Mois : avril 2016

L’éloge des casanières

Avant toute chose, je dois avouer que je suis une pure et vraie casanière. Rien ne m’enchante plus que de cuisiner un plat réconfortant un après-midi, de lire en soirée et de me lover dans une couverture le soir. C’est simple, oui, mais j’adore pourtant ça. Casanière parce que j’aime rester à la maison, j’aime prendre le temps de ne rien faire et de fixer le plafond. Je n’ai pas besoin continuellement de distraction et même si cela provoque parfois de la culpabilité chez moi, ce sentiment de ne rien faire de concret, j’ai rapidement compris dans les dernières années que cela faisait partie de ma personnalité et même plus profondément d’un besoin. Comme de la fondation ultime de mon bien-être ; me retrouver devant du temps, chez soi, tout simplement. Cette idée du chez soi est complexe et toute simple à la fois. C’est pourtant un sujet qui me préoccupe et me touche. Lorsque j’ai vu que Mona Chollet, une auteure que j’ai découverte grâce à son excellent essai Beauté fatale, qui aborde les …

Bienvenue à Saint-Icitte

Nous voilà invité dans un drôle de village. Nous suivons l’arrivée d’une étrangère, une bohémienne, une sorcière, une bergère et ses centaines de moutons. La population de ce curieux village se trouve à être très fermé et rempli de préjugés face à cette femme. Qui est-elle ? Que fait-elle ici, à Saint-Icitte, là où personne n’a jamais quitté le village ? Les villageois feront tout pour qu’elle déguerpisse de sa bute ! Déjà à la première journée ils déplacent leur affiche de «Bienvenue au village de Saint-Icitte» pour qu’elle ne soit plus sur leur territoire. Heureusement, la bergère est une femme positive. C’est justement grâce à elle que nous faisons la connaissance des villageois. À chaque accueil ceux-ci tentent d’être le moins accueillant possible. Cependant, étrangement, ils se sentent à leur aise à sa présence. Est-ce parce qu’elle leur jette un sort ? La bergère réussit à rendre à l’aise les gens et écoute leurs confidences. Ils lui parlent des problèmes qu’ils vivent, que ce soit la soif du voyage, le fait de ne jamais …

L’hiver, hier : un peu de fraîcheur d’antan

  Il ne fait pas si chaud, mais il y a un soleil de plomb à Montréal. J’ai troqué les bottes Sorel contre mes Converse poids-plume et c’est la journée parfaite pour instagramer #sansfiltre le printemps qui vient d’arriver. Pourtant, lire L’hiver, hier de Michel Garneau m’a quasiment rendue nostalgique des vrais gros bancs de neige de campagne. Et ce, malgré l’hiver québécois qui finit toujours par exceller à s’étirer. Avec L’hiver, hier, Michel Garneau nous ramène dans le temps en grosse motoneige (à hublots!) de Bombardier. On se retrouve à « Saint-Quelquechose-des-Hauteurs », année 1958, époque où Maurice Richard est nommé athlète de l’année, où Camilien Houde est décédé et où les Canadiens de Montréal remportent la Coupe Stanley. Une grosse année au Québec. Il y a déjà près de 60 ans, mais c’est un peu hier en même temps. J’ai pris plaisir à me raconter ce livre à voix haute. Une histoire vécue de l’auteur qui, alors qu’il avait 18 ans, va passer les Fêtes dans la famille de sa fiancée de l’époque, âgée de …

Mon amour pour Zola

Je ne peux pas réellement dater quand mon amour pour Zola a commencé. J’ai l’impression qu’il a toujours été là, comme un ami fidèle. J’étonne souvent les gens lorsque je le nomme comme mon auteur favori, car beaucoup gardent un souvenir poussiéreux d’une lecture obligatoire au secondaire. J’aimerais que Zola soit adulé par tous à sa juste valeur, mais je suis bien consciente qu’il peut faire peur et qu’il n’attire pas de prime abord, souffrant de sa mauvaise réputation liée au Réalisme/Naturalisme et de ses longues descriptions ainsi que de son manque de fraicheur. Mais pour moi, Zola c’est tout. C’est la concentration de tout ce que je recherche dans la lecture : rêver à travers des histoires d’amour fortes et réalistes, m’attacher à des personnages clefs, comprendre mieux la nature humaine, apprendre sur l’Histoire, voyager et m’abreuver de mots puissants et poétiques. Zola a développé une fresque humaine à travers une série appelée Les Rougon-Macquart, composée de 20 romans. L’œuvre suit une famille sur cinq générations, tout en dépeignant la société française de la deuxième partie du 19e …

Le Monstre d’Ingrid

J’ai longtemps cherché l’angle que j’allais prendre pour vous parler du récit autobiographique et première parution de la comédienne et auteure Ingrid Falaise. Parce que lire Le Monstre, ce n’est pas drôle, ce n’est pas joyeux et c’est surtout frustrant d’être aussi impuissant en tant que lecteur face à ce récit épouvantable. Un livre qui nous raconte une véritable histoire puissante sur la violence conjugale, la douleur physique et mentale subie, la manipulation d’un être qui devrait nous protéger et nous aimer, ça ne peut que soulever toutes sortes d’émotions en nous, qu’on soit passé par là ou non. En lisant le livre d’Ingrid, croyez-moi, je suis passée par toute une gamme d’émotions, que ce soit la pitié, la tristesse, la joie, l’espoir, mais la plupart du temps, la colère, j’étais vraiment en colère, je dirais même en maudit contre Ingrid, mais surtout contre « M ». La féministe que je suis a été très souvent mise à l’épreuve lors de cette lecture et malheureusement, pour nous les femmes, des histoires comme celle d’Ingrid, il en existe encore …

Je n’ai jamais embrassé Laure, ou la beauté dans le danger

J’ai rencontré Kiev Renaud dans le cadre d’un séminaire de création à la maîtrise, séminaire au cours duquel nous devions rédiger de courts textes de fiction qui étaient par la suite lus et commentés par les autres étudiants. J’ai immédiatement été charmée par sa plume singulière, sa manière de créer des images fortes grâce à de petits détails et sa façon de traduire en mots la beauté, les relations humaines, le quotidien, l’imaginaire. C’est pourquoi, quand j’ai appris que le roman par nouvelles Je n’ai jamais embrassé Laure allait paraître chez Leméac, j’ai su qu’il s’agirait pour moi d’une lecture printanière incontournable! « Laure est belle, Florence ne l’est pas. Pourtant, elles vivent et s’aiment comme des âmes sœurs, peut-être un peu plus. Leur désir et leur affection ne s’atténuent pas avec le mariage de Florence, puis la naissance de Cassandre, qui aura son mot à dire et voudra, elle aussi, tenir un rôle dans cette pièce aux miroirs. » L’histoire, simple, tient en ces quelques phrases; pourtant, les sujets et thématiques abordés, eux, recèlent une grande …

Autour des livres : Rencontre avec Alexandra, collaboratrice chez Le fil rouge

1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture? Mon premier souvenir me ramène à Tintin. Avant même que je ne sache lire, je parcourais les vieilles bandes dessinées de mon grand frère et j’inventais des dialogues entre les personnages. Plus tard, mon premier coup de cœur a été Les Aventures du Petit Nicolas de Goscinny. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture? Enfant, je lisais tout le temps donc je n’avais pas un rituel en soi. Je n’aimais pas regarder la télé. La lecture était mon refuge. J’avais l’impression d’apprendre plus qu’à l’école. J’avais soif constamment de lecture. Je lisais tout ce que je trouvais même des romans destinés plutôt aux adultes, appartenant à mes parents (j’ai connu quelques chocs un peu trop jeune!). Les livres n’étaient jamais assez volumineux pour moi. Beaucoup de livres ont laissé leur empreinte en moi, en me faisant comprendre une réalité autre que la mienne. Mais je pense que le roman que j’ai le plus adoré …

Mon expérience dans un club de lecture

    Une ancienne de mes professeures de français du cégep, avec qui j’ai toujours gardé contact, m’écrit, une de ces journées où je perdais mon temps sur Facebook, qu’elle fait partie d’un projet qui pourrait sans doute m’intéresser. « Tu connais l’UNEQ? », me demande-t-elle, « l’Union des écrivaines et des écrivains québécois? ». De toute ma hauteur universitaire, je me hâte de lui répondre que « Ben oui, voyons! », alors qu’au fond, je n’avais aucune véritable idée de ce que cette union pouvait bien accomplir. « Mon amie Élise y travaille, et l’UNEQ a mis sur pied un club de lecture, m’écrit-elle, ça te tentes-tu? ». Pourquoi pas, me dis-je à moi-même, ça m’offrira un autre rapport à la littérature. Avec le recul (le club de l’année 2015-2016 est maintenant terminé), je me suis demandé de quel « autre » rapport il s’agissait, pourquoi ce fut la première réflexion qui m’est venue à l’esprit lorsque j’ai reçu cette invitation de mon ancienne prof. Alors qu’il me semblait, bien humblement, que j’allais être le plus à même d’émettre des critiques adéquates, justes, fondées …

Le Bruit des choses vivantes d’Élise Turcotte : voyage jusqu’au bout de l’enfance

Vous est-il déjà arrivé de buter sur un roman, de trébucher sur les syllabes, de vous cogner contre des métaphores obscures? Vous est-il déjà arrivé que le sens des phrases vous échappe comme la fumée se faufile entre vos doigts?   Voilà comment je me suis sentie lors de la lecture du premier roman d’Élise Turcotte. Après plusieurs recueils de poésie, Élise Turcotte publie en 1991 Le Bruit des choses vivantes. C’est un roman dont la prose est plus que poétique, dont les métaphores échappent parfois au schéma actanciel, dont les personnages parlent parfois comme des poèmes de Sylvia Plath ou comme dans des films de Marguerite Duras. Pas toujours facile d’accrocher à un récit qui part dans toutes les directions en même temps… Elle dit, comment on imite une avalanche, maman? Comment on joue à l’étoile Polaire? Je dis, on la place droit devant soi et on imagine les montages à franchir pour y arriver. Est-ce qu’on sera toujours là? Je dis, oui. Nous serons toujours là. (p. 130) Pourtant, j’ai poursuivi ma lecture du …

« C’est l’histoire d’une petite fille en équilibre sur une branche, qui ne mange plus rien d’autre que des livres. »

J’ai une admiration sans bornes pour quelques auteures et je dois dire que Delphine de Vigan en fait partie. Son écriture sans flioriture coule d’elle-même et chacun de ses livres m’ont plu. Heureusement, je n’ai pas tout lu. C’est quelque chose que j’aime bien faire quand j’aime beaucoup un auteur, me laisser des livres à lire. Je comprend que l’idée de s’enfermer un week-end avec l’oeuvre entière est fantastique, mais après on se sent vidé. Vidé parce qu’il y a un deuil à faire de ne pas pouvoir relire une oeuvre avec des yeux nouveaux. Je suis certaine que cela vous est déjà arrivé, de lire le plus doucement possible, pour en garder, pour ne pas se précipiter, tellement les mots étaient bons. J’ai donc le plaisir de m’offrir de temps en temps un Delphine de Vigan. Cette fois-ci, j’ai lu Jours sans faim, son premier roman publié en 2001 sous le pseudonyme Lou Delvig. Dans ce premier roman, elle raconte l’histoire d’une jeune fille  de 19 ans, Laure, atteinte d’anorexie. Fanie a déjà écrit …