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Un petit vertige : relire Margaret Atwood

Au changement d’année de calendrier, j’ai toujours l’impression que le monde se remet en place. Il ne repart pas à zéro : il arrive brinquebalant au bout du chemin de l’année précédente et cale ses roues sur les rails de la nouvelle. Plus que de l’optimisme, c’est une satisfaction prudente que je ressens, celle qui accompagne les petits déclics et les fins de cycle. Durant les vacances des Fêtes, peut-être pour amplifier ce sentiment, j’ai décidé que je terminerais 2017 et que je commencerais 2018 en revisitant Margaret Atwood : Alias Grace et The Handmaid’s Tale, deux romans que j’avais lus pour la dernière fois en 2004 et en 2012, respectivement. J’inscris toujours, sur la page de garde de mes livres, la date à laquelle je les commence; en découvrant celle d’Alias Grace, j’ai eu un petit vertige. Presque la moitié de ma vie à lire et à aimer Atwood. Écrasant dans ses routines : The Handmaid’s Tale There’s a rug on the floor, oval, of braided rags. This is the kind of touch they …

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Un parfum de cèdre: l’hiver des sentiments

Best-seller international vendu à trois millions d’exemplaires qui figure sur la liste des 100 livres incontournables d’ici de Radio-Canada et choix du Oprah’s Book Club, ce premier roman de l’auteure canadienne Ann-Marie MacDonald m’intriguait. J’ai choisi de me lancer dans cette brique de 700 pages, une fiction à saveur historique qui m’a transportée totalement ailleurs, dans une toute autre époque. Île du Cap-Breton, Nouvelle-Écosse, nous sommes au début du 20e siècle. James Piper, réparateur de piano, s’enfuit avec Materia Mahmoud, fille d’une riche famille d’immigrés libanais, puis il l’épouse. Kathleen, Mercedes, Frances et Lily naîtront de cette union, mais bien vite, les liens se déchireront, la famille se déconstruira au gré des malheurs, des drames et des aléas de la vie qui modifieront le destin de chacun. Paru en 1996 dans sa version originale, Fall on your Knees, et traduit en 1999, le livre dépeint un quotidien plutôt sombre où les tourments personnels de chacun affectent le bonheur de la famille. Il y a des passages qui m’ont renversée, c’est dur par moment, il y …

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Martin John, circuits d’un homme dérangé

Je ne sais pas pour vous, mais depuis quelques années j’essaie, comme Anne-Marie, de lire davantage de romans écrits par des femmes. Dans ma PAL se trouvait un beau livre orange vif, à la quatrième de lecture singulière : Martin John, un délinquant sexuel, a été envoyé à Londres par sa mère pour échapper aux autorités. Depuis, il doit naviguer seul dans cette ville hostile où tout conspire à le faire dévier de la routine implacable et absurde à laquelle il s’est astreint. Le piège semble se refermer sur lui alors qu’un agaçant chambreur, sans doute un espion envoyé par la police, fait irruption dans sa vie. J’ai été tentée de lire cette fiction qui a connu un succès populaire, principalement parce que l’humour grinçant était mentionné dans presque toutes ses critiques et parce que son auteure est une femme : Anakana Schofield, une Canado-Irlandaise. Le chemin d’un prédateur Cette écrivaine s’amuse tout au long du roman à construire un récit dont la forme cyclique et répétitive engouffre le lecteur dans le mode de vie …

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Avec La femme tombée du ciel, Thomas King m’a appris l’écologie optimiste

Ce livre est arrivé un peu par hasard sur ma pile de lecture, et je m’y suis plongée sans même un regard à la quatrième de couverture. Quand je me suis rendu compte qu’il y était question de catastrophe écologique – et bien que déjà certaine qu’il ne s’agissait pas d’un récit post-apocalyptique –, je me suis mise à craindre le pire : descriptions déprimantes de faune et de flore à l’agonie, sermons culpabilisants sur l’importance de la protection de la nature, ou alors évocations terrifiantes d’un avenir détruit. Heureusement, rien de tout ça n’est jamais arrivé. Un début de légende Le récit m’a happée dès le premier chapitre : un homme est au bord d’une falaise, il attend la marée montante qui l’emportera, tout en chantant accompagné de son tambour. Mais plutôt que de le prendre, la mer lui apporte des naufragés, comme venus de nulle part, qui disparaîtront aussi vite qu’ils sont apparus. Nous sommes à Samaritan Bay, ville côtière (imaginaire à mon grand regret) où les tortues venaient pondre avant ce Très-Mauvais-Jour. En effet, …

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Lignée de femmes soudées

Cet automne, nous avons reçu un communiqué de presse de Québec Amérique annonçant la traduction française d’un roman manitobain ayant eu énormément de succès depuis sa parution. Il s’agissait de Ligne brisée de Katherena Vermette, la version française de The break, traduit par nul autre que Mélissa Verreault. J’ai tout de suite eu envie de découvrir ce roman. On en parlait comme d’un incontournable et les thèmes ont, d’emblée, suscité mon intérêt. Il s’agit d’un roman traitant de la violence que subissent les femmes autochtones. C’est un roman choral qui suit plusieurs femmes toutes connectées de différentes manières, ces femmes sont de différentes générations, mais elles ont en commun de subir du racisme systémique. Elles s’unissent, se soutiennent, se séparent, s’éloignent, se révoltent, portent en elles des noirceurs, mais malgré tout, elles sont soudées. L’histoire débute avec le viol d’une jeune fille de 13 ans auquel assiste, par sa fenêtre, sans le vouloir, une jeune mère tenant son enfant dans ses bras. Dès les premières pages, on se sent impliqué dans l’histoire, on veut savoir ce qui est …

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Le Cercle, du roman au grand écran

Le roman Le Cercle de l’auteur canadien Dave Eggers a été publié pour la première fois en 2013, avant d’être adapté du cinéma en 2017 par James Ponsoldt. Il est question de vie privée, de transparence, de partage, de mensonges, et aussi de ce que devrait être une communauté parfaite. En se basant sur le mode de fonctionnement des grandes compagnies telles que Google, la fiction se mêle doucement à la réalité. L’histoire de Mae commence par la réalisation d’un de ses rêves, au moment où son amie Annie lui décroche un poste au sein de la compagnie Le Cercle, qui est la meilleure entreprise du monde. Le Cercle a révolutionné le domaine informatique en mettant sur pied TrueYou, le réseau social ultime sur lequel il est impossible de se cacher derrière une fausse identité. En étant relié aux numéros de carte de crédit, au numéro d’assurance sociale et aux autres informations personnelles, l’identité virtuelle de chacun est maintenant impossible à falsifier, dédoubler ou même voler. D’abord employée au service à la clientèle, Mae découvre …

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Gabrielle Roy, au-delà de Bonheur d’occasion

Plusieurs d’entre nous avons lu Bonheur d’occasion, le roman le plus connu de Gabrielle Roy. Toutefois, j’ai l’impression que, contrairement aux générations qui précèdent la mienne, les personnes de ma génération connaissent moins le reste de l’œuvre de cette grande écrivaine. Du moins, c’était mon cas et c’est pour remédier à ce constat que je m’étais procurée dans une librairie usagée le dernier ouvrage de Gabrielle Roy, son autobiographie inachevée, La détresse et l’enchantement.  J’ai profité de mes vacances pour me plonger dans ce livre, et de retour au pays, je n’ai qu’une seule envie, lire le reste de l’œuvre de Gabrielle Roy, car en plus d’avoir adoré sa plume, j’ai trouvé le parcours de cette femme accomplie particulièrement remarquable. En lisant ce livre où l’auteure franco-manitobaine revient sur sa jeunesse et ses années de jeune adulte, j’ai senti qu’il m’était inévitable de parcourir son œuvre maintenant que j’avais eu accès aux personnes, aux événements et aux lieux qui l’avaient inspirée. La Petite Poule d’Eau Pour commencer mon incursion dans l’œuvre de Gabrielle Roy, j’ai arrêté mon choix sur …

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Un peu de brut et de frais : Autobiography of Red

J’avais deux petites semaines de vacances en juillet et une cabane pas d’Internet qui m’attendait sur le bord du fleuve. Deux pièces, la cabane : une cuisine et une chambre. Une grande cour ensoleillée, un recoin d’ombre sur la galerie, quatre poules rousses comme voisines immédiates. J’y suis arrivée un mardi après-midi, toute seule avec mon sac à dos et mes provisions. Je traînais huit livres dans mes bagages. J’avais mis beaucoup de temps à les choisir, avant de partir : je cherchais des histoires particulières, de celles qui donnent envie de raconter les nôtres. Parce que c’était pour écrire, la cabane. La cabane, le fleuve, les poules : un moment soigneusement découpé dans l’été. Je voulais avoir les bons livres. Je voulais lire pour pouvoir mieux écrire. Quelque part dans le lot, il y avait Autobiography of Red. Anne Carson y met en scène, de façon merveilleusement troublante, le personnage de Geryon, jeune garçon puis jeune homme, qui cache une grande paire d’ailes rouges sous ses vêtements. Élevé par une mère qu’il adore, très tôt victime des …

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Entre amour, obsession et jalousie : les sœurs du Musée des espèces disparues

Ayant seulement une petite sœur, je trouvais que le premier roman de Nina Berkhout, Le musée des espèces disparues, me parlait tout particulièrement. Plus on vieillit, moins on se voit sans cette sœur qui a toujours été présente pour nous, dans les bonnes et les pires situations. On ne l’échangerait pour rien au monde et on ne lui souhaite que du bonheur. Comment se déroulerait une vie où l’on voit cette sœur, toujours près de nous, s’éloigner, s’embourber et disparaître? Comment réagirait-on? C’est ce qu’a représenté Nina Berkhout dans son roman, et ce, avec une délicatesse teintée d’espoir, mais aussi d’un peu d’amertume. Le poids familial L’idée centrale de l’œuvre est le développement de la relation entre deux sœurs que tout oppose, Vivienne et Édith (pour Vivien Leigh et Édith Piaf, vouant ces enfants à un destin difficile déjà tracé d’avance par le choix de leur prénom). L’une est semblable à la mère, l’autre au père. Une mère névrosée, nostalgique d’une vie qu’elle n’aura jamais; un père collectionneur, passif, retiré dans l’art et la création. Édith, narratrice, …

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Un retour au bercail qui vire au cauchemar

Les suicidés d’Eau-Claire n’est pas un roman pour la plage. En tout cas, pas si on se fie à l’image traditionnelle d’un roman de plage : léger, rapide à lire et joyeux. Le roman n’est rien de tout ça. Il faut dire qu’il commence par un suicide. Puis, il vous entraîne dans un univers de désespoir pour vous expliquer comment une jeune famille a pu finir par décider de s’enlever la vie tous ensemble, quelques jours avant Noël. Pourtant, même si ce premier livre de l’écrivain Éric Mathieu n’est pas gai, je l’ai bien dévoré sur la plage de Gloucester, dans le Massachusetts. Ses 500 pages sont particulièrement empoignantes. Une fois commencé, je n’avais qu’une envie, avancer de chapitre en chapitre et me plonger de plus en plus dans la noirceur de la vie de ces personnages alors que devant moi s’étendait un des plus beaux paysages de la côte est des États-Unis. Comme quoi, parfois, on lit et on aime des livres qui ne correspondent vraiment pas au contexte qui nous entoure! Les suicidés d’Eau-Claire, …