Auteur : Martine Latendresse Charron

Ne faire qu’un, envers et contre tous

Dans ce premier roman de Marie-Hélène Larochelle, Danill et Vanya, j’ai été surprise de la façon dont je me suis vue devenir complètement fascinée par cette histoire qui semblait toute simple au départ. Sans toutefois être un thriller psychologique, ce roman nous entraîne tout de même dans une quête qui côtoie meurtre, mensonge, agression sexuelle et identité. La prémisse semble fort simple : un couple très amoureux, Emma et Gregory, perdent leur enfant et décident de se tourner vers l’adoption internationale, c’est ainsi qu’ils deviennent les parents adoptifs de deux jumeaux, Danill et Vanya. Les premiers temps avec les bébés sont difficiles, ils semblent vivre avec des problèmes liés à une dépendance à l’alcool, alors d’emblée on ne trouve rien de douteux ou de louche avec les bébés qui sont distants, froids et incroyablement près l’un de l’autre. C’est au fil des pages qu’on y découvre une famille, qui semble parfaite de l’extérieur, mais qui est pourtant plongée dans des rapports froids et dépourvus de chaleur. Les jumeaux, cette entité, ne semble pas s’attacher à leurs …

Sacrifices, tensions raciales et le vrai du faux

J’ai pris beaucoup de temps avant de me mettre à écrire ces lignes. Pour tout vous dire, depuis près d’un mois que Rédaction de mon article sur Sacrifices est dans mon agenda et chaque semaine, je le recopie en me disant, cette fois c’est la bonne. Écrire des critiques littéraires depuis 2 ans et demi m’a appris à rédiger rapidement, parfois pour couvrir des sorties littéraires, d’autres fois tout simplement pour ne pas — justement — surcharger son agenda. Bref, avec Sacrifices, j’ai pris bien mon temps. Pourquoi? J’avais besoin de laisser mon esprit analyser et aérer après la lecture de ce récit qui m’a bien sincèrement fascinée et que je n’oublierai pas de sitôt. Joyce Carol Oates m’avait profondément déçue avec Confession d’un gang de filles, un roman dans lequel je n’ai pas du tout embarqué et que j’ai eu de la misère à terminer. J’ai toutefois voulu lui donner une deuxième chance lorsque j’ai appris la sortie de Sacrifices et je suis très contente de l’avoir fait parce que j’ai découvert tout un univers… J’ai …

50 ans d’amitié pour Les Suprêmes

En bouquinant au dernier Salon du livre de Montréal, je suis tombée sur ce roman, Les Suprêmes d’Edward Kelsey Moore, et sans n’en avoir jamais entendu parler, j’ai eu envie de le lire. La couverture comme la description m’ont plu, mais je ne l’ai pas acheté. Je l’ai donc reçu lors d’un échange de cadeaux de Noël et vraiment, j’étais contente d’avoir noté le titre parce que j’ai passé un agréable moment de lecture avec ces trois Suprêmes. Les Suprêmes, c’est le surnom qu’on a donné à trois grandes amies : Odette, Clarice et Barbara-Jean et c’est inspiré d’un célèbre groupe de musique du même nom. Amies depuis 50 ans, on suit ces trois femmes divertissantes, pour le moins qu’on puisse dire, dans les épreuves de leur vie et dans le quotidien de chacune. Je m’attendais à un roman plus sérieux. J’avais en tête l’idée d’être plongée dans un roman engagé qui me ferait réfléchir, voire apprendre. Tout cela est arrivé, mais ce qui m’a surprise fut l’absurdité et l’humour qui transcendent les événements souvent …

Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent : Un projet culotté

Durant les vacances de Noël, je m’étais réservé à lire Les culottées de Pénélope Bagieu. J’attendais ce livre depuis vraiment longtemps et je n’ai fort heureusement pas été déçue. Des portraits de femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, ça m’attire beaucoup. Pénélope Bagieu est une bédéiste française que j’adore. J’aime sa personnalité, sa façon de parler de littérature, et pour être tout à fait honnête, elle est une des figures qui m’a donné envie, à mon tour, de faire de la critique littéraire (et de créer Le Fil rouge) de façon accessible et légère. Vous pouvez l’entendre sur le site Madmoizelle où elle fait des chroniques BD. Quant à son art, il est aussi rafraichissant, drôle et engagé. Laurence avait d’ailleurs fait un article au sujet de son oeuvre, juste ici. Avec Les culottées, Bagieu se lance dans une de ses oeuvres les plus engagées et féministes. Elle se donne le défi de nous faire découvrir des femmes exceptionnelles, trop souvent absentes de nos cours d’histoire. Elle nous raconte la vie de 15 femmes qui n’ont …

L’infini mémoire de notre temps

Rafaële Germain s’intéresse, dans cette petite plaquette jaune, à la mémoire, à l’oubli et aux nouvelles technologies qui ont modifié l’entièreté de nos rapports humains, mais pas que. Sous forme de petits fragments adressés à son père, la quête de Rafaële Germain est bien évidemment propre à elle-même et à son rapport intime avec la mémoire, les technologies et l’oubli. Elle touche cependant une société entière, me questionnant moi-même sur ces thèmes. Elle s’y attarde toutefois de façon très sincère et vulnérable en s’adressant à son père et en nous dévoilant des parts intimes de ce dernier et d’elle-même. Ainsi, elle s’interroge sur la transmission, l’importance d’avoir des racines, des ancrages réels et concrets. Inspirée par le décès de son père, l’auteur Georges-Hébert Germain, Rafaële Germain nous raconte comment son père était un homme qui aimait l’histoire, la recherche et comprendre les choses et qu’il l’a inspirée à faire de même. Dans une ère où l’on recherche de moins en moins et l’on oublie de plus en plus (car de toute façon, les données y sont si …

Beaucoup trop en retard, découvrir Goodreads

Bon, je suis consciente que pour ceux qui connaissent déjà Goodreads, j’arrive comme une mamie excitée devant l’arrivée des courriels, mais c’est que tout récemment je me suis mise à utiliser l’application Goodreads et  je suis tombée sous le charme. Je me suis alors dit que si moi, qui travaille dans le domaine du livre, n’utilisait pas l’app, il est probable que beaucoup ne connaissent pas aussi. Voilà, j’ai donc décidé de piler sur mon orgueil de fille-en-retard pour vous parler de l’application mobile de Goodreads, qui est vraiment géniale. Je tiens tout de même à remercier nos merveilleux abonnés instagram qui m’ont incitée à l’utiliser pour garder un cap sur mes lectures. Premièrement, pour ceux qui ne connaissent pas Goodreads, il s’agit d’un site web et d’une application mobile qui vous permet de vous créer une bibliothèque numérique. Voici quelques éléments qui m’ont faite flancher et qui m’ont donné envie de l’utiliser : Vous pouvez scanner vos codes ISBN C’est vraiment cette utilité de l’application mobile qui m’a convaincue de la télécharger. Je trouve …

375e de Montréal : Verdun, là où tout a commencé…

Dans le cadre du 375e de Montréal, notre collaboratrice Clara a eu la superbe idée de faire une série d’articles hommage à quelques quartiers de Montréal, vous pouvez lire l’article qui explique cette nouvelle série. Je me suis portée volontaire pour parler de Verdun, pourquoi? Parce que bien avant le #verdunluv, j’y étais attachée. J’ai passé les 17 premières années de ma vie sur la deuxième avenue, près de Wellington. Un coin qui était, au milieu des années 90, discutable. Avant les cafés troisième vague, la meilleure librairie (Librairie de Verdun!) et les restaurants innovateurs, Verdun c’était des locaux qui se louaient et se vidaient de saison en saison, c’était une période difficile, c’était la ville prise en exemple pour faire des blagues de pauvreté, c’est aussi la ville que j’ai déguisée en nommant à mes amis banlieusards que je rencontrais à mon camping : Montréal. Je ne suis pourtant plus gênée de dire que j’ai été élevée à Verdun. Je suis Même fière. Mes premiers souvenirs y sont, et aussi mon premier véritable amour, celui des …

Le livre du Hygge : entre détente, réconfort et bibliothérapie

Le mot hygge est un peu à la mode ces derniers temps. Il ne passe pas une journée sans que j’aperçoive ce mot soit dans un article, sur Instagram ou que je le vois sur un bouquin. J’ai eu envie d’en lire un, pour mieux comprendre toute la philosophie danoise qui y réside. Le livre du hygge, mieux vivre la méthode danoise, m’intéressait, non seulement car il a été écrit par Weik Wiking, président de l’institut de recherche sur le bonheur de Copenhague, mais parce que j’avais envie d’en apprendre plus sur le Danemark, ce pays qui gagne, année après année, le plus haut taux de bonheur chez ses habitants. Alors pour commencer, comment on prononce hygge? Bonne question. Le livre nous dit de prononcer HOU-GA (et j’ai trouvé ce petit vidéo qui aide un peu, mais ça reste mystérieux…) Et surtout, ce n’est pas très important. Comme l’introduction le cite, Winnie L’ourson a déjà dit « Ça ne s’épelle pas, ça se vit » et cela s’accorde aussi le hygge. Brièvement, le hygge est un …

La femme rompue de Turin

Elena Ferrante, cette auteure italienne a été une véritable découverte pour moi en 2016. L’amie prodigieuse est une lecture marquante à laquelle je repense souvent et je ne suis pas la seule. Elle est devenue une célébrité en littérature internationale. Et ce, même si ce n’était pas toujours pour les bonnes raisons…  L’été dernier, j’ai passé quelques heures à Naples et je n’ai pu faire autrement que d’imaginer Lila et Elena dans les rues, à courir et à rigoler. Leurs personnages, leurs personnalités sont vraiment venues se forger dans ma tête et dans mon coeur… j’attend patiemment la sortie en format poche du deuxième tome de la série. D’ici là, j’ai décidé de me plonger dans un autre de ses romans traduit en français, Les jours de mon abandon. Ce roman raconte l’histoire d’Olga, une femme de trente-huit ans, mère de deux enfants, qui a consacré sa vie à sa famille et qui s’est ainsi mise de côté. Un beau midi, son mari lui annonce qu’il la quitte. Rien de plus classique, voire banal et, disons-le, …

La fuite qui mène à soi

  Je ne peux faire autrement que de penser au personnage de Hanna dans Girls pour introduire Sara Lazzaroni, elle est vraiment une voix des plus puissantes de sa génération. J’ai rarement lu une auteure de mon âge, qui nommait avec autant de beauté, de talent et d’imaginaire ce que je ressentais, ce que je voyais et ce que je vivais. Les romans de Sara Lazzaroni, Patchouli, Veiller la braise, et maintenant Okanagan, viennent me toucher par leur façon de représenter l’entièreté d’une génération aux prises avec une recherche identitaire, un désir de vivre et paradoxalement, une mélancolie qui ne quitte pas. Dans ce dernier roman, Lazzaroni y raconte l’histoire de Léa qui part avec ses amis dans l’Ouest canadien, à Okanagan plus précisément, cueillir des cerises. Cette Léa, habitée d’une profonde tristesse, mais d’un sentiment très puissant d’urgence de vivre, partira à l’aventure, dans une voiture fiable à moitié, le coeur persuadé d’aller chercher une liberté nécessaire à sa guérison. C’est par la poésie, l’écriture, le voyage qu’elle se sent le plus vivre, qu’elle …