Poésie et théâtre
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L’importance d’être Constant : quand les mensonges rencontrent l’amour

hoto Jean-François Gratton

Photo : Jean-François Gratton

L’importance d’être constant ou The Importance of Being Earnest selon le titre original, est une pièce de théâtre incontournable du théâtre britannique. Écrite en 1895 à Londres, cette pièce du très satyrique Oscar Wilde a été jouée partout autour du monde. Sa portée universelle et son écriture intemporelle font d’elle une pièce classique de l’époque victorienne qui continue d’être jouée, lue et actuelle.

Présentée en ce moment au Théâtre du Nouveau monde à Montréal, la pièce raconte l’histoire de Constant (joué par l’excellent Maxime Dénommée que j’avais adoré dans la série Aveux), qui désire épouser la belle Gwendoline (jouée par Anne Élisabeth Bossé), mais qui devra faire face à ses secrets et à sa double vie pour y parvenir. Le cousin de Gwendoline, Algernon (joué par Vincent Fafard) prendra avantage de cette double vie pour parvenir à ses propres fins. Sous un air de comédie, cette pièce rencontre des thèmes modernes dans une ambiance victorienne.

Sous un simple décor, il n’y a qu’une grosse tasse de thé posée au centre de la pièce ( les clichés anglais persistent aussi au fil du temps!), les personnages vont et viennent dans des décors que l’on doit s’imaginer. La simplicité du décor accentue la beauté du texte et le jeu des comédiens. Tous habillés dans des costumes d’époque, ils récitent leur texte, dans un langage pointu et aristocrate, mais non dénué d’humour. Les phrases punchs s’enchainent d’une ligne à l’autre et nous font rigoler à tout moment. C’est ce qui est agréable dans cette pièce, cette façon de combiner l’humour à la critique sociale. On rit, mais c’est en y réfléchissant qu’on découvre les facettes sociales et historiques de la pièce. Chaque parole, aussi drôle soit-elle, cache au fond d’elle-même, une critique d’une société victorienne, ou pas.

Quant aux acteurs, ils sont incroyablement bons. J’ai particulièrement aimé le personnage de Lady Bracknel joué par Raymond Bouchard qui réussit à merveille à jouer le rôle de l’archétype même de la victorienne coincée. Le couple vedette, la charmante Gwendoline et Constant domine la scène autant par la synergie qui les unit que par la complicité des comédiens.

L’importance du vrai

Les bonnes valeurs de l’époque et la nécessité de bien paraître empêchant le plaisir, Constant et son alter ego Jack viendront prouver que parfois, l’hypocrisie, le mensonge et la double vie sont les seules façons pour atteindre ce dit plaisir. Or, son fidèle ami Algernon, aussi convaincu que le mensonge est un moyen pour parvenir à ses fins, créera une scène typique de la comédie. Les deux femmes Gwendoline et Cecily ( jouée par Virginie Ranger-Beauregard, ) qu’ils désirent seront confrontées à des mensonges identitaires et amoureux….. On reconnaît Wilde dans son écriture burlesque et par l’absurdité de la scène. Mais qui donc est Constant ? Et qui Constant désire-t-il vraiment marier?

Néanmoins, le ton de la comédie laisse place à une incroyable critique sociale. Les bonnes manières, les règles de bienséance, l’importance du mariage comme les thèmes de l’apparence et du mensonge traversent la pièce. Ces thèmes traversent le temps par leur portée universelle et contemporaine. Lorsque Wilde écrit des phrases telles que « Nous vivons à une époque où le superflu est notre seule nécessité. » on reconnait bien, évidemment l’époque victorienne dans laquelle son écriture s’inscrit, mais tout aussi bien notre société de consommation.

Voilà le brio de Wilde de traverser les décennies, voire les siècles et d’offrir grâce à l’art et aux mots, une critique sociale actuelle. Il suffit de re(lire) Le visage de Dorian Gray pour comprendre que Wilde arrive encore avec des thèmes comme l’esthétisme, la beauté et même l’art à ancrer son oeuvre de sujets intemporellement éternels. 

Pour visionner une entrevue effectuée par Nicolas Ouellet dans le cadre d’ICI ARTV dans les coulisses de la pièce, c’est ICI.

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L’importance d’être Constant
Présenté au Théâtre du Nouveau Monde
DU 11 NOVEMBRE AU 6 DÉCEMBRE 2014
Texte OSCAR WILDE
Traduction NORMAND CHAURETTE
Mise en scène YVES DESGAGNÉ
Distribution : Anne-Élisabeth Bossé, Raymond Bouchard, Patrice Coquereau, Maxime Denommée, Vincent Fafard, Richard Lalancette, Virginie Ranger-Beauregard, Julie Vincent
1 h 45 sans entracte
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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

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