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Salvador : l’écrivain de la montagne

J’ai un amour inconditionnel pour tout ce qui touche de près ou de loin au théâtre. Rien ne bat le plaisir d’aller voir une nouvelle pièce et d’en absorber les moindres détails, de se laisser submerger par les personnages, les dialogues et la mise en scène. Lire une pièce de théâtre, bien que très différent, est tout autant gratifiant. On en apprend beaucoup sur les personnages en découvrant tout ce qui ne se voit pas lors du spectacle : les didascalies, les titres des scènes, les précisions de l’auteur. Tout cela change l’expérience du tout au tout. Salvador : La montagne, l’enfant et la mangue de Suzanne Lebeau ne fait pas exception. « Au cœur de l’Amérique du Sud, une montagne, aussi belle dans la clarté du matin que cruelle dans l’obscurité des mines qui la sillonnent de toute part. Salvador, un enfant de la montagne devenu écrivain, se rappelle… le départ sans retour de son père et de son frère, les crayons de couleur d’Ana et les rêveries de Teresa, ses sœurs, les cireurs de chaussures …

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La fatigue des fruits : la lassitude du quotidien

Je dois l’avouer, j’ai un petit béguin littéraire pour l’œuvre de Jean-Christophe Réhel ces temps-ci. Après avoir dévoré Ce qu’on respire sur Tatouine l’automne dernier, j’ai récemment succombé à son recueil de poésie La fatigue des fruits. Comme Réhel se définit d’emblée comme un poète, cette lecture a représenté une merveilleuse découverte de sa passion première et une confirmation de son immense talent. Plusieurs personnes m’avaient vivement recommandé la lecture de sa dernière œuvre, et je me suis laissée convaincre sans grande difficulté. Des thématiques récurrentes  Les thèmes abordés dans La fatigue des fruits ressemblent à ceux que l’on retrouve dans Ce qu’on respire sur Tatouine : la maladie, la solitude, la lassitude du quotidien et le sentiment d’être inadéquat, notamment. Par contre, dans La fatigue des fruits, l’art de la poésie nous suspend dans un espace-temps indéfini, contrairement au roman. Dans cet état « flottant », on se laisse bercer par l’éloquence de l’écrivain et on peut apprécier davantage toute la beauté de sa plume, vu l’absence des exigences d’un récit narratif : ça doit être ça les fenêtres sont …

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Hochelagurls : une poésie coup de poing

J’avais besoin d’un peu de poésie. C’est un manque constant qui me rappelle à la raison le moment venu. Mon choix a été rapide. Sans regret, d’ailleurs. J’ai vu le petit recueil sur le présentoir au Salon du livre. Le titre m’a tout de suite interpellée. Hochelagurls. Je suis de celles-là, habitant le quartier depuis bientôt six ans. Je me suis identifiée, je l’ai pris, j’ai payé et j’ai lu. Avec frénésie, malgré que ce ne soit pas recommandé quand il s’agit de poésie. Je n’ai pas pu arrêter. Audrey Hébert m’excusera. Hochelagurls, c’est une ode au quartier Hochelaga, vous l’aurez compris, mais surtout à ses habitants, souvent venus d’une autre planète. Plus particulièrement, c’est un témoignage poignant sur la sororité entre filles, celles qui ne l’ont pas toujours facile, celles qui partagent leur rien avec toutes, celles qu’on ne peut pas ignorer en raison de la présence bruyante et manifeste. Entendues, peut-être pas comprises. Du moins, Hébert aura su élever leur voix avec sincérité, sans aucun détour, droit au but. Elle le dit elle-même : …

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Trust – la poésie et le heavy metal

J’ai toujours cru que la musique et la poésie partageaient la même magie créative. Le rythme qu’on retrouve dans un poème ou les vers imagés qui composent les paroles d’une chanson en sont la preuve. Poète et musicien, Pierre Labrie représente bien cette communion entre les deux formes d’art. C’est en réunissant ses passions que son recueil Trust a vu le jour. À l’image des albums concept, Trust est un amalgame de littérature, de musique et d’art. Dans ce recueil de poésie autobiographique, Pierre Labrie nous raconte comment la musique métal l’a accompagné dans les moments marquants de sa vie. On le voit évoluer à travers l’enfance et ses épreuves. On assiste à ses découvertes dans l’univers du métal et à ses premiers pas comme musicien, puis comme écrivain. Chaque page et chaque vers composant Trust sont imprégnés de la culture heavy metal. Elle est citée dans les épigraphes et les textes, et on la retrouve même dans la mise en page, qui rappelle celle des pochettes d’albums vinyles. On la ressent jusque dans les …

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La nuit du 4 au 5, pas qu’une pièce de théâtre

Depuis mon cours de dramaturgie l’année passée, je garde un œil sur les programmations théâtrales des théâtres les plus populaires de Montréal. Je m’intéresse au gagnant du prix Gratien-Gélinas du CEAD (Centre des auteurs dramatiques) chaque année, et je me dis chaque fois, un peu comme je me le dis avec les livres, « si ça gagne un prix, c’est que ça doit être bon », alors je m’oblige, à mon plus grand plaisir, à aller voir cette pièce. Je n’ai pas pu voir la pièce La nuit du 4 au 5, de Rachel Graton, par manque de temps, et depuis j’ai tenté de traquer cette pièce pour au moins la lire, sans réussir. Jusqu’au Salon du livre de Montréal de cette année où je l’ai aperçue au loin, quasiment entourée d’un halo, chez Dramaturges Éditeurs. En plus, à mon plus grand bonheur, c’est une illustration de Mathilde Corbeil qui habillait la première de couverture. Que du bonbon pour les yeux. Une construction particulière Lors de mes premiers moments de lecture, j’ai trouvé la pièce décousue, …

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À la rencontre du territoire, à la rencontre de l’autre

Dans mon imaginaire, je ne sais trop pourquoi, la toundra s’associe à l’hiver, à la neige qui tombe et s’accumule parfois avec langueur, parfois avec violence. C’est un espace vaste, dénudé, riche pour celui qui sait regarder. Elle m’inspire le respect et la majesté. L’idée d’y prendre un thé avec Joséphine Bacon, poétesse et réalisatrice innue, m’interpellait beaucoup. Un thé dans la toundra, Nipishapui nete mushuat a donc été ma porte d’entrée dans une œuvre puissante et bouleversante. Le recueil Un thé dans la toundra a été écrit à la fois en français et en innu-aimun (le montagnais), comme tous ces autres recueils. Il s’ouvre avec un court prologue racontant la première visite de l’autrice dans cette fameuse toundra québécoise. Ces quelques pages nous préparent à plonger dans l’immensité du territoire, dans la grandeur du recueil qui se veut l’éloge de la toundra, de l’horizon infini, du territoire des ancêtres, du retour aux origines. On y parle de la terre, du ciel, de la chasse, de l’exil et du cycle de la vie. Les poèmes …

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Chrysalides : la poésie viscérale du changement

Présenté le 25 octobre dernier, dans le cadre du festival Québec en toutes lettres, le spectacle Chrysalides de Queen KA et son band poétique m’a fait vivre une expérience unique tout à fait surprenante et bouleversante. Plus qu’une mise en lecture des textes de celle qu’on qualifie de reine du slam, Chrysalides est une performance poétique, musicale et théâtrale puissante qui dépasse les mots. Le spectacle C’est sur une scène dépouillée que Queen KA, de son vrai nom Elkahna Talbi, et ses deux musiciens, Blaise Borboën-Léonard et Stéphane Leclerc, prennent place pour livrer certains textes de l’autrice accompagnés tantôt d’une musique électronique, pesante et anxiogène, tantôt plus classique, légère avec ses cordes et son piano. On y parle d’identité, de quête, de nostalgie, d’amour, de quotidien, du poids de l’image et de la performance, de nationalisme, de fuite, d’origine, de couple; tant de thèmes liés de façon souvent évidente, parfois ténue, mais dont le fil conducteur tisse la trame de Chrysalides. L’amalgame des mots et de la musique, la voix riche de l’autrice, sa prestance …

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Chroniques d’un cœur vintage: quand la sensibilité se raconte

L’automne est définitivement ma saison préférée, en grande partie grâce à la richesse et à l’effervescence du milieu littéraire et culturel. L’offre est d’une telle abondance; je voudrais tout lire et tout voir! Manque de temps oblige, il faut cependant faire des choix et des compromis qui sont souvent déchirants. Or, cette année, il y avait un spectacle que je ne voulais absolument pas manquer : Chroniques d’un cœur vintage d’Émilie Bibeau, dont j’ai découvert les talents d’autrice au fil de ses présences à l’émission Plus on est de fous, plus on lit. Premier spectacle solo Seule sur scène, Émilie nous donne accès à ses réflexions sur l’amour, l’amitié, la solitude, la curiosité et la sensibilité. Une sensibilité pour ressentir le monde, la capacité d’être émerveillée, enthousiasmée, émotionnée, bref, avoir la sensibilité d’un cœur vintage. Le spectacle est simple; une mise en lecture de textes d’autofiction entrecoupée de monologues où les mots de l’autrice résonnent aux côtés des mots de Dany Laferrière, Colette, Simone de Beauvoir, Cioran et Julian Barnes. Des auteurs qui accompagnent quotidiennement Émilie, …

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Le bricolage poétique de Roxane Desjardins

Mon coloc a récemment décidé de se débarrasser de presque tous ses livres. C’est dans un bonheur incrédule que je me suis emparée de tout ce qui me passait sous la main. Parmi mes nouvelles acquisitions : Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire de Roxane Desjardins. Ce recueil est arrivé dans ma vie comme un baume sur une plaie ouverte dont je ne soupçonnais pas l’existence. « Comment c’était avant, est-ce que ça m’est vraiment déjà arrivé, d’être confortablement emmitouflée dans les chaudes couvertes de l’enfance. » Enchantement désordonné Visuellement parlant, j’étais déjà conquise. Le recueil est beau, mettant en vedette une illustration à la fois enfantine et étoffée. À l’intérieur, du pêlemêle et du beau. J’avais l’impression, le temps de 93 pages, d’entrer dans l’esprit de Roxane Desjardins et de partager toutes ses blessures, ses joies et ses peines. Le plus bel aspect de ce livre, c’est son ordre incertain, ces choix que nous avons à faire tout au long de notre lecture. C’est que chaque poème a sa construction particulière, qui …

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Antioche: les filles en criss

Dans Antioche, la pièce de Sarah Berthiaume publiée chez les éditions de Ta Mère, les trois personnages,  Antigone, Jade et sa mère Inès, se révoltent de l’intérieur, un peu comme chaque fille dans le monde. Les trois femmes en crisse permettent de portraiturer chacune à leur manière une femme révoltée par les injustices qu’elle vit selon différentes caractéristiques (le groupe d’âge, la situation amoureuse, les origines, etc.).  Antioche établi une résistance contre le monde établi. Le terme «emmuré» est souvent employé pour décrire le quotidien des femmes; elles sont enfouies sous le poids de la routine et des normes établies. Les trois femmes cherchent à fuir ce qu’elles vivent: l’ennui. La pièce se construit sur des sujets importants et actuels, comme l’immigration, la révolte et l’adolescence. Jade Jade passe son temps sur son ordinateur à discuter avec un homme qu’elle ne connait qu’à travers son écran et qui garde l’anonymat. Ensemble, ils bourrent leur crâne de conspirations capitalistes et leur désir de rébellion devient de plus-en-plus éminent. Jade veut fuir l’ennui qu’elle vit chaque jour et l’incertitude …