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Cry, baby, cry

Ces routes qui nous font perdre le nord et qui nous obligent à foncer. Celles qui ne figurent sur aucune carte et aucun itinéraire, celles qui s’inventent dans nos têtes et se matérialisent au fil des kilomètres. Ce sont ces chemins-là qui nous définissent entièrement et qui nous révèlent à notre vraie nature. Bien qu’ils soient le fruit du hasard ou de la malchance, la plupart du temps ce sont ceux qu’on rencontre à la croisée des âges. Ce sont les routes non définies qui finissent par tracer un nouveau sens à notre vie, elles font de nous les propres clandestins de notre histoire. J’admire les auteurs qui s’offrent la chance de recréer un second souffle à une œuvre et qui trouvent le courage de transposer leur propre vie dans celle imaginée par d’autres. Ce fût le cas du bouleversant Ma vie Rouge Kubrick de Simon Roy (comparaison inévitable, mille excuses) paru il y a quelques années. Mélanger réalité, fiction et enjeux sociaux relève du génie et j’éprouve énormément de respect pour quiconque tentant cette expérience …

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Créatures du hasard: donner la parole aux femmes

Ceux et celles qui me connaissent savent que je suis captivée par l’Amérique latine depuis des lustres. Ce n’est donc pas surprenant que Lula Carballo, autrice québécoise d’origine uruguayenne, ait piqué ma curiosité lorsque j’ai entendu parler de son premier roman, une oeuvre dédiée à sa grand-mère, où l’autrice retrace le quotidien de son enfance en Uruguay. Ce roman écrit en fragments m’a beaucoup plu. Si les origines de l’autrice nous incitent à croire que l’histoire se déroule en Uruguay, le récit est tellement universel par son authenticité que l’intrigue pourrait tout aussi bien se dérouler au Québec. Les morceaux de l’enfance de Lula se succèdent au fil des cent-cinquante pages du roman, et forment un casse-tête volontairement incomplet, où le.la lecteur.trice doit combler les trous par lui.elle-même. Le non-dit est aussi important ici que l’énoncé. L’histoire d’une famille contaminée par la dépendance au jeu Lula grandit au cœur d’une famille et d’un quartier très pauvres. Les habitants de sa rue brûlent leurs déchets à l’avant de leurs maisons et les coups de feu retentissent …

Les préoccupations d’une féministe rabat-joie

Qu’est-ce qu’une féministe rabat-joie ? Qu’est ce qui préoccupe la féministe rabat-joie moderne ?  Telle est la prémisse de cet essai d’Erin Wunker, professeure, chercheure, autrice et, bien entendu, féministe. À travers ses réflexions et ses questionnements, Wunker s’amuse (pour faire écho au joie de rabat-joie) à déconstruire ces normes patriarcales. L’état du monde vous inquiète, l’inéquité vous enrage et décourage et vous brûlez de pouvoir faire quelque chose pour changer ça ? Vous êtes probablement déjà une rabat-joie. Et vous vous rendrez peut-être compte que ça donne du courage d’apprendre comment «abattre» la joie peut aider à «refaire le monde». Après tout, si le statu quo est intenable pour beaucoup d’entre nous, s’efforcer de le modifier est une marque d’espoir. À la croisée des approches  Wunker le dit elle même, ses textes se trouvent à la croisée entre critiques, théories littéraire, culture populaire et pensée féministe. C’est à travers ces quatre axes qu’elle développe sa pensée autour de trois sujets, soit la culture du viol, les amitiés entre femmes et la maternité. En ouvrant …

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Les mille talents d’Eurídice Gusmão: l’histoire d’une femme invisible

Dès que le soleil a commencé à poindre le bout de son nez et que le vent froid a enfin laissé sa place à un peu de chaleur, j’ai eu une envie pressante de dénicher un livre que je pourrais lire au parc. N’ayant pas en tête un titre ou un-e auteur-e en particulier, je me suis tout de même rendue à la Bibliothèque et me suis mise à lire les quatrièmes de couverture dans la section des nouveautés. Mes yeux se sont arrêtés sur quelques bouquins dont celui de Martha Batalha, auteure brésilienne qui a connu un vif succès dans son pays natal pour son premier roman Les mille talents d’Eurídice Gusmão. Sa couverture aux couleurs flamboyantes et festives donnait le ton à mon besoin de légèreté, de lumière et de chaleur réconfortante. Par contre, ce sont surtout les quelques lignes rédigées en majuscules qui m’ont interpellée, si bien que j’ai entrepris d’en faire la lecture: «  L’histoire d’Eurídice Gusmão, ça pourrait être la vôtre, ou la mienne. Celle de toutes les femmes à …

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Et si Bloody Mary était féministe?

Je me confesse, je suis une mordue de poésie. Sous toutes ses coutures, de tous les genres. Il n’y a pas grand-chose que j’aime plus que de lire un poème et de me sentir connectée à celui-ci, comme s’il avait été écrit pour moi, pour ce que je ressens. J’aime découvrir de nouveaux artistes, de nouveaux vers, mais aussi relire ceux de mes auteurs préférés. C’est pourquoi le recueil de France Théoret, Bloody Mary, n’est jamais bien loin. Celui-ci, publié en 2011, est un amalgame de plusieurs œuvres de l’auteure, parues entre 1977 et 1992. Féminité crue L’image de la femme parfaite, de la femme toujours posée, jolie, épilée et prête à se donner est détruite dans ce recueil, parce qu’elle n’a en fait jamais existé. Cette femme, qu’on nous montre comme étant le modèle idéal dès un jeune âge, n’est qu’une illusion. Un mirage qui veut créer des femmes en séries, toutes pareilles et sans débordements. Sans désir autre que de satisfaire l’homme et de se faire envier par les autres femmes. « Image …

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Tout ce qui se dissimule dans Nos silences

Les femmes, en raison de leur genre, subissent la guerre de manière toute particulière. C’est ce que l’auteure Wahiba Khiari raconte, en libérant son propre vécu, dans Nos silences. Ce court roman, paru en 2018 aux Éditions XYZ après avoir été publié en Tunisie il y a quelques années, entrelace fiction et autofiction pour faire le récit de la guerre civile algérienne du point de vue des femmes. En composant un roman à deux voix, l’auteure brise le silence des femmes happées par le conflit armé. S’y alternent donc le récit d’une enseignante d’anglais ayant fui le conflit et les violences à leurs débuts et celui de son étudiante plongée dans l’épouvante de ce qui sera baptisé la «décennie noire». La première, tenaillée par les remords et l’impuissance, n’arrive pas à se défaire de l’idée que son élève traverse le pire là-bas.  «Je suis loin, mais pas elle. Ils l’ont eue, j’en suis douloureusement convaincue. Des années qu’elle m’habite comme une deuxième possibilité de moi-même.» Par l’écriture, elle la fait exister et elle fait exister …

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L’Euguélionne de Louky Bersianik : humour et fureur féministes

Aborder ce roman mythique de la littérature féministe québécoise n’est pas chose facile lorsqu’on considère les nombreuses analyses et chroniques littéraires qui lui furent dédiées. J’avoue m’être questionnée à savoir si j’étais à la hauteur de la tâche d’en révéler tout le potentiel à travers un court article. C’est donc sans prétention et avec beaucoup d’humilité que je me permets de partager mon appréciation de ce fantastique roman, qui est définitivement un de mes coups de cœur littéraires des derniers mois. Certain.e.s se sentiront peut-être intimidé.e.s par l’imposante taille du volume; soyez au contraire assuré.e.s que ce petit bijou se dévore et se savoure avec aise, au fil d’une épopée complètement loufoque sans queue ni tête. Il faut approcher L’Euguélionne sans rien attendre d’autre que de se laisser transporter – et transformer – par l’intelligence humoristique et les réflexions de l’autrice. L’extraterrestre à la recherche du « mâle de son espèce » Dans ce récit non linéaire, on suit la quête de l‘Euguélionne, cette extraterrestre qui aboutit sur la planète Terre dans le but de trouver « sa …

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Merveilleux et mysticisme : la plume onirique de Carole Martinez

C’est par hasard que j’ai lu Du domaine des Murmures et que j’ai découvert l’écrivaine Carole Martinez. Je choisis normalement scrupuleusement mes lectures en fonction de suggestions trouvées sur des blogues, à la radio, dans le journal, etc. J’ai emprunté Du domaine des Murmures parce que le Moyen-Âge me fascine. Je ne connaissais rien du récit et j’ai été soufflé par ce roman qui se réapproprie le merveilleux pour créer un conte poétique singulier. Par la suite, j’ai lu le Cœur cousu, premier roman de l’auteure, dans lequel j’ai retrouvé ce style, ce rythme, ce souffle et des thématiques semblables malgré deux univers bien distincts. Des personnages féminins marginalisés Du domaine des Murmures raconte l’histoire d’Esclarmonde qui, pour échapper à un mariage imposé, décide de se faire emmurer. Si le geste d’Esclarmonde nous semble tout à fait inusité, ce phénomène existait bel et bien au Moyen-Âge. Certaines femmes décidaient de se reclure pour toujours dans une cellule de quelques mètres contiguë à une église où seule une petite ouverture leur permettait d’avoir un contact avec …

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La révolution sexuelle n’a pas tué les stéréotypes de genres

Vous connaissez probablement Lili Boisvert grâce à son émission Sexplora, dans laquelle elle parle sans tabous de toutes sortes de sujets reliés à la sexualité, ou peut-être l’avez-vous vue dans le duo Les Brutes, formé d’elle-même et de Judith Lussier, qui présente de courts vidéos dans lesquels elles survolent des problématiques sexistes, raciales, privilégistes, etc. Une chose est sûre, Lili Boisvert veut faire changer les choses au sein de notre société contemporaine, et elle n’emploie aucun détour pour faire passer le message. Avec Le principe du cumshot, son premier essai publié au printemps dernier chez VLB éditeur, son désir de renverser les stéréotypes sexuels et de genres se fait entendre et, disons-le, le titre en soi est un message revendicateur dès le premier abord. Le principe de qui? En pornographie, le cumshot est la scène finale où l’on voit l’actrice recevoir en plein visage – ou ailleurs – la jouissance de l’homme, tout en restant passive. (J’ai eu envie d’écrire la jouissance de l’Homme, avec un H majuscule.) Selon Lili Boisvert, cette scène ultime est …

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Lire des femmes de diverses origines en mars… et toute l’année

En 2018, je me suis résolue à lire davantage d’œuvres littéraires non occidentales, car il me semblait que mes lectures étaient très enracinées en Amérique du Nord et en Europe occidentale, et surtout réalisées par des personnes blanches. Diversifier mes lectures me permettrait de mieux connaître les expériences de vie et les terrains de luttes de celles et de ceux dont la réalité quotidienne est tout autre que la mienne, en raison de leur appartenance ethnoculturelle et de leur parcours migratoire. J’ai voulu partir à la rencontre de ces personnes qui disposent d’assez peu d’espace dans la société pour diffuser des représentations justes et positives d’elles-mêmes et de leur communauté. Avec l’arrivée du mois de mars et à l’approche de la Journée internationale des femmes, visant à souligner les contributions des femmes à travers le monde et à mettre en évidence les obstacles et les violences qui demeurent encore à enrayer pour parvenir à une réelle égalité entre les genres, j’ai jugé qu’il était plus que temps d’accorder une plus grande place aux femmes de …