Littérature québécoise
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Je veux une maison faite de sorties de secours

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En 2009, lorsque Nelly Arcan s’est suicidée, comme tout le monde, j’en ai entendu parler à la télé et la radio et j’ai décidé, moi aussi curieuse, d’acheter ses bouquins. J’aurais aimé que sa mort ne soit pas le moment de notre rencontre, mais bon, on ne choisit pas l’ordre dans lequel les choses arrivent. Je me souviens de soirs d’hiver frisquets, voire glaciaux, où je m’installais à lire Putain et ensuite Folle. C’était durant les vacances de Noël. Je m’en souviens parce qu’au Nouvel An, j’ai reçu Paradis clef en main. Ce fut quelques jours très brefs où je suis restée cloîtrée chez moi, à y tourner les pages. L’écriture de Nelly Arcan m’avait secouée, m’a emmenée dans des zones jamais exploitées. Elle a éveillé la féministe en moi, sans même que je puisse mettre ce mots-là, à cet instant.

Nelly Arcan m’a fascinée dès les premières pages de Putain. Ses phrases sans fin, sa violence mélangée à sa tendresse, sa franchise face à ma surprise d’un monde dont j’avais longtemps été spectatrice. C’est dans son complexe, son paradoxe entre ce qu’on impose aux femmes et cette dualité avec elle-même, face à ce besoin d’être belle, de cadrer dans ce que la société attend d’une femme, que Nelly Arcan m’a fascinée. La fougue d’Arcan, son intelligence, son mal-être aussi, m’ont ouverte à un genre d’écriture, l’autofiction, mais aussi à ces paradoxes qui vivent en moi.

Elle m’a donné envie de lire, Arcan, c’est pourquoi depuis ce mois de décembre 2009, je lis tant d’oeuvres écrites par des femmes. Elles m’aident à me comprendre et à saisir toute la profondeur de ma position de féministe. Je n’ai jamais relu Arcan, mais la publication de Je veux une maison faite de sortie de secours en novembre 2015 m’a donné plus qu’envie de me replonger dans ses bouquins.

Ce livre hommage à Nelly Arcan, la femme et l’écrivaine, à Isabelle Fortier aussi, a été dirigé par Claudia Larochelle, auteure et animatrice de Lire. Claudia Larochelle est une femme que j’admire par sa façon de parler des livres. Incontestablement, lorsque j’ouvre ma télévision pour écouter Lire, je rajoute des livres à ma Pile à lire. Elle a cette façon si passionnée de parler de littérature qui me confirme chaque fois que je n’aurai pas tout le temps nécessaire pour lire tout ce que je voudrais. Elle était la personne idéale pour diriger ce collectif, non seulement par sa sensibilité littéraire, mais aussi parce qu’elle était une amie de Nelly Arcan. Cet aspect que personnellement je ne savais pas vient rendre le recueil encore plus intime et émouvant. On ne tombe jamais dans le sensationnalisme ni le biographique, mais dans les fragments de souvenirs qui font de Nelly Arcan, cette figure mythique de la littérature québécoise contemporaine.

Claudia Larochelle a donc demandé à des gens qui ont lu, connu, aimé Nelly, d’écrire à son sujet. Les textes sont variés, parfois très cérébraux où on analyse très judicieusement l’écriture et les propos d’Arcan. D’autres fois, ils sont plus intimes et tendres. Ces témoignages qui viennent redonner un souffle à Arcan sont nécessaires, son oeuvre est mythique et témoigne d’une profonde réalité occidentale. Je souhaite de tout coeur que Nelly Arcan soit lue dans les universités et les cégeps. À ce sujet, Julie Boulanger du blogue Le bal des absentes explique pourquoi elle se doit d’être lue et de quelle manière cela peut se faire.

Bref, pour moi la publication de Je veux une maison faite de sorties de secours est un hymne incroyablement nécessaire comme émouvant d’une des plus grandes écrivaines de ma génération et je ne peux faire autrement que de vous conseiller de courir vous plonger ou replonger dans ces phrases éternelles que seule Nelly Arcan savait rendre savoureusement lucides.

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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

3 Comments

  1. Denise Thibault says

    Félicitations Martine, par ce témoignage de lecture de Nelly Arcan, elle sera mieux connue par de nombreux lecteurs, moi j’ ai vu Nelly dans une émission de télévision où est s’ exprimait. Bravo à toi! tu l’ as décris bien dans son écriture.

    Aimé par 1 personne

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