Poésie et théâtre
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Mots capturés -Prise 2

Cette semaine encore, je me suis gâtée et j’ai décidé de t’offrir quelques petites citations qui risquent de te faire du bien ! Ou… du moins, des petits paquets de mots que tu trouveras assurément jolis !

« Elle aimait les livres et les mots. Un jour, elle s’était mise en colère parce qu’une personne avait dit : « Une image vaut mille mots. » Elle avait « emprunté » un magazine et, avec une paire de ciseaux, elle avait découpé les lettres nécessaires pour composer la phrase suivante, qu’elle avait fixée avec du scotch tape sur le tableau de bord du Volkswagen : UN MOT VAUT MILLE IMAGES. »

– Jacques Poulin (Volkswagen blues)

«  I was by myself for a pretty long time. I needed to do that. I think everyone that I know has wanted to do that or needed to do that at some point. I think when you spend enough time when it’s quiet around you and you don’t open your mouth for three or four days, there’s parts of your brain that can kind of rest. I think when we’re out in the world and we have to talk to people, we edit ourselves. You know, we have to like, act a little bit. As honest as we may be as humans, when we’re out here, we’re all kind of wearing mirrors on our faces. You know, constantly reacting to how to react to the people around you.

And I think when you’re alone for a long enough time, you can feel a lot more peace. »

– Justin Vernon (*mieux connu comme étant le chanteur de Bon Iver ! Bon… ce n’est pas une citation tirée d’un livre, mais c’est si beau que ça mérite d’être lu et relu!!)

« L’amour commence lorsque l’on cesse d’être amoureux. C’est peut-être au moment où l’on se sépare que tout devrait commencer car la passion s’évanouissant, on perçoit l’autre dans sa réalité concrète, dans son altérité. Il y a une décristallisation, l’illusion tombe et l’autre arrive. C’est souvent là que l’on arrête d’aimer, alors que c’est là qu’il faudrait peut-être commencer. »

  • Éric-Emmanuelle Schmitt

« En entrant dans la cuisine, je jetai comme d’habitude un coup d’œil à la grande horloge électrique Coca-Cola. Elle indiquait midi et quelque chose. Je donnai sa pâtée de poisson au chat et je mangeai un œuf à la coque avec des toasts, du fromage doux et un peu de miel. Ensuite, je montai au grenier pour écrire. La maison était vaste : elle avait deux étages et cinq chambres, mais c’était au grenier que je me sentais le plus à l’aise pour travailler. À cause d’un vieux malaise au dos, j’écrivais debout, en face d’une lucarne qui donnait sur le fleuve. Je plaçais mon bloc à écrire sur une boîte à pain, elle-même posée sur un bureau (la boîte à pain arrivait juste à la hauteur de mes coudes, et puis c’était commode pour ranger les stylos et le papier). Quand les mots ou les expressions ne voulaient pas venir, je marchais, je faisais les cent pas dans le grenier. »

– Jacques Poulin (Le vieux chagrin)

«  Parce qu’il y a une tempête dans ma tête. Oui, oui ! Une grosse tempête avec du vent, de la pluie et même des ouragans. Dès que je ferme les yeux, c’est El Niño derrière mes paupières. C’est El Niño avec ses millions de dollars de dégâts, ses milliers de morts et ses nombreux territoires dévastés. »

  • Marie-Sissi Labrèche (Borderline)

« Tout ça, c’est ça ! à dit Vida en montrant d’un geste pluvieux son corps. Mais ça, ce n’est pas

moi ! Je refuse d’être tenue responsable. Je n’ai rien à voir avec mon corps. Je ne lui demande rien. Je ne me sers pas de lui pour rien obtenir de personne ! Jamais, ni autrefois ni maintenant ni demain !

Je passe mon temps à me cacher de lui, vous vous rendez compte ? Passer sa vie à se cacher de son propre corps comme si c’était un monstre dans un film d’épouvante, et encore, une série B. Et malgré tout, il faut bien que je m’en serve, tous les jours, pour manger, pour dormir, pour aller d’un point à un autre. Je suis bien obligée de passer par lui chaque fois que je prends un bain, j’ai envie de vomir. Je suis mal dans ma peau. C’est pas ma peau. C’est la peau d’une autre. »

  • Richard Brautigan (L’avortement)

« Puis, l’âge aidant, à la faveur des expériences accumulées, il apparut qu’ils prenaient un peu de champs à l’égard de leurs ferveurs les plus exacerbées. Ils surent attendre, et s’habituer. Leur goût se forma lentement, plus sûr, plus pondéré. Leurs désirs eurent le temps de murir; leur convoitise devint moins hargneuse. Lorsque, se promenant aux abords de Paris, ils s’arrêtaient chez les antiquaires du village, ils ne se précipitaient plus vers les assiettes de faïence, vers les chaises d’église, vers les bonbonnes de verre soufflé, vers les chandeliers de cuivre. Certes, il y avait encore, dans l’image un peu statique qu’ils se faisaient de la maison modèle, du confort parfait, de la vie heureuse, beaucoup de naïvetés, beaucoup de complaisances; ils aimaient avec force ces objets que seul le goût du jour disait beaux: ces fausses images d’Épinal, ces gravures à l’anglaise, ces agates, ces verres filés, ces pacotilles néo-barbares, ces bricoles para-scientifiques, qu’en un rien de temps ils retrouvaient à toutes les devantures de la rue Jacob, de la rue Visconti. Ils rêvaient encore de les posséder; ils auraient assouvi ce besoin immédiat, évident, d’être à la page, de passer pour connaisseurs. Mais cette outrance mimétique avait de moins en moins d’importance, et il leur était agréable de penser que l’image qu’ils se faisaient de la vie s’était lentement débarrassée de tout ce qu’elle pouvait avoir d’agressif, de clinquant, de puéril parfois. (…) Il leur semblait qu’ils maîtrisaient de plus en plus leurs désirs; ils savaient ce qu’ils voulaient; ils avaient des idées claires. Ils savaient ce que serait leur bonheur, leur liberté.

Et pourtant, ils se trompaient; ils étaient en train de se perdre. Déjà, ils commençaient à se sentir entraînés le long d’un chemin dont ils ne connaissaient ni les détours ni l’aboutissement. Il leur arrivait d’avoir peur. Mais, le plus souvent, ils n’étaient qu’impatients; ils se sentaient prêts; ils étaient disponibles; ils attendaient de vivre, ils attendaient l’argent. »

– Georges Perrec (Les choses)

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