Littérature étrangère
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Apprivoiser la science-fiction avec Isaac Asimov

Les gens sont souvent surpris lorsqu’ils apprennent que je lis de la science-fiction. Non seulement ce n’est pas considéré comme une lecture pour les filles, mais en plus je n’ai pas l’allure stéréotypée associée à ce genre littéraire; je ne suis pas une geek cachée derrière mon écran et j’ai toujours détesté les matières scientifiques.

Mais dans mes lectures, je recherche toujours deux choses : mieux comprendre les autres et rêver ou voyager. Alors je ne vais pas bouder un livre qui m’offre ce que je veux, sous prétexte qu’il fasse partie d’un genre moins apprécié.

Or, au début de ma vie d’adulte, en fouillant dans la bibliothèque municipale de mon quartier, je suis tombée sur mon premier roman d’Isaac Asimov, L’homme bicentenaire, et mon histoire d’amour pour l’œuvre phénoménale de ce dieu de la science-fiction a commencé.

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Pourquoi Isaac Asimov m’a accrochée? Tout simplement parce qu’en créant pourtant un monde de toute pièce dans le futur, il réussit toujours à rester crédible et garder un pied dans la vraisemblance. Pas d’extraterrestre. Pas de théorie loufoque. On gravite dans le concret. Et les personnages restent des hommes communs, avec leur gamme d’émotions complexes, leurs dilemmes et leurs regrets.

La science-fiction fait souvent peur. On l’assimile à des histoires invraisemblables d’extraterrestres belliqueux ou encore à des théories scientifiques trop complexes à comprendre pour la moyenne des gens, mais qui passionnent des adolescents boutonneux dans le fond d’un sous-sol. Elle est rarement mise en avant dans les médias et on en parle seulement quand un film hollywoodien sort. Mais c’est justement là un des problèmes : lorsque la science-fiction est adaptée à l’écran, elle s’appauvrit pour rentrer dans les cases strictes quémandées par l’industrie américaine du 7ème art. On finit par garder seulement le minimum de l’histoire : un conflit entre les méchants (les robots ou les êtres venus d’ailleurs) et les humains. Bien souvent, le fil de l’histoire devient si mince qu’il en perd toute plausibilité et ce n’est pas étonnant que le genre soit devenu mal-aimé. Parce que prédire l’avenir en se basant sur des théories scientifiques est complexe et est difficilement transposable dans un film à gros budget d’une heure trente.

Par contre, en littérature, on garde le loisir de mieux expliquer; de prendre le temps de poser les pions et d’expliquer pourquoi on est passé de la réalité qui nous entoure de nos jours au scénario du futur inouï, dépeint par l’auteur. L’art de la science-fiction se trouve là : comment faire adhérer à l’impensable. Il faut savoir rendre confortable son lecteur et lui faire dire « Ah oui, c’est vrai, l’avenir pourrait ressembler à ça. »  Plus facile à dire qu’à faire. Réussir la science-fiction est ardu.

Isaac Asimov est considéré comme un des grands auteurs de ce genre.

Il est difficile de résumer son œuvre en quelques lignes puisqu’il a produit plus de 500 textes (romans, nouvelles, lettres). Il ne cessait jamais d’écrire et pour lui, la science-fiction était une raison d’être; une manière d’expliquer aux lecteurs jusqu’où les hommes pourraient se rendre avec l’avancée technologique et les raisonnements scientifiques de son époque. Et étonnamment, alors que les premières histoires ont pourtant été écrites dans les années 50, elles n’ont pas mal vieilli.

Asimov s’est surtout rendu célèbre grâce aux séries Fondation et Les robots.

Pour ce qui est de la série Fondation, mon gros coup de cœur, elle se déroule 22 000 ans environ dans le futur, soit 13 à 15 millénaires après la perte de la Terre dont les Hommes ont oublié l’emplacement depuis qu’elle est devenue inhabitable. Un Empire Galactique s’est formé et englobe toute la Voie lactée qui regroupe 25 millions de mondes habités. Sa capitale, Trantor, est une planète entièrement recouverte de dômes en métal.

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Un homme, Hari Seldon, prédit au moyen d’une science statistique dont il est le concepteur, la psychohistoire,  la chute de cet empire suivie de 30 000 ans de barbarie qui précéderont la naissance d’un autre Empire. Pour réduire cette période de barbarie à 1 000 ans, il suggère la création d’une Fondation, à l’extrémité de la Galaxie, sur Terminus, dont le rôle sera de rassembler le savoir de toute l’humanité dans une Encyclopédie. Il créé aussi  une Seconde Fondation, qui épaulera secrètement la première, et qui sera située à l’autre bout de la galaxie, à Star’s End, là où finissent les étoiles.

C’est le début d’une chronique palpitante composée de 7 romans de 400 pages et qui raconte la chute de l’empire et la montée d’une nouvelle ère. On dit d’ailleurs que l’histoire a inspiré Georges Lucas pour La guerre des étoiles.

Mais que vous aimiez les histoires dans le futur ou non, Isaac Asimov demeure un homme captivant et je recommande à tous de lire son autobiographie Moi, Asimov dans laquelle il relate son rapport avec l’écriture. Il écrivait tous les jours sans exception et refusait d’adhérer au cliché de l’écrivain torturé qui boit pour oublier son angoisse de la page blanche. Pour Asimov, l’écriture était un travail sérieux à respecter et plus encore, un devoir.  Mais c’était toute sa vie.

« On doit aimer profondément l’action même d’écrire, le grattement du stylo sur la feuille blanche, le martèlement des mots s’étalant progressivement sur un écran d’ordinateur. Qu’importe la méthode pourvu qu’on ait l’ivresse. »

Il avait un rapport très simple avec son travail, ne cherchant pas à devenir le meilleur poète de son époque ou de jouer sans fin avec les mots. Il voulait juste écrire.

« C’est donc délibérément que je cultive un style très simple, voire familier, qui a l’avantage de me venir rapidement et de ne pas me poser trop de problèmes. Certes, les critiques dont le crâne contient davantage d’os que de cervelle l’interprètent comme une absence de style mais je mets au défi de tenter l’expérience quiconque croit facile d’écrire clairement et sans fioriture. »

Et je trouve que ce style naturel et direct permet justement de plonger entièrement dans ses histoires. On le croit car il explique clairement les concepts à la base de son univers et sans tomber dans les excès inutiles d’ornement de la langue. On peut alors fermer les yeux et s’imaginer dans des millénaires, sans être trop dépaysé.

« Vous savez comment Hemingway dirait « Le lendemain matin, le soleil se leva »? me demanda-t-il »… »Eh bien, il dirait : « Le lendemain matin, le soleil se leva ». »

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Alexandra est passionnée de Zola et en a lu l’œuvre complète, mais aime tout autant les écrivains contemporains. Elle a d’ailleurs encore du mal à se remettre de sa rencontre récente avec Dany Laferrière. Elle lit avant tout pour rêver, pour comprendre une autre époque et pour se dépayser. Cela lui a donné rapidement la piqûre du voyage. Deux à trois fois par an minimum, elle part en sac à dos; parfois pour un long weekend, souvent pour près d’un mois et se sent l’héroïne d’un roman. Sans être marginale, elle tente de vivre pleinement sa vie en fuyant la routine et en remettant en question constamment ce qui semble pourtant acquis et normal par les autres. Elle tient un blogue fictionnel : Mélodie d'une jeune citadine dérangée, court plusieurs fois par semaine, bois du thé vert toute la journée et ne sort jamais sans musique dans les oreilles.

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