il suffit en effet d’un Goethe pour calmer un amour non partagé ou d’un Agatha Christie pour soulager une grippe!

Et vous, qu’en pensez-vous? Un livre peut-il être d’un secours pour les blessures et maux divers?

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