All posts tagged: Littérature étrangère

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Les buveurs de lumière : une dystopie chaleureuse

Jenni Fagan, auteure écossaise couronnée de nombreux prix littéraires, nous amène en 2020, dans la communauté fictive de Clachan Fells, en Écosse. Le monde entier est plongé dans une ère glaciaire; la température, en mars, atteint -56 degrés. Je ne me sentais donc pas trop déboussolée, après le temps que nous avons eu récemment! 😉 L’histoire se déroule dans un quartier de caravanes, où vivent Constance Fairburn et sa fille Stella, transgenre. C’est là que débarque Dylan MacRae, jeune homme qui a vécu toute sa vie dans un cinéma indépendant de Londres avec sa grand-mère et sa mère. Cette dernière lui a, à son plus grand étonnement, légué une des caravanes dans ce coin de pays. Entourés d’autres personnages excentriques, ces êtres tentent de survivre. Car il s’agit bien de survie : l’école est fermée, on empile les vivres, et on ne se balade pas à n’importe quelle heure du jour, et surtout pas habillé.e.s n’importe comment. À travers tout ça, c’est le récit de ces trois personnages qui habite le roman. D’abord, Stella, la préado …

Nos vies parallèles

L’amour. Ou plutôt cet ardent désir de posséder, de donner et de désobéir à notre conscience pour laisser nos maux nous guider. Cet état qui nous enivre ou nous envenime, qui désamorce tous nos processus de défense et nos convictions les plus creuses. Cette emprise qui réchauffe chaque parcelle de nos corps, qui fait de nous des êtres à la fois puissants et vulnérables. Ce drôle de sentiment qu’est l’amour… Lorsqu’on l’accepte, on sait déjà qu’il n’y aura plus aucune chimère semblable. Car l’amour n’est pas une continuité, c’est une histoire unique. Le passé, le présent et le futur ne s’appliquent plus. L’amour est intemporel. Et puis il y a aussi le premier. Celui qui nous définit, qui nous semble impossible à affronter. C’est celui qui nous hante encore aujourd’hui, à moitié éveillé de ce mélange d’émotions. On ne s’en remet jamais complètement. Bien que conscients du pouvoir de cet éloge, nous refoulons souvent notre élan sentimental. De peur d’avouer mes faiblesses, j’ai très longtemps boudé les romans pouvant susciter ce genre d’éveil en moi. …

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Homo Sapienne: du territoire intérieur

Le Groenland. Lorsque j’entends son nom, je pense à l’immensité brute de ce territoire, à sa blancheur, à son opacité. Ce n’est pourtant pas ce qu’aborde Niviaq Korneliussen, jeune auteure groenlandaise, dans son premier roman, Homo Sapienne. Depuis sa parution originale en 2014, ce livre a fait couler tellement d’encre, que je me suis longuement demandé « pourquoi diable ai-je choisi d’en parler pour mon premier article au Fil Rouge?». Au cœur de mon doute, toutefois, subsiste quelque chose qui me rattache aux personnages peuplant les (trop courtes) 213 pages du roman: l’importance de la subjectivité, et le discours intérieur comme réalité première. De l’enfermement Homo Sapienne est un de ces livres qu’on entame, la tête pleine d’attentes bâties par toutes les critiques qui nous préviennent: vous ne pouvez qu’être chamboulée par cette lecture. Pourtant, les premières pages se font dures. Sous la plume tranchante et inventive de Niviaq Korneliussen, rien n’est filtré ni embelli. Si, dans l’imaginaire populaire, le Grand Nord se charge de romantisme, il en est autrement dans le quotidien de ceux …

De là où nous venons

Je sais qui je suis. Mais je sais aussi que cette affirmation est bien peu suffisante pour répondre à tous nos questionnements. Bien que j’aie la certitude d’être née un premier juin 1992 à l’hôpital Saint-François-d’Assise de parents heureux et aimants, je n’en demeure pas moins curieuse de mes origines et de tout ce qui a pu façonner la personne que je suis devenue. Certaines qualités me proviennent directement de mes géniteurs d’amour, mais aussi (malgré le déni), plusieurs défauts. Nous sommes toujours fiers d’étaler nos talents et nos connaissances, mais toujours peureux à l’idée d’avouer aux autres ce que nous savons trop peu. Je crois que la plus grande question de tous les temps est sûrement celle qui nous angoisse tous le plus : qui sommes-nous? Même si nous connaissons notre parcours sur le bout de nos doigts et que nous prenons rapidement conscience de ce qui nous fait vibrer et de ce qui nous envenime, il n’en demeure pas moins que la conscience de soi est une quête infinie. Comment savoir si nous sommes à …

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Sur les traces de Charlotte

Les plus perspicaces d’entre vous auront remarqué que ce livre porte mon nom. C’est d’ailleurs ce qui m’a attirée à lui. Il me narguait du bas de ma (trop grosse) pile de livres à lire et a miraculeusement fini entre mes mains, vainqueur contre tous ces autres ouvrages qui attendent depuis déjà trop longtemps. Charlotte, de David Foenkinos, est un livre simple et tragique, mais aussi un livre d’une douceur incroyable, malgré les sujets lourds dont il traite. L’obsession d’un auteur pour une artiste Huit ans. David Foenkinos a passé huit ans de sa vie à penser à Charlotte Salomon, l’artiste peintre qui mourut à l’âge de vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Huit ans à retracer ses moindres pas, et à essayer de comprendre une femme qui était tout sauf simple. Huit ans qui se terminent par ce livre, cadeau qu’il nous offre et qui nous permet de connaître cette femme que la vie a laissé tomber. C’est que, dès les premières pages, Charlotte est un prénom qui est lourd de sens. Comment s’en …

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Dans la peau d’un réfugié

Imaginez que vous arrivez dans un nouveau pays. Vous avez fui votre terre natale et avez tout laissé derrière. Dans cette patrie d’accueil, la langue vous est étrangère, les coutumes, non familières. Vous êtes accueilli dans un centre pour réfugiés, mais il s’avère une véritable blague bureaucratique et vous ne trouvez ni la personne responsable de vous assigner une chambre, ni celle en charge de vous donner un repas. Vous finissez par dormir sous un amas de tôles, avec comme seul repas deux maigres tranches de pain à la margarine. Maintenant, imaginez ce scénario à nouveau, mais cette fois ajoutez-y la présence d’un enfant dont vous seul êtes le responsable. Stressant, frustrant et étourdissant, n’est-ce pas? Bienvenue dans la peau de Simon, le protagoniste du roman Une enfance de Jésus de l’auteur sud-africain J. M. Coetzee. Nager en pleine perte de repères  Simon n’est pas le père de David. Un peu par hasard et un peu par obligation, les deux réfugiés se sont retrouvés soudés ensemble. C’est donc main dans la main qu’ils découvrent ensemble leur terre …

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Blagues pour les littéraires et leurs acolytes

Tous les jours, nous défilons notre page d’accueil Facebook, remplie de memes et de GIF, et nous lisons des tonnes de blagues. Des drôles, des pas trop drôles, certaines avec trop de fautes d’orthographe pour qu’on les trouve pertinentes, d’autres vraiment bien réfléchies sous lesquelles on va même taguer notre meilleur.e ami.e! En cuisine avec Kafka est un peu la représentation littéraire de notre fil Facebook. La version « blagues réfléchies ». Il s’agit d’une succession de très courtes séquences, une planche chacune, qui propose des blagues, entre autres, sur la littérature et la culture geek. Ça se lit rapidement et ça permet de décrocher, sans l’aspect média social qui nous aspire jusqu’à ce qu’on oublie qu’on avait des plans cette journée-là. On n’est même pas obligé de dire à nos amis qu’on l’a lu! (Mais je vous propose quand même d’en parler autour de vous, ça en vaut la peine.) Le titre, Baking with Kafka en version originale, fait référence à l’une des planches du livre. Par contre, j’aurais choisi un autre titre pour l’ouvrage complet, …

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Cuisine, romance et meurtre : tout pour séduire même les plus sceptiques (recette en prime à la fin de l’article!)

Lors d’un brunch entre fileuses, Martine nous a offert un buffet de services de presse. Si vous l’ignorez, un service de presse est un livre qui est envoyé au Fil rouge (donc à Martine directement) dans le but qu’une collaboratrice le lise et en parle sur le blogue. Mais, vous vous en doutez, les deux cofondatrices à elles seules ne peuvent pas lire tous les livres du monde, malheureusement. Et quand la pile à lire de services de presse devient trop immense, on se fait un brunch collectif et on sépare les livres entre nous (c’est vraiment l’fun être une fileuse). Donc, au dernier brunch de distribution de livres, comme toujours chacune s’est garochée sur le livre qu’elle veut lire depuis sa parution mais qu’elle ne s’est pas encore procuré, ou encore sur le style de livre qui lui plaît le plus. Après quelques minutes, il reste les rejetés, ceux qu’on juge à leur couverture ou à leur public cible duquel on se détache complètement. On fait clairement du jugement à la première impression. Toutes …

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Un brin de nostalgie avec La Belle Sauvage

Quelle merveilleuse surprise que nous réservait Philip Pullman, laquelle fut révélée un peu plus tôt cette année! J’avais mis la trilogie d’À la croisée des mondes bien derrière moi, dissimulée dans un coffre-fort où il me prend trop souvent l’envie de me replonger pour y redécouvrir à nouveau mes trésors d’antan. Cette fois, nul besoin puisque l’auteur de la série jeunesse nous offre une toute nouvelle saga qui s’ancre dans l’univers que nous avons connu auparavant à travers les aventures de Lyra Belacqua. À quoi peut-on s’attendre dans le premier tome de cette nouvelle trilogie, La Belle Sauvage, et ce, autant en tant qu’anciens admirateurs qu’en tant que nouveaux curieux? C’est ce que nous allons voir. Résumé Détrompez-vous, Lyra n’est pas la protagoniste principale de ce tout récent fragment d’épopée. Il s’agit plutôt de l’histoire d’un jeune garçon prénommé Malcolm, dont les parents sont propriétaires de l’auberge de la Truite. En fait, c’est précisément en ce lieu que le tout débute. En aidant aux tâches de l’auberge, Malcolm, garçon à l’esprit assez aventurier, avouons-le, a …

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Les années du crépuscule : les liens accidentels du coeur

Écrit au début des années 1970 par Sawako Ariyoshi, une écrivaine japonaise décédée trop tôt à l’âge de 53 ans, Les années du crépuscule est un portrait sans fards de l’angoisse de vieillir et, par conséquent, de la nécessité d’affronter sa propre mortalité pour mieux vivre. Certaines lectures donnent le vertige. Parfois, c’est l’universalité de l’histoire qui nous fait entrevoir quelque chose de plus grand que soi ; parfois, l’authenticité des personnages nous fait oublier qu’ils sont des êtres de papier. Ici, c’est la franchise de l’auteure qui donne le vertige. Lire ces mots, ces personnages, ce drame (qui se fait occasionnellement comédie cruelle) nous force à déposer le roman à quelques reprises pour se cacher les yeux ou pour rire nerveusement. L’apparente épaisseur du trait qui sert à souligner les relations familiales, les paradoxes culturels et les travers des personnages donne à ce roman lucide une profondeur qui bouscule son lecteur jusqu’à la toute dernière ligne. Le drame ordinaire Akiko, une femme dans la quarantaine, mène une vie réglée comme une horloge. Entre le travail, la maison …