All posts filed under: Bande dessinée et roman graphique

Sophie Labelle : dans le tumulte, rejoindre son public

Sophie Labelle et son travail ont été l’objet d’attaques incessantes de la part de groupes néonazis. Comme nombre de fans de sa BD Facebook pro-trans assignée garçon, je souhaite souligner l’importance de la prise de parole de cette auteure montréalaise. Cette chronique s’intéressera à la toute dernière publication « papier » de la bédéiste, Comment sortir avec quelqu’un quand on est trans et queer. Une histoire intriguante dans un format appétissant Ce qui saute aux yeux, c’est la qualité de l’objet-livre : en couleur à l’extérieur comme à l’intérieur, avec des dessins comportant tous une composition simple, mais truffée de détails judicieux. Pour une publication « maison », la finition n’est pas balayée du revers de la main. Analyser les vêtements des personnages est d’ailleurs en soi un plaisir de lecture. Dans les premières pages, on nous présente les personnages avec de courtes descriptions amusantes, d’une façon qui m’a donné un baume sur le cœur en me rappelant les BDs d’Astérix et Obélix que je lisais, enfant. Pour cette publication, l’histoire ne tourne pas autour de Stéphie, jeune fille trans …

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Hannah Arendt à travers la BD

Quand j’étais jeune, je détestais les bandes dessinées, je trouvais que ça laissait trop peu de place à mon imagination et je n’arrivais pas à prendre le rythme. C’est bien plus tard, alors que je travaillais à la bibliothèque de mon cégep, que j’ai découvert le plaisir des romans graphiques. J’ai appris à aimer la vitesse, particulièrement cette certitude qu’avant la fin de la journée j’aurais fini ma lecture. J’aime aussi comment on peut combler quelques minutes de vide, en suspens entre deux obligations, avec une BD. C’est une chose que je trouve beaucoup plus difficile à faire avec un roman. Et j’aime le nouvel esthétique adopté par de nombreux romans graphiques, qui semble s’inspirer de l’aquarelle et du dessin au pastel. Bref, je me suis réconciliée avec ce genre littéraire et c’est tant mieux parce que cela me permet de faire de magnifiques découvertes, comme la biographie de Hannah Arendt en image. Qui est Hannah Arendt? Elle est née en Allemagne, en 1906, où elle étudiera la philosophie, mais étant juive, elle devra fuir, …

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L’amour au temps du patriarcat

Côté humour en littérature, je suis difficile. Je souris beaucoup, je ris peu. Récemment, le roman graphique Les sentiments du Prince Charles de l’auteure suédoise Liv Strömquist est parvenu à renverser cette tendance en me faisant rire fort, à plusieurs reprises. À l’aide de blagues réussies, ce livre cerne des malaises qui pullulent notre quotidien. Le ton est sarcastique, revendicateur et féministe. La description – peu éloquente – des sentiments du Prince Charles à l’égard de Lady Diana constitue le point de départ de l’auteure dans sa déconstruction des dynamiques oppressantes que subissent les femmes – mais aussi les hommes – au sein du couple. Fini le temps où l’on riait de ces amoureuses considérées par leurs maris comme des boulets, c’est ici l’absurdité de notre société patriarcale qui est montrée et ridiculisée. Voici donc en quatre points en quoi le roman graphique Les sentiments du Prince Charles s’impose dans la liste de mes lectures les plus réjouissantes faites jusqu’à ce jour. La critique du couple et de la vision de l’amour  Sous ses airs ludiques, le livre de Strömquist …

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Bitch Planet, une dystopie (trop) vraie

Bitch Planet est une bande dessinée écrite par Kelly Sue Deconnick et illustrée par Valentine De Landro, publiée par le célèbre éditeur Image Comics en 2014. C’est l’œuvre de deux féministes engagés, une femme et un homme. C’est d’ailleurs le but de cette oeuvre graphique, dénoncer la misogynie et la société patriarcale. Une idée extrême, ou pas Ce que j’ai aimé tout d’abord de cette bande dessinée, c’est la thématique évidente et la façon dont elle est exploitée. L’auteure crée une dystopie sans compromis d’une société futuriste où le patriarcat règne comme il n’a jamais régné. Les hommes gouvernent et les femmes qui refusent de se plier à leurs attentes et volontés doivent être ‘’rééduquées‘’. Elles sont envoyées sur Bitch Planet, une planète prison pour les femmes non-conformes aux yeux des hommes. Parmi ces femmes, on y retrouve des femmes qualifiées de trop grosses, trop minces, trop bruyantes, trop religieuses, trop pudiques, trop sexuelles, trop queer, etc., ce sont les principales raisons pour aboutir sur la Bitch Planet. Il va sans dire que ce simple …

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Catel & Bocquet : redécouvrir Olympe de Gouges & Joséphine Baker en romans graphiques

En novembre dernier, j’ai découvert sur Instagram que le duo Catel & Bocquet, bédéistes, avait créé des briques de romans graphiques (!) au sujet de femmes ayant marqué l’histoire. Ma curiosité avait été piquée. Or, le prix de chacun des romans graphiques (50 $) m’avait un peu rebutée, je me suis donc mise sur une liste d’attente à la bibliothèque et ce n’est que ce printemps que j’ai eu la chance de me plonger dans deux des trois œuvres réalisées par le duo : Olympe de Gouges et Joséphine Baker. Publiés chez Casterman, ces deux romans graphiques m’ont permis de connaître davantage deux femmes exceptionnelles de l’histoire. J’avais pris un peu plus connaissance du destin complètement inspirant de ces deux femmes dans Culottées 1 et 2 de Pénélope Bagieu, mais c’est vraiment en lisant ces deux romans graphiques que j’ai découvert leur vie et leurs histoires. Ce sont deux femmes libres, avant-gardistes et profondément habitées de convictions de justice qui m’ont vraiment impressionnée et je resterai longuement marquée par ces lectures. Ces deux femmes se rejoignent dans leurs forces …

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Le problème avec les femmes

Je suis tombée par hasard sur ce roman graphique alors que j’errais dans la section bd adulte de ma librairie de quartier. Le titre m’a d’abord intriguée, puis je l’ai feuilleté rapidement et j’ai décidé de me le procurer. Je n’ai pas été déçue de cette décision, puisque je l’ai lu deux fois de suite. Le problème avec les femmes de Jacky Flemming nous explique pourquoi les femmes ne se retrouvent pas dans nos livres d’histoire et pourquoi aucune femme ne s’est démarquée à travers les siècles. Plusieurs éléments sont en cause : leur tête est trop petite, elles vivent dans une bulle domestique, leur chevelure les empêche d’entendre et elles sont trop émotives pour comprendre les mathématiques, entre autres choses. Vous l’aurez compris, la totalité de cette histoire est basée sur l’ironie et le sarcasme. En utilisant un ton qui se rapproche du mansplaining, Flemming nous explique pourquoi les femmes, arrivées dans le monde bien après les hommes, n’ont pas les capacités physiques et mentales d’exercer les métiers masculins. Elle y insère même de …

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Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent : un deuxième tome tout aussi pertinent

Il y a quelques mois déjà, je vous parlais du premier tome de Culottées, une bande dessinée de Pénélope Bagieu qui nous fait découvrir des femmes exceptionnelles, culottées, qui auraient dû, elles aussi, marquer l’histoire. Tout comme notre fileuse Laurence, je suis une admiratrice du travail de Pénélope Bagieu, une bédéiste fascinante qui depuis quelque temps, prend position comme féministe dans son œuvre. Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent  Voilà le sous-titre de cette série et ça résume parfaitement bien le contenu. On y découvre la vie de femmes inspirantes, très souvent à contre-courant de leur époque et fondamentalement culottées, déterminées et inspirantes. Dans ce deuxième tome, on y croise 15 nouvelles femmes, toutes plus fascinantes les unes que les autres. Ce que j’aime le plus de ces bandes dessinées, c’est le côté féministe de l’œuvre. Pénélope Bagieu veut nous faire découvrir des femmes qui n’ont pas été reconnues, ou du moins, pas beaucoup, pour diverses raisons. Elle prend la parole en dénonçant l’invisibilité des femmes vis-à-vis les hommes et, du fait même, …

La fin de l’innocence

L’été est une saison unique. Chaque année, elle nous tient en haleine par son imprévisibilité. C’est elle qui anime les conversations et les espoirs de chacun. Elle marque la fin de l’hibernation et le début d’un souvenir ancien. Elle se dissocie des trois autres par sa légèreté, ses chaleurs et ses nuits sans fin. C’est le temps des glaïeuls, de l’amour et de la nouveauté. Je garde un souvenir précis de mes étés de jeune adolescente. Ces 2 mois qui nous semblent éternels et qui nous dissocient de la tempête qui gronde entre les casiers de la jungle du secondaire. C’est le seul moment où rien ne nous oblige à quoi que ce soit. Pas besoin de fuir, de faire semblant, de survivre. C’est la possibilité infinie de slush, de premières bières et de marathon THE O.C. (j’avais une belle vie, eh oui). C’est être soi-même complètement, et c’est se découvrir à travers nos propres yeux. 

C’est aussi la fin de l’innocence, l’éveil des sens et de l’émancipation. C’est s’opposer à toute figure parentale, être …

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Le maître des livres: la littérature qui soigne

Amadouer la bête Mis à part quelques Dragon Ball lus dans ma jeunesse, je n’avais aucune expérience en matière de manga. Alors quand j’ai nommé le titre de la série que je cherchais, Le maître des livres de Umiharu Shinohara, au libraire et qu’il m’a demandé si c’était un «shhhyenihusfggen» (je vous jure que le mot n’évoquait rien de plus pour moi à cet instant), je me suis abstenue de répondre autre chose que «?!?». Grâce à mon solide sens de la déduction (oui, mais non), j’ai pu comprendre que ce mot mystère évoquait un type du manga. En fait, le terme est défini selon le lectorat ciblé par le magazine dans lequel les premières planches ont été publiées. Le maître des livres a été prépublié dans le Weekly Manga Times, un magazine ciblant principalement les jeunes hommes adultes âgés de 15 à 30 ans. (Ah!) Le seinen manga (parce que c’est un seinen, finalement) présente des histoires un peu plus sérieuses et complexes. La lecture du premier tome fut une expérience plutôt ardue pour …

À la rencontre d’une jeune Simone

Je dois vous faire un aveu, car même si j’ai fait un certificat en études féministes à l’UQAM, je n’ai jamais lu de livres ou de romans de Simone de Beauvoir. Évidemment, j’ai lu des textes et des extraits de ses théories et philosophies de pensée, mais ça s’arrête là. Lorsque je suis tombée sur Simone de Beauvoir, une jeune fille qui dérange et que je pouvais voir sur la quatrième de couverture le célèbre Jean-Paul Sartre, je fus immédiatement intriguée. La relation entre ces deux personnages m’a toujours fascinée. Je me disais qu’avec ce roman graphique, j’allais satisfaire ma curiosité. Au départ, le terme « fille » me dérangeait. J’aurais préféré retrouver « une jeune (FEMME) qui dérange » dans le titre, surtout avec sa célèbre réplique « On ne naît pas femme, on le devient ». Après ma lecture, j’ai compris pourquoi les auteur-e-s ont utilisé le terme « fille ». C’est que le roman graphique se concentre surtout sur la jeunesse de notre célèbre féministe française. J’ai donc fait la connaissance d’une très jeune …