All posts filed under: Poésie et théâtre

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Atteindre les étoiles en pleurant un peu

Un bain poétique Depuis quelques semaines, j’ai pris l’habitude de lire en prenant un bain (c’est une activité que je suggère fortement, quel bonheur que de vivre ce moment de lecture et de relaxation). Je tamise la luminosité dans la petite pièce en allumant une seule chandelle, elle suffit à éclairer les pages du livre que je tiens au-dessus de l’eau parfumée aux essences de menthe et d’eucalyptus, mes favorites. L’eau, très chaude, crée une légère brume au-dessus de mon corps qui n’est jamais entièrement submergé. C’est là que j’ai commencé la lecture du recueil de poèmes Pleurer ne sauvera pas les étoiles de François Guerrette, paru aux Éditions Poètes de brousse en 2014. À haute voix, bien sûr. La poésie lorsqu’elle trouve une voix pour la prononcer est vivante, elle se délie sur la langue et se fait échos contre les murs bétonnés, elle les transperce. Elle flotte, elle fuit, elle danse. J’ai emprunté le recueil à une amie, après qu’elle ait partagé avec moi un extrait qui se situe au début du recueil. …

De migrations et d’origines : Outardes de Catherine Côté

L’Abitibi, c’est les mines, la forêt à perte de vue, les camps de chasse perdus dans le bois; c’est Val-D’Or et Rouyn-Noranda; c’est une terre colonisée sur le tard, lors de la crise économique des années 1930; c’est des petits lacs où se saucer l’été pour se sauver des mouches à perte de vue; c’est un hiver interminable avec le lourd silence qui l’accompagne, un « silence [qui] pren[d] toute la place » (p. 38). L’Abitibi, c’est Richard Desjardins et Raoûl Duguay. L’Abitibi, c’est aussi le sujet du premier recueil de Catherine Côté, Outardes, dernier titre parut à la collection poésie des Éditions du passage. Poésie des origines, Outardes raconte l’Abitibi où Côté n’a jamais habité; l’Abitibi qu’elle a explorée à la recherche des traces de ses ancêtres. Montréalaise, Côté a ses racines familiales en Abitibi. Avec son recueil, elle explore l’impossibilité en même temps que la nécessité de prendre racine dans un passé et un territoire inconnu. L’étau se resserre D’emblée, le sujet poétique est situé géographiquement : les vers « je suis fille de fleuve / …

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Tu me places les yeux : ces souvenirs d’enfance perlés de tendresse

J’approche le 200e article sur ce blogue, mais encore aucune critique de poésie,  excepté dans le cadre du défi #unlivrequébécoisparmois. Ce n’est pas que je n’apprécie pas ce genre littéraire, au contraire, je pense seulement que je vis un petit sentiment d’infériorité quand il vient le temps d’analyser, d’écrire sur ma lecture, comme si j’étais inadéquate à saisir le sens des mots. J’ai toutefois pris la décision de lire et d’écrire sur Tu me places les yeux, recueil de poème d’Aimée Lévesque, publié chez La peuplade. C’est la description du recueil de poésie qui m’a convaincue. En la lisant, j’avais déjà les larmes aux yeux. La simple évocation des souvenirs d’enfance, de la nostalgie d’une grand-mère, m’a touchée. C’est comme si dans ces mots, j’ai ressenti un désir, un besoin de me plonger dans ce recueil coloré pour moi aussi, à mon tour, revisiter les souvenirs d’enfance reliés à ma grand-mère qui me bercent encore chaque fois que j’y repense. « Après le décès de sa grand-mère, la petite-fille de cinq ans devenue grande revisite la …

S’enfoncer dans l’hiver avec Sébastien Dulude

Avant même d’annoncer leur projet de Fictions du Nord, La Peuplade montrait son parti pris pour des œuvres qui explorent l’imaginaire collectif nordique en publiant, entre autres, le second recueil de poésie de Sébastien Dulude ouvert l’hiver à l’hiver 2015. Son premier recueil chambres est paru chez Rodrigol en 2013. Ouvert l’hiver comporte soixante poèmes, tous écrits en tercets de vers libres, qui racontent la relation amoureuse haletante entre une fille et un garçon au cours d’un hiver. « Obsessivement ficelés » dit la quatrième de couverture. C’est bien vrai. Les poèmes sont aussi délicats à la manière de flocons de neige qui tombent. « L’histoire derrière ces poèmes, c’est celle d’un gars qui reçoit la visite d’une fille. Parfois, c’est lui qui va la voir et vice-versa. Les fenêtres restent ouvertes, mais il n’est pas trop certain de cette histoire. Ce sont surtout des poèmes très courts, des instants d’hiver. Je voulais qu’il se passe quelque chose de très chaleureux, mais que ce soit aussi très froid, un peu comme si tous les objets étaient faits de verre », …

Dans l’intimité des Reines

Publiée le 1er janvier 1991, Les Reines de Normand Chaurette est sans le moindre doute une pièce de théâtre surprenante, tant par son style d’écriture particulier, que par l’histoire rocambolesque. Une atmosphère obscure pour une famille obscure  Plongée à l’intérieur d’un palais londonien en 1483, la pièce présente six femmes affolées dans un univers pesant où toutes convoitent le trône d’Angleterre. La reine Elisabeth, les sœurs Anne et Isabelle Warwick, la reine Marguerite, Anne Dexter et la vieille duchesse d’York âgée de quatre-vingt-dix-neuf ans sont représentées toutes plus angoissées et affolées les unes que les autres. Je dois avouer que suivant ma lecture, je reste dans un état dubitatif. Certaines choses m’ont absolument séduite, par contre, l’histoire semblait par moment quelque peu complexe à suivre; peut-être par le style d’écriture s’appropriant le vocabulaire de l’époque, ou la façon dont elle est écrite, ou l’agitation parfois « mêlante » des personnages. Il reste que l’histoire m’a plu, elle me rappelle les pièces de Shakespeare dont j’ai toujours aimé l’écriture. Une famille entre vérité et mensonge Résumant l’histoire, …

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Le second magazine papier des Filles Missiles : #pouvoirmagique.

10 février 2017. Lancement du deuxième magazine papier des Filles Missiles au Quai des brumes. Il est possible de voir certaines auteures au bar, devant le stand de vente, éparpillées un peu partout… Les femmes ne sont pas discrètes, elles prennent toute la place. Puis des sifflements, des cris, des gorges qui se déploient : une performance. Le thème de ce second magazine est MAGIE. Après les lectures, la soirée s’étire encore un peu, les gens se donnent des câlins, les esprits un peu plus embrumés que tantôt s’entremêlent et c’est dans le métro, direction Honoré-Beaugrand, que je commence ma lecture. (En pensant encore au one-piece rose vraiment #goal de Marie Darsigny) Malgré sa sombre couverture, l’intérieur du magazine déborde de couleurs. On dirait presque que des paillettes se déposent sur nos doigts en tournant les pages. Les illustrations sont signées par Véronique Lévesque-Pelletier, Camille Monette-Dubeau, Sophie Latouche (qui a aussi fait la couverture), Charline Bataille et Geneviève Lovestruck. Dans ces images, il est question du quotidien, de douceur, d’enjeux féministes (obviously), de rage et de …

Entre fragilité et hostilité : l’intime

Paru en octobre dernier aux Éditions Poètes de brousse, Amélia est le deuxième recueil de poésie de Laurence Lola Veilleux, son premier étant Chasse aux corneilles (2014). Je n’ai pas tendance à choisir un livre seulement par instinct, je m’informe et je m’inspire des lectures des autres (#lefilrougelit), puis je choisis ce que je vais lire. Au Salon du livre de novembre dernier, je me suis laissé guider quasi aveuglément à travers les publications de Poètes de brousse. Amélia a été choisi par sa couverture envoûtante et son titre énigmatique. Qui est Amélia? Amélia est cette fille prise dans les bois, hors du temps, comme la décrit l’auteure du recueil. Elle y habite, elle y apprend à chasser, à pêcher, à dépecer, à faire ce qu’elle doit faire et non ce qu’elle veut faire. À travers les métaphores puissantes, Amélia se dévoile comme mise à nu devant nous, elle est l’animal pris au piège de sa propre vie, celle où l’issue semble inexistante, celle gardée par son père dans un monde qui ne lui appartient …

Liberté et poésie du présent, entretien avec Louise Warren finaliste au G.G. de l’essai

Louise Warren est poète et essayiste depuis plus de trente ans. Sa plus récente parution, La vie flottante. Une pensée de la création, a été publiée aux Éditions du Noroît. Finaliste au prix du Gouverneur Général dans la catégorie Essais, elle a reçu le prix Littérature et le prix Ambassadeur Télé-Québec des Grands Prix Desjardins de Lanaudière. Cet essai s’articule sous diverses formes d’écriture : récit, vers, prose, fragments. Une structure hybride qui constitue un tout cohérent où se dévoile une poésie à l’écoute du présent. C’est aussi une écriture intime imageant sensations, flottements, souvenirs lointains ou récents, le thème du voyage et le déploiement du temps. Louise, au début de votre essai, vous posez la question « comment un lieu de création agit-il comme matière d’écriture ? » Qu’est-ce que les lieux vous permettent d’explorer, de trouver? D’un festival de poésie à Grenade j’ai rapporté deux textes, le long poème « El Paseo de Los Tristes » et une réflexion sur le poème et sur le deuil de ma mère. Le lieu de cette rue étroite m’a donné la …

887 et la mémoire de Lepage

Paru le 16 novembre dernier, ce volume illustré de la dernière pièce de Robert Lepage, 887, réussit à immortaliser le brio de l’auteur. (Laurence a d’ailleurs parlé de ses impressions de la pièce ici.) Le défi, en portant le théâtre sur papier, était de ne pas dénaturer la mise en scène magistrale de Lepage ainsi que de réussir à conserver cette unicité si caractéristique de l’auteur : l’utilisation de la technologie. Savamment illustré par Steve Blanchet, 887 plonge dans les méandres de la pensée du Robert Lepage d’aujourd’hui, entrelacée de celle du petit Robert des années 60-70. Pour moi, le théâtre, ça commence ici: dans un lit à deux étages avec ma soeur Lynda dans une chambre d’enfant de l’appartement 5 du 887 de l’avenue Murray, dans le quartier Montcalm à Québec. […] Quand, tout à coup, l’un deux eut l’idée d’utiliser son ombre pour illustrer son histoire. À l’aide de la lumière des flammes, il fit apparaître sur les murs de la carrière des créatures plus grandes que nature. Les autres, ébahis, y reconnurent tour à tour …

Ariel, de la poésie envoûtante

Sylvia Plath, ce nom. Ce nom qui, dès qu’il est évoqué, nous envoûte dans la beauté de son art. Ariel est sans doute le recueil de poésie le plus connu de l’auteure et poétesse. On y retrouve ses poèmes les plus populaires. Bien qu’écrit de son vivant, ce recueil a été publié en 1965 à titre posthume, soit deux ans après son suicide en février 1963. Il est évident que Sylvia Plath a su laisser sa marque dans le monde littéraire par une écriture sincère et symbolique. Ted Hughes, son mari, a fait le travail d’assembler et de choisir les poèmes à inclure dans le recueil afin de donner un résultat authentique à l’image de l’auteure tourmentée. En effet, Sylvia Plath, très bonne étudiante, était considérée suicidaire pendant une grande partie de sa vie. Elle aura essayé à maintes reprises de s’enlever la vie, en vain, pour finalement y arriver un triste jour de février. C’est à travers ce recueil et ses œuvres littéraires, comme La Cloche de détresse, un roman autofictionnel, que se développe une …