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Bordeline : pour se sentir moins seul.e avec sa folie

Folle. J’ai eu peur de l’être, souvent. Trop longtemps, j’ai eu l’impression de l’être vraiment, aussi. C’est douloureux pour la tête et les émotions quand le mot te traverse de bord en bord. Ça transperce, fort. Ça te balance en bas de ta chaise. Ça te fait pleurer en p’tite boule dans les couvertes, le cœur serré. Ce mot-là il est resté ancré en moi comme une cicatrice qui n’a jamais voulu s’effacer. Il revenait à la charge, toujours. Folle. Je suis folle. Je suis crissement folle. Mes instants de paranoïa, mes délires non-justifiés, mon humeur changeante, mes états dépressifs, ça en faisait trop, je me disais : j’suis pas normale. Tout le temps. Ça revenait à la charge, encore. Une p’tite crotte abandonnée sur le bord de la route. Une guenille sale qu’on a oubliée dans le fond de l’évier. Un lapin dans sa cage qu’on n’a pas lavé depuis des jours. Je croyais être seule au monde. Un jour j’en ai parlé à un psy, puis à des ami.e.s et à ma famille. J’ai …

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Péter sa coche ou briser le tabou de la maladie mentale

Personnalité connue du web, je suivais Matthieu Bonin depuis un bon bout sur les réseaux sociaux, pour son audace, pour sa sensibilité aussi. Puis, un moment donné, je l’ai trouvé juste, trop. J’ai décroché. Les années ont passé. Jusqu’à ce que dernièrement, mes yeux aient remarqué son nom à nouveau dans une librairie, sur une jaquette de livre. Matthieu Bonin avait écrit : Péter sa coche, publié en février 2017, aux éditions Un monde différent. Souffrant de trouble d’anxiété généralisée et de maladie affective bipolaire (de type 2 dans son cas), l’auteur doit jongler constamment entre les différents cycles que la maladie lui amène, tout en affrontant les aléas de la vie. Il doit essayer d’apprivoiser ses humeurs, basculant du deep down de la dépression jusqu’à émerger vers une stabilité trop courte et ensuite bifurquer dans l’hypomanie. Les autres peuvent le trouver difficile à suivre, pour lui, ce l’est encore plus. Le livre s’ouvre sur la réflexion qu’après 26 ans à vivre dans le chaos, ayant toutefois reçu l’aide de son médecin de famille et …

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Chroniques d’une anxieuse : ma petite peur de l’échec

J’me souviens encore du seul et unique examen que j’ai coulé. J’étais en cinquième année. C’était un test sur les divisions. Un test surprise. Quand madame Diane avait lancé avec un p’tit sourire narquois qu’on serait évalué là, maintenant, tout de suite, sur ce qu’elle nous avait enseigné la veille, j’ai buggué. Les autres soupiraient. Les autres tappaient du crayon nerveusement. Mais moi. J’ai buggué. Beaucoup. J’ai cru que le monde s’effondrait. J’étais pas préparée. D’habitude, j’étudiais, me pratiquais jusqu’à temps que ce soit ancré en moi comme si je l’avais toujours su. Comme si j’étais née en sachant diviser des nombres compliqués. Mais là, je ne pouvais pas, j’étais impuissante, je n’étais pas prête, je ne me souvenais de rien. Les mains moites. Le pied droit nerveux. Les yeux pleins d’eau. La prof qui passait d’un pupitre à l’autre en s’assurant de déposer face contre table le bout de papier qui me faisait trembler l’intérieur. Elle est arrivée à mon pupitre. Elle a déposé le test devant moi. Elle a dit : dans 4, 3, …

Lettre à Rose Patrie

Ma chère amie, Toi qui m’as accueillie alors que j’étais en terrain inconnu, toi qui m’as accompagnée dans mes longues marches vers une destination mystérieuse, dans cette nouvelle ville que j’essayais d’apprivoiser, sache que je ne t’oublierai jamais. Je me souviendrai de nos déjeuners à L’Entre-Pots, suivis d’une longue marche sur la Promenade Masson, afin de brûler les calories et de terminer les discussions sans fin. Même l’Afternoon tea de La Brume dans mes lunettes ne vient jamais à bout de nous faire taire. Je t’écoute me raconter ton histoire, nostalgique et envoûtante, et tu m’accompagnes dans mes moments d’incertitude et de doute. Il paraît que c’est ça, l’amitié. Je n’oublierai jamais nos après-midi ensemble, au Marché Jean-Talon l’été et au Cinéma Beaubien l’hiver. Incapables de nous quitter, on finit souvent la soirée à l’Isle de Garde, là où la bière est bonne et le rire est de mise. Quand on se sent un peu plus funnées, on se rend au Nacho Libre, obnubilées par les vidéos loufoques qui y jouent en boucle. J’avais toujours …

Ouvrir un nouvel onglet dans sa vie

Thomas est perdu. Il ne voit plus l’utilité de son travail comme concepteur de jeux vidéo. Il ne sait plus à quoi il sert. Il fait un retour aux études à temps partiel en littérature et vit en colocation avec des jeunes très fêtards et fuyant la vie rangée. Il ne comprend pas vraiment où il s’en va. Il est en transition, mais ne sait pas comment embrayer vers la prochaine étape. Alors, il ne fait que sortir constamment et boire trop de bières avec ses nouveaux colocs. J’ai pensé « Ma gueule de bois est la seule chose qui me tient en vie. » J’ai tout de suite connecté avec son spleen, vivant moi-même une période de transition. Mais je ne pense pas être la seule. J’ai l’impression qu’on est tous un peu comme ça autour de moi. En tout cas, beaucoup d’entre nous. Nous nous cherchons. Nous avons, pour la plupart, étudié dans le domaine de notre choix (contrairement à des générations antérieures qui se voyaient imposer des choix d’études par leurs parents). …

Entrevue avec Mélissa Verreault

C’est bien fébrile que je me rendais dans un café de la Petite Italie, en milieu de semaine, pour y rencontrer l’auteure Mélissa Verreault. Lieu qui n’a pas été choisi par hasard, d’ailleurs : le dernier roman de Mélissa, Les voies de la disparition, se déroule en partie dans l’Italie des années 1980, alors que survient ce que l’on nommera l’attentat de Bologne. En partie, dis-je bien, car ce n’est qu’une des voies de la disparition que l’auteure a choisi d’exploiter. On a donc parlé de tout ça, et de bien d’autres choses, et ma nervosité s’est rapidement éclipsée tant j’étais fascinée par cette femme éloquente, drôle et intéressante. Téteuse, oui, oui, mais c’est ce que j’ai avoué d’emblée à Mélissa : son roman est une grande réussite. On y plonge sans s’arrêter, à l’image de cette entrevue que j’aurais voulu faire durer toute la journée. En m’asseyant, je lui ai aussi avoué que je n’avais pas lu son roman précédent, L’Angoisse du poisson rouge. « Pas besoin! », me dit-elle. Mais pourquoi avoir repris les mêmes personnages, alors? …

Chroniques d’une anxieuse : avec toi j’révolutionnerais le monde

On m’avait surnommée le raton laveur au primaire parce que j’avais des cernes bleus qui m’pendaient jusqu’aux genoux. J’en ai pleuré une shot quand le gars sur qui j’avais un kick m’a appelée d’même devant toute la classe. J’ai longtemps pensé que j’tais pas belle, comme dans la toune de Jean Leloup, une p’tite maigrichonne qui se trouverait jamais de chum. Juste sentir mon corps exister, respirer, c’tait tough. Je faisais de l’insomnie, à 12 ans. Et j’avais des cernes de raton laveur, ben bleus, ben creux. J’savais pas pourquoi j’tais comme ça. J’me sentais différente pis pas normale. Trop souvent. Les p’tites voix dans mon cerveau me criaient des bêtises. C’tait gossant à la longue de se faire dire que je n’y arriverais pas, que j’devrais pas dire ceci ou cela, que j’tais pas bonne, pas fine, pas jolie pis un peu conne aussi. Ça te brime la confiance et l’estime en même temps. Un jour, j’ai surpris mon père dans son lazyboy, du Charles Aznavour dans l’tapis, une larme à l’œil. Il regardait …

La vie et son lot de awkwardness : la thérapie de Sarah Andersen

J’ai ri, beaucoup, à chaudes larmes. Devant chaque trait naïf, spontané, presque maladroit, mais tellement expressif. Devant chaque épisode d’images porteur d’une lucidité franche. Devant un quotidien, des pensées, des gestes qui semblaient être les miens; j’étais là, d’une case à l’autre, comme si l’illustratrice et cartooniste de 23 ans, Sarah Andersen, avait épié ma vie pour élaborer Adulthood is a myth, bande dessinée exquise. Cette drôle d’impression, je ne suis sûrement pas la seule à l’avoir ressentie. Et c’est là toute la beauté du travail d’Andersen. Ce tout premier livre de cette artiste établie à Brooklyn est un véritable diachylon pour les esprits anxieux qui tentent de se tracer un chemin dans les méandres de la vie adulte. Une thérapie en soi. Parce qu’on s’y voit, on s’y reconnait. On s’identifie à cette jeune étudiante échevelée aux yeux exorbitants, une introvertie féministe à la maladresse facile, au awkward fréquent, qui s’adonne à la procrastination et à la panique, quotidiennement. Son meilleur ami est un lapin. Son chat est une plaie qui s’amuse à la réveiller …

Chroniques d’une anxieuse : t’es capable

Elle m’a tout raconté dans tous les plus beaux détails. Moi, j’men souviens pas. J’étais pas très vieille, 5 ans à peine, assise sur mon p’tit lit qui craquait tout le temps avec mes toutous pis mes murs jaunes, je regardais le sol, les yeux pleins d’eau, pleins du feeling incompréhensible du j’veux avancer, mais j’pas capable, j’suis figée dans ma chair avec une brique dans l’estomac qui m’fait sentir toute croche. Elle arrivait dans ma chambre, avec sa joie de vivre, les bras grands ouverts, du soleil dans le regard. J’aurais voulu être comme elle. À la place j’avais la mélancolie facile. À la place j’avais le cœur en miettes. Elle me demandait ce que je faisais là, à pleurer doucement, pourquoi j’avais autant mal et comment autant de peine pouvait se ramasser dans un aussi p’tit corps. Elle s’assoyait à côté de moi avec son plus magnifique sourire de t’inquiète pas j’suis avec toi, ça va ben aller. Et tout d’un coup j’me sentais un peu mieux. Un tantinet mieux. Un peu. Elle récidivait …

Chroniques d’une anxieuse : Bonyeu donne-moé une job

J’me suis réveillée, un matin gris-frette d’hiver, avec la toune Bonyeu des Colocs dans tête. Ça allait pas pantoute. J’avais l’impression de perdre le contrôle et, pourtant, c’tait pas si pire que ça dans l’fond, c’tait juste que j’avais peur. Beaucoup. J’arrivais pas à entrevoir ce que l’avenir me réservait. C’tait comme un gros trou noir, le néant, et je perdais pied. Le grand vertige. Le sol se dérobait sous moi. Faut dire qu’une semaine de gris-frette d’hiver, c’tait pas facile, pour personne. Ça rendait fou un peu pis très maussade aussi. J’avais besoin de soleil, de chaleur, de vagues bleues et de palmiers (et une coupe de tequila bang bang tant qu’à y être). À place j’avais de la slush brune collée après les bottes. Je la regardais et je me sentais comme elle. Dégueulasse, inutile et gossante. La toune des Colocs résonnait dans mes tympans. J’ai commencé à la chanter de toutes mes forces. À tue-tête. Un peu trop fort, comme si c’était mon dernier espoir, mon dernier souffle. Je voulais crier en même …