Mois : février 2015

Le lecteur et les best-sellers

Best-seller. Cette expression, utilisée abondamment dans le monde littéraire, n’a pas la même signification pour tout le monde. Dans le milieu de l’édition, cela signifie un livre qui a connu un immense succès commercial, qui s’est énormément vendu par rapport aux autres livres du même genre. Dans la tête de bien des gens, un best-seller est un livre qui doit forcément être bon, étant donné la quantité de lecteurs qui l’ont acheté… non? Eh bien, ce n’est pas totalement faux… ni totalement vrai. L’autre jour, au travail, j’ai décidé d’ouvrir l’œil et, en plaçant les livres sur les rayons, je me suis efforcée de repérer ceux sur lesquels figurait la mention « best-seller ». Verdict? Énormément de livres portent cette mention, à un point tel que j’ai renoncé à compter. Le plus fascinant dans tout ça était sans contredit le fait qu’il y avait, dans le lot, de nombreux ouvrages dont je n’avais jamais vraiment entendu parler dans les médias, ni même par bouche à oreille. Bon, je sais, il m’est impossible de connaître tous les livres …

Mon petit pot du bonheur

  58 jours. Ça fait 58 jours qu’on est en 2015. «Déjà ?», qu’on s’dit. Mais au fond, c’est pas beaucoup. Y’est pas trop tard pour commencer à s’remplir un bocal avec une collection d’sourires. J’fais ça depuis un peu longtemps. C’est devenu une tradition que j’perpétue à chaque 365 jours (ou 366 quand c’est une année bissextile, mais on s’obstinera pas pour une journée). Je m’explique. La vie nous garroche des moments poches en chemin pis on glisse dessus comme sur des peaux d’banane. Sauf qu’après être tombé, on n’arrête pas d’y penser. On pense à la fois où on s’est presque fait mettre à la porte de notre job. La fois qu’notre chum-ou-bein-blonde nous a laissé pour les bras d’quelqu’un d’autre. La fois qu’on s’est senti pas bon en s’comparant aux autres. La fois qu’on s’est ridiculisé en public. Avec tout ça, on oublie les p’tits bouts d’notre vie qui remontent nos coins d’bouche à la hauteur de nos pommettes gonflées. Ceux-là, on les range dans un tiroir de notre esprit pis on les laisse dormir …

Julia, Sofia et moi

C’est en 2013 que j’ai entendu parler des pages du matin pour la première fois. Je suivais à ce moment-là une formation intensive en gestion de carrière artistique et c’était un exercice fortement suggéré. À l’époque, je m’étais contrainte à écrire ces trois pages dans un très grand cahier, dès le réveil. J’avais des problèmes de santé (qui se sont dilués avec le temps) et ma vie était bien remplie par l’école, le travail, le déménagement, le chum, la formation et tout et tout. J’ouvrais les yeux et dans la pénombre j’écrivais, les yeux à demi clos, tout ce qui passait par mon esprit. Pour être franche, ça a été une période épuisante de ce côté-là. J’ai donc fait l’exercice comme on me le demandait et puis j’ai tout mis de côté. Le moment était mal choisi. Jusqu’au moment où, en fouinant dans la section librairie de la coop étudiante où je travaillais, je suis tombée sur Libérez votre créativité de Julia Cameron. J’ai pris le petit livre rouge entre mes mains, il m’était familier. …

Chloé Delaume et le retournement du sablier

Je regarde ma bibliothèque. J’y vois un nombre imposant d’oeuvres écrites par des femmes écrivaines. Je lève le drap sur leur corps, je dévoile leur transparence, leur présence spectrale. Ces femmes écrivent et se positionnent contre le discours dominant, jouent avec ses codes jusqu’à les dissoudre. Elles ne sont pas passives; elles entrent dans l’action, elles se retournent contre les monstres institutionnels. Elles refont les structures. Elles effondrent les frontières de leur corps tombeau, elles se libèrent à travers une langue réinventée. Car elles savent que la langue est une construction patriarcale, reflet des idéologies dominantes androcentriques. En tant que femme, la langue nous fait violence. Elle est teintée d’euphémismes, des mots gentils qui viennent servir, encore une fois, les intérêts masculins. Mots-évitements, mots-opaques, mots-complices à la violence subite. Parce que le livre de Delaume, Le cri du sablier, est un renversement, une démolition, une reconstruction. Un coup de marteau à l’origine de la structure. Elle gratte, creuse. Elle extrait. Elle pointe, nomme. Elle cesse de faire disparaître les bourreaux derrière leur crime. Elle fait naître une …

Le journal d’Anne Frank ou l’annexe

  Comme vous le savez sans doute, cette année, cela fait 70 ans que la Deuxième Guerre Mondiale s’est terminée. Pour l’occasion, énormément d’événements et de publications ont été créés pour commémorer les victimes de l’Holocauste. C’est essentiel de prendre le temps de se souvenir et même pour plusieurs, d’apprendre sur ce passé historique incroyablement dur. Voilà pourquoi le Théâtre du Nouveau Monde a décidé de présenter l’adaptation d’Eric-Emmanuel Schmitt du Journal d’Anne Frank et ce, pas seulement à Montréal, mais un peu partout au Québec. Je suis donc allée assister à cette pièce de théâtre inspirée d’un des plus grands témoignages de la deuxième guerre mondiale. J’avais lu, comme plusieurs, Le journal d’Anne Frank, pour l’école, mais je ne m’en souviens pas réellement. C’est plutôt vers l’âge de 19 ans que j’ai relu le journal. Je me souviens d’y avoir perçu une grande lumière et avoir été charmée par Anne. C’est toujours un peu délicat d’adapter un texte si grand au théâtre… Comme il y aurait beaucoup à dire concernant l’adaptation elle-même, je vais m’en …

Les Misérables sous un oeil nippon

Un manga inspiré des Misérables. Un seul tome d’environ 200 pages. C’est aussi terrible que ce à quoi vous vous attendez. Déjà, l’idée de faire d’une œuvre romanesque de plus de 1500 pages un manga d’un peu plus de 200 est risquée. Deux maisons d’éditions s’y sont essayées, pour le meilleur et pour le pire. (Je vous en parlerai peut-être une autre fois.) Je préfère me concentrer sur cette fantastique adaptation et sa magnifique préface! Oui, oui, la préface. J’ai eu envie de vous la faire lire en entier mais, ayant peur des représailles (notamment des défenseurs (tout à fait légitimes) des droits d’auteurs), je n’en citerai que quelques passages particulièrement éloquents. Du bonbon, vous dis-je! Avant même la préface, la première chose que l’on lit en ouvrant le volume est une liste illustrée des personnages principaux du manga avec une petite description pour chacun d’entre eux. Déjà, ça ne commence pas bien. Est-ce que cela signifie que même les grandes lignes du récit ne sont pas claires? Que moins de dix personnages, c’est trop …

Pour la dernière et pour la première fois, Sophie Calle au Musée d’art contemporain de Montréal

L’incontournable artiste Sophie Calle expose présentement au Musée d’art contemporain de Montréal. L’artiste française, dont la réputation n’est plus à faire, nous présente dans l’exposition Pour la dernière et pour la première fois, deux récentes séries; La dernière image, 2010 et Voir la mer, 2011. L’artiste propose une réflexion sur l’absence, sur la privation et la compensation d’un sens, sur la notion de visible et d’invisible. Sophie Calle est inclassable, elle utilise les codes de l’art conceptuel tout en dégageant une narration et une poésie unique. Je n’hésiterais donc pas à faire découvrir cette exposition à mes amis qui ne sont pas « art contemporain friendly« , car son oeuvre ne nécessite pas de grands discours, de grandes connaissances en histoire de l’art et on n’est pas tenté de la comparer à d’autres ou de dire « tout le monde pourrait le faire ». Car non, tout le monde n’est pas Sophie Calle et tout le monde n’ose pas briser les barrières de l’intime comme elle sait si bien le faire. En 2002, allongée dans son lit au quatrième …

Les 5 meilleures librairies indépendantes de Montréal

Rien ne vaut quelques heures à vagabonder dans une librairie. Bon, ce n’est pas la meilleure activité pour notre portefeuille, mais c’est quand même inspirant! Et vous avez toujours la possibilité d’aller les chercher à la bibliothèque ensuite. Bref, que ce soit pour vous gâter ou pour trouver de nouvelles lectures, je vous suggère cinq librairies indépendantes extraordinaires! Le Port de Tête La meilleure de toutes! Je la love pour toujours! Je ne vous apprends certainement rien en vous disant que Le Port de Tête est une institution dans le cercle des librairies indépendantes montréalaises. Mêlant livres usagés et livres neufs, ils peuvent, en plus, vous commander n’importe quel livre dont vous avez besoin et ce, avec attention et gentillesse. Surtout, soyez à l’affût de la page Facebook puisque la librairie est l’hôte de toutes sortes d’événements littéraires super intéressants! L’Écume des Jours Cette toute petite librairie a failli disparaître. Comme j’aurais été triste! Incapables d’assumer le coût astronomique de leur loyer dans le Mile-End, ils ont finalement été accueillis avec enthousiasme sur Villeray, presqu’au …

Fifi Brindacier, la féministe tressée

Certains diront sans doute que c’est un peu tiré par les cheveux (Tadam!) de proclamer qu’une jeune fille est féministe. Or, ce n’est pas vraiment Fifi Brindacier elle-même qui l’était, mais bien l’espace que ce personnage a pris dans le monde de la littérature jeunesse et l’influence de ce grand classique littéraire. Fifi était féministe sans le savoir et je vous expliquerai pourquoi dans cet article. Écrit par la suédoise Astrid Lindgren en 1945, Fifi Brindacier ou plutôt Pipi Långstrump en suédois, est un roman jeunesse qui a eu ÉNORMÉMENT de succès. Les séries télévisées et les films à son effigie ne se comptent plus. Petit résumé de l’histoire, que vous connaissez sans doute déjà; une jeune fille vit seule depuis que son père, un capitaine, traverse les mers. Elle habite dans sa villa, Drôlederepos, avec son ami le cheval et son singe. Sa vie est synonyme d’événements farfelus et de liberté, surtout! Elle a aussi un coffre rempli de sous dans sa maison et vit au gré de ses envies. Alors pourquoi Fifi Brindacier est-elle …