All posts filed under: Littérature québécoise

Le fil rouge, Le fil rouge lit, #Lefilrouge, #Lefilrougelit, bibliothérapie, lecture, littérature, roman, Fanie Demeule, Hamac, Septentrion, 2019, Roux clair naturel, rousseur, cheveux, mensonge, obsession, corps, apparence, autofiction

Roux clair naturel de Fanie Demeule : performer la rousseur envers et contre tous

Mentir. Raconter un évènement en occultant certains détails. Trafiquer le déroulement d’un souvenir. Qui ne l’a pas déjà fait? Je suis la première coupable. Que ce soit pour ne pas avoir à entrer dans des longues explications concernant des choses personnelles, pour faire plaisir, pour masquer l’inconfort, j’ai menti. Mais j’ai aussi menti pour être mieux vue, pour ne pas être jugée. Dire « oui », alors que non, je n’étais alors pas en couple. Ou répliquer « j’étais malade » à quelqu’un qui me reproche de ne pas être allée à une soirée où j’ai « choqué » à la dernière minute. Est-ce à dire qu’on finit par croire à nos mensonges, à ces petites menteries qui viennent camoufler la réalité, la rendre meilleure ou plus alléchante? Et si ces petits mensonges paraissent inoffensifs, que faire lorsqu’ils prennent des proportions considérables? J’avais hâte de lire le second roman de Fanie Demeule, qui est aussi une collègue et amie. Son livre Roux clair naturel, dont le thème principal est le mensonge, ne m’a pas déçue …

Soifs de Marie-Claire Blais

Soifs de Marie-Claire Blais, quand la récompense est à la hauteur des efforts fournis #LireLesAbsentes

Ça fait vraiment longtemps que je voulais lire Soifs de Marie-Claire Blais. Je connais la place importante qu’occupe cette écrivaine au Québec, et je sais que le cycle Soifs est considéré comme un élément majeur de sa carrière, mais à chaque fois que j’ai commencé à lire Soifs (le premier roman, qui donne aussi son nom au cycle), j’ai abandonné pour une raison ou une autre. Cet hiver, j’ai vu que le cycle entier allait être adapté au printemps au FTA et j’avais le goût moi aussi de #lirelesabsentes, alors je me suis dit que ça me faisait non pas une, mais deux bonnes raisons supplémentaires pour m’y mettre et au moins lire le premier roman du cycle. D’emblée, Soifs est une oeuvre dense, exigeante. Il faut avoir le temps et l’envie de s’y consacrer, car c’est un texte difficile, tant par le fond que par la forme. Sur la forme Je l’ai dit, Soifs est une oeuvre dense. Il n’y a aucun chapitre, vraiment beaucoup de virgules, des répétitions, des fragments de phrases laissées …

le fil rouge, le fil rouge lit, littérature autochtone, Michel Jean, Nitassinan, innus, autochtones, pensionnats autochtones, écoles résidentielles, émotions, autochtones

Le vent en parle encore de Michel Jean : un roman qui vient nous toucher droit au coeur.

Dernièrement, je suis tombée sur un roman de l’auteur et journaliste innu, Michel Jean, intitulé Le vent en parle encore. Pour être honnête avec vous, en terminant ma lecture, étant assez chamboulée, cela m’a pris du temps pour me remettre de mes émotions. C’est sans aucun doute un des romans les plus difficiles que j’ai eu à lire. Difficile parce qu’il touche un sujet sensible, d’autant plus qu’il est basé sur des faits véridiques. Mais j’ai envie de vous parler de ce que j’ai ressenti lors de ma lecture. Résumé  Le roman raconte l’histoire de trois jeunes innus, Virgine, Marie et Thomas, envoyés au pensionnat de Fort George, île se situant dans la Baie-James, dans les années 1930. Près de sept décennies plus tard, une jeune avocate tente de les retrouver afin qu’ils puissent obtenir une indemnisation à laquelle ils ont droit. Mais la question se pose : qu’est-il advenu des trois adolescents? « Kill the Indian in the Indian child »  Comme mentionné précédemment, Michel Jean aborde dans Le vent en parle encore une période sombre, soit …

le fil rouge, le fil rouge lit le fil rouge li, les livres qui font du bien, bibliothérapie, littérature, stanké, ton absence m'appartient, Rose-Aimé Automne T. Morin, deuil, absence, mort, résilience, littérature québécoise

Ton absence m’appartient : où l’identité se construit face au vide

Rose-Aimée Automne T. Morin a publié dernièrement son premier livre, Ton absence m’appartient, aux Éditions Stanké, et la frénésie de ce nouveau livre s’est emparée des réseaux sociaux. Je fais partie de ces personnes, toujours à l’affût des bookstagram pour faire des découvertes littéraires, particulièrement celles du Québec, et davantage si les livres sont encore chauds de l’imprimerie. Je suis le genre de personne qui se présente trop tôt en librairie le jour d’arrivée du livre alors que celui-ci est encore dans sa boîte de livraison. C’est à ce point que j’aime les nouveautés littéraires, mais mon portefeuille, un peu moins, disons. Le livre Ton absence m’appartient est l’un des livres dont j’attendais impatiemment l’arrivée dans ma bibliothèque. Ce n’est d’ailleurs pas mon premier coup de foudre chez cette maison d’édition. « Un ouvrage coup-de-poing sur l’identité, porté par une écriture d’une grande vulnérabilité. » (Éditions Stanké) Des histoires de grande résilience Ton absence m’appartient raconte plusieurs petites histoires sur la vie et sur le deuil. En effet, l’autrice raconte le deuil à travers six …

le fil rouge, le fil rouge lit, littérature, lecture, livres, les livres qui font du bien, littérature québécoise, Michaël Lachance, Épisodies, La Peuplade, Réflexions sur le temps, Microrécits

Un roman en 130 épisodes

Le roman Épisodies est arrivé un peu par hasard dans ma pile de livres à lire. En fait, je souhaitais explorer des nouvelles avenues en littérature, et c’est dans la section «microrécits» de La Peuplade que j’ai pu assouvir ce besoin de variété. Je n’avais jamais lu quelque chose qui ressemblait de près ou de loin à cette création de Michaël Lachance. 130 microrécits La toile de fond de ce roman est ce que Michaël Lachance appelle «l’Hôtel du Temps». Il s’agit en quelque sorte d’un non-lieu : jamais abordé de front, jamais réellement décrit en détails, l’Hôtel du Temps habite presque tous les microrécits et est aussi habité par eux: il permet donc de les relier entre eux. C’est en fait une réflexion générale sur la mémoire, sur notre lien avec le temps qui est tout à fait modulable et sur la présence forte des souvenirs et du ressenti dans nos parcours de vie.  «À l’Hotêl du Temps, je ne sors pas de mon crâne, pourtant le crâne peut recueillir l’Obscur, sinon les suies …

Le renard roux de l’été – Françoise de Luca

Dans Le renard roux de l’été, Françoise de Luca manie la plume avec dextérité et douceur et nous emporte, lecteur, vers une planète pas si lointaine, celle de la famille, de l’enfance difficile, mais dans laquelle tous peuvent se reconnaître. Cette autrice a un véritable don pour décrire la complexité des relations humaines. Dans ce roman, toutes les familles sont racontées à travers l’histoire d’une seule. D’une main experte, elle brosse le portrait d’une famille qui peut sembler banale de prime abord, mais qui renferme ses petits défauts et penchants déviants comme toute autre. J’avais déjà été séduite par le roman Sèna, paru en 2015 à la même maison d’édition, j’avais donc hâte de me replonger dans cette écriture toute en délicatesse et en dentelle. Encore une fois, de Luca frappe fort en décrivant les émotions les plus complexes avec une rare justesse. L’histoire Ce roman raconte la vie de Mathilde en commençant par ses plus lointains souvenirs d’enfant. Dès la naissance de son petit frère Mathéo, c’est l’amour fou entre ces deux bambins qui …

le fil rouge, le fil rouge lit, littérature, les livres qui font de bien, Alexie Morin, Ouvrir son coeur, littérature québécoise, bibliothérapie, Éditions Le Quartanier, honte, enfance, rejet, intimidation, anxiété, dépression, autofiction

Ouvrir son cœur : dans le monde d’une introvertie

Comme beaucoup de lecteurs, je me suis récemment laissé tenter par le dernier livre d’Alexie Morin, publié chez Le Quartanier, Ouvrir son cœur. Du haut de ses 366 pages, ce livre, je l’ai dévoré, un réel festin et, selon moi, il manquait un 100 pages supplémentaires. J’en aurais pris davantage. Les critiques sont unanimes autour de moi, ce livre est parfait. J’ai proposé à mon amie qui voulait le lire de le lui prêter. Elle m’a répondu qu’elle préférait l’acheter, car elle savait déjà qu’elle le relirait et s’y référerait souvent. Il va sans dire que mes attentes étaient assez hautes avant d’en commencer la lecture et elles ont rapidement été comblées. Plus que des sujets tabous Ouvrir son cœur, c’est l’histoire de l’autrice qui, dans un récit fragmenté, raconte divers souvenirs de sa vie, en allant de l’enfance à l’âge adulte, où la honte s’y loge. C’est une prise de parole de l’autrice face à des moments qui l’ont marquée, pas nécessairement de la bonne façon. La vie de la narratrice n’a pas été …

Boo de Neil Smith

Boo : un livre « cool as a cucumber »

Un peu de contexte J’ai toujours été attirée par les romans que je qualifie de «contes pour adultes». «Contes» en ce qu’ils racontent quelque chose d’invraisemblable, d’une façon un peu enfantine, et «pour adultes» en ce que les sujets qu’ils traitent sont assez sombres et/ou lourds. J’adore ce type de livre : ça vient me pogner dans les tripes et ça ne me lâche plus, longtemps même après avoir refermé le livre. C’est ce qui s’est passé avec Boo de Neil Smith : j’ai ghosté mon copain pendant deux jours après le boulot parce que j’avais trop envie de terminer ce livre. Sur l’histoire Une très bonne critique a déjà été écrite sur ce livre, je ne tomberai donc pas dans les détails et ne m’attarderai pas trop à vous résumer le roman; je ne vous épargnerai cependant pas mon fameux questionnaire skyrock-style : Le style : conte pour adultes Le lieu : le paradis pour les jeunes Américains de 13 ans (oui, c’est sélectif comme ça!) Les personnages : ils sont plusieurs, mais le …

Trente, Marie Darsigny, Le fil rouge, le fil rouge lit, litterature, litterature quebecoise, bibliotherapie, les livres qui font du bien

La limite est atteinte

Trente, c’est une obsession. C’est l’âge maudit. C’est vieillir. Et ça vient parfois avec une dépression. Trente, c’est le récit d’une femme qui décrit son état psychologique en détresse à l’approche de l’âge qu’elle croit fatidique pour elle. Trente, c’est le tout dernier livre et premier récit d’autofiction de la poète et autrice Marie Darsigny publié chez les Éditions du remue-ménage.   « …trente ans, c’était le début de la fin, le moment où l’on commence à glisser sur une longue pente et moi je voulais échapper à la descente, m’éteindre soudainement, sans adieux dégoulinants de drame pour ce monde qui ne m’a jamais comprise de toute façon. Ça vient donc d’il y a longtemps, ça s’est forgé tranquillement dans mon esprit… it happened gradually, then suddenly. » Style journal intime, le roman est le récit des 12 mois précédant le jour des trente ans de la narratrice, qu’on devine très proche de l’autrice. Ce sont de longues longues phrases, qui viennent à bout de notre souffle. Réflexions, pensées, anecdotes, toutes empreintes de sentiments de …

Les grille-pain d’Heather O’Neill

Cela faisait longtemps que j’avais La vie rêvée des grille-pain dans ma bibliothèque, beaucoup trop longtemps. Ce fut un délice de livre, ce recueil de nouvelles de Heather O’Neill, anglophone montréalaise. Le fait qu’elle soit anglophone ne l’empêche pas de nous parler en français avec son doux accent lorsque nous la rencontrons, c’est ce que j’ai pu constater lorsque je l’ai rencontrée au Salon du livre de Montréal. La vie rêvée des grille-pain fut finaliste aux prix Scotiabank Giller, et elle a remporté le prix Paragraphe Hugh MacLennan. Nous pouvons également retrouver trois autres titres de Heather chez la maison d’édition Alto. Dans ce recueil qui comprend une vingtaine de nouvelles, on découvre divers personnages inspirés de l’univers imaginatif de Heather. On y retrouve de la magie, de la féerie, de la vérité, etc. Lors de ma lecture, j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir la plume de l’autrice. Elle a une écriture envoûtante. Ces nouvelles se lisent comme des petits contes modernes. Je fus charmée par ses morales qui touchent notre vie de tous …