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Men explain things to me : au-delà du mansplaining

Ce recueil d’essais de Rebecca Solnit était dans ma liste de livres à lire depuis bien longtemps. C’est en découvrant l’auteure et ses autres œuvres, à travers le compte instagram Her pickings, que je me le suis finalement procuré. Il faut dire que toute l’actualité autour du terme mansplaining (1) , popularisé par l’essai de Solnit, a aussi pesé dans la balance. Alors que je croyais me retrouver devant une série de textes personnels racontant des anecdotes mettant en scène des hommes qui remettaient en question les compétences de Solnit parce qu’elle est une femme, c’est devant un tout autre type de texte que je me suis retrouvée et, à tout dire, c’est bien mieux ainsi. Un titre « click bait »  Men explain things to me, un titre qui fait jaser, qui fait vendre, mais qui, à mon avis, reflète peu le contenu du livre, passé le premier texte. En fait, il aurait aussi bien pu s’appeler Rebecca explains feminism to you . Dans  chaque essai, l’auteure aborde de manière très politique et publique des thèmes tels que la violence faite …

Tout doit changer, et vite

Naomi Klein est une tête d’affiche du mouvement altermondialiste et anti-globalisation. Auteure, activiste et cinéaste, elle travaille sans relâche. Devenue célèbre avec son essai No Logo, paru en 1999, qui porte sur les fabriques de vêtements qui exploitent les travailleurs dans des conditions terribles (Nike reste l’exemple le plus célèbre), Klein a fait paraître un autre essai-choc en 2014 : Tout peut changer  (titre original : This Changes Everything: Capitalism vs. the Climate). Traduit chez Lux éditeur par Nicolas Calvé et Geneviève Bélanger, le livre pose l’hypothèse que le modèle économique néo-libéral actuel est irréconciliable avec les efforts nécessaires pour freiner les méfaits des changements climatiques puisque le néo-libéralisme promeut l’hyperconsommation, tant des ressources naturelles que des produits créés par l’humain. Bref, notre système est en « guerre contre la vie sur Terre » (4e de couverture). Son argument est fort convaincant, ce qui le rend d’autant plus inquiétant. Journaliste de formation, Klein a travaillé pendant plusieurs années à la recherche pour cet essai. Le résultat est époustouflant. Avec des exemples provenant de tous les continents, Klein …

Aime comme Montréal, aime comme le Monde

Vous le savez, Montréal fête ses 375 ans cette année. Vous pourrez d’ailleurs lire chaque mois un article hommage à l’un des quartiers de la ville, sur Le fil rouge! Notre métropole fête en grand et ses artistes aussi. C’est dans le cadre de cette célébration que Marie-Christine Ladouceur-Girard a voulu présenter, dans un recueil de témoignages, les valeurs que portent Montréal et ses habitants : l’amour, le bonheur et la diversité. Aime comme Montréal offre le portrait de 60 couples interculturels qui ont choisi cette ville comme lieu d’ancrage pour vivre leur histoire. Certains se sont rencontrés au Québec, d’autres ont vu leurs chemins se croiser dans d’autres pays et ont décidé d’immigrer ici. Ces couples d’horizons différents se sont approprié Montréal à leur façon et y ont élu domicile parce qu’ils s’y sentent à la maison. De la diversité, Aime comme Montréal en est rempli : diversité dans les cultures, bien sûr, mais aussi dans les tranches d’âges et dans les sexes. J’avais bien peur au départ qu’on me présente des couples entre …

Et si la beauté rendait heureux ?

J’ai reçu ce magnifique livre aux coins ronds le jour de Noël. Je l’avais demandé quelques semaines avant, donc impossible de me l’offrir et de m’y plonger, et j’avoue que l’attente en valait la peine. Je l’ai lu pratiquement d’un trait cet essai, entre Montréal et Québec, et je me disais que c’était franchement parfait d’être sur la route à contempler le paysage hivernal québécois en lisant ce livre. Et si la beauté rendait heureux, de François Cardinal, éditorialiste en chef à la presse, et Pierre Thibault, architecte reconnu, est un véritable hymne à la beauté qui nous entoure. Le genre de livre qui nous fait tellement bien ressentir les lieux dont on parle qu’on a l’impression d’y être. C’est pas mêlant, je crois que Pierre Thibault risque d’avoir des milliers de gens qui lui écriront suite à la lecture de ce livre et ne manquera pas de projets fascinants, ce qui devait déjà être le cas à mon avis. Mais je crois surtout que ce sont les moines de l’abbaye Val Notre-Dame qui ne …

L’infini mémoire de notre temps

Rafaële Germain s’intéresse, dans cette petite plaquette jaune, à la mémoire, à l’oubli et aux nouvelles technologies qui ont modifié l’entièreté de nos rapports humains, mais pas que. Sous forme de petits fragments adressés à son père, la quête de Rafaële Germain est bien évidemment propre à elle-même et à son rapport intime avec la mémoire, les technologies et l’oubli. Elle touche cependant une société entière, me questionnant moi-même sur ces thèmes. Elle s’y attarde toutefois de façon très sincère et vulnérable en s’adressant à son père et en nous dévoilant des parts intimes de ce dernier et d’elle-même. Ainsi, elle s’interroge sur la transmission, l’importance d’avoir des racines, des ancrages réels et concrets. Inspirée par le décès de son père, l’auteur Georges-Hébert Germain, Rafaële Germain nous raconte comment son père était un homme qui aimait l’histoire, la recherche et comprendre les choses et qu’il l’a inspirée à faire de même. Dans une ère où l’on recherche de moins en moins et l’on oublie de plus en plus (car de toute façon, les données y sont si …

Montréal sur papier: la ville expliquée par 24 créateurs

Les Carnets de Montréal ajoutent une autre dimension à la ville. Je comparerais cela à une expérience de réalité augmentée, mais à la place de chercher des Pokémon à travers les rues, les parcs et les bâtiments, la lecture du livre nous permet plutôt « d’attraper » les trésors culturels et historiques de la métropole. On marche même côte à côte avec des créateurs montréalais pour découvrir leurs repères, leurs sources d’inspiration et leur regard sur la ville. Pas besoin de téléphone intelligent pour vivre l’expérience: un esprit curieux suffit. J’ai assisté au lancement du livre, le 20 octobre dernier, qui avait lieu dans la magnifique verrière du pavillon Jean-Noël Desmarais du Musée des Beaux-Arts de Montréal. J’ai eu la chance d’y rencontrer l’éditrice, Julia Duchastel, des éditions du Passage, et l’auteure  Catherine Pont-Humbert. Cette dernière, d’origine française, est tombée amoureuse de Montréal lorsqu’elle est venue y étudier la littérature, dans les années 1980. Cette journaliste a, depuis sa première visite, entretenu un rapport étroit avec la métropole et ses artistes. « Je la connais bien, comme on connait …

La répression politique au Québec : apprendre à y faire face

La Commission populaire sur la répression politique (CPRP) est un collectif militant autonome qui s’est donné comme mission de « documenter la répression politique exercée au Québec et de sensibiliser divers publics à la question ». Étouffer la dissidence : vingt-cinq ans de répression politique au Québec est un compte-rendu de leur projet. Le livre vient tout juste de paraître chez Lux. L’ouvrage commence par expliquer la démarche populaire de la CPRP, puis fait un (très) bref survol de la répression politique au Québec depuis le début des années 1990. Ensuite suivent les chapitres sur les différentes formes de répression politique : la répression policière, la répression privée sur les campus, la répression judiciaire, la répression par les discours publics et le profilage politique. Pourquoi parler d’un tel livre ici? C’est quand même pas mal loin de la littérature. Certes, mais est-ce loin des livres qui peuvent nous faire du bien? Pas pour moi. Laissez-moi vous raconter une tranche de vie pour mieux m’expliquer. En 2012, j’étais étudiante en cinéma au Cégep de l’Outaouais. Les …

Réflexions sur le café. Acheter, c’est voter de Laure Waridel

J’étais chez une merveilleuse amie. Depuis quelque temps, j’essayais de lire plus d’essais. Je voulais toucher à tout, développer ma pensée critique, m’informer davantage. Ce livre se trouvait entre deux autres, dans sa bibliothèque, et je lui ai demandé si je pouvais l’emprunter. Acheter, c’est voter. Le cas du café, de Laure Waridel, est un livre que je n’avais pas encore lu. Si j’étais déjà conscientisée au commerce équitable, je n’avais pas pris le temps de vraiment en comprendre les enjeux. J’avais cependant envie d’en savoir plus et ce livre me donnait l’occasion de le faire. Le titre, tout d’abord, vaut la peine qu’on s’y arrête. À lui seul, il résume toute la pensée du livre de Waridel. « Acheter, c’est voter » signifie, tout simplement, que nous avons, en tant que consommateurs, un énorme pouvoir. Et même si nous avons souvent l’impression de ne pas avoir le choix et d’être pris dans un système trop grand et trop complexe, c’est nous qui faisons pencher la balance, c’est nous qui, par nos achats, contrôlons le marché. …