Littérature québécoise
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La fuite qui mène à soi

 

Je ne peux faire autrement que de penser au personnage de Hanna dans Girls pour introduire Sara Lazzaroni, elle est vraiment une voix des plus puissantes de sa génération. J’ai rarement lu une auteure de mon âge, qui nommait avec autant de beauté, de talent et d’imaginaire ce que je ressentais, ce que je voyais et ce que je vivais. Les romans de Sara Lazzaroni, Patchouli, Veiller la braise, et maintenant Okanagan, viennent me toucher par leur façon de représenter l’entièreté d’une génération aux prises avec une recherche identitaire, un désir de vivre et paradoxalement, une mélancolie qui ne quitte pas.

Dans ce dernier roman, Lazzaroni y raconte l’histoire de Léa qui part avec ses amis dans l’Ouest canadien, à Okanagan plus précisément, cueillir des cerises. Cette Léa, habitée d’une profonde tristesse, mais d’un sentiment très puissant d’urgence de vivre, partira à l’aventure, dans une voiture fiable à moitié, le coeur persuadé d’aller chercher une liberté nécessaire à sa guérison.

C’est par la poésie, l’écriture, le voyage qu’elle se sent le plus vivre, qu’elle se libère de ses tourments et de ses souvenirs gris. En peine de sa relation avec Loïc et consciente de son besoin d’unicité qu’elle avait avec lui dans cette grande histoire d’amour, on sent dans le comportement de Léa un besoin de changer de vie, de décor, de voir autre chose. Complètement intègre avec ses émotions, elle prend conscience de l’échec de cet amour sauvetage qui, elle l’espérait, la guérirait de ses douleurs, de ses failles, de ses noirceurs. Un amour, comme souvent le sont les premiers, invasif, destructeur, entier et ainsi, dépendant, malsain et bien évidemment, passager.

Cette histoire d’amour déchu devient comme l’élément motivateur de ce changement nécessaire dans sa vie. Elle nous racontera tout au long de son voyage des moments de leur histoire et tranquillement, on y décèlera une libération. Léa n’est plus avec Loïc et, enfin, elle respire, elle s’élance dans la découverte, dans la création, dans la poésie. Ce voyage lui amène l’introspection nécessaire pour prendre conscience de l’importance de ses choix et ses décisions dans son propre bien-être intime.

Par son travail avec les personnes âgées, Léa est d’autant plus habitée de cette urgence de vivre, de sentir, de découvrir, mais elle est aussi menée par ce nuage gris qui ne la quitte pas. Une contradiction des plus modernes, emprise de cette génération insatisfaite, qui peut rêver à tout et qui rêve toujours d’un lendemain plus lumineux. Bien qu’une représentation sociale de cette jeunesse qui quitte tout pour se retrouver s’y prête bien, j’y voyais surtout un portrait clair et doux de ces jeunes Milléniaux comme on les appelle, qui veulent changer le monde, les façons de faire, qui ne se contentent pas de la norme et des conventions. On perçoit dans le roman aussi des critiques bien propres à cette génération : un retour aux sources, au minimalisme, à l’environnement, etc. Léa et ses amis ne veulent pas perdre la chance d’être vie en ne vivant pas le plus extraordinaire, le plus propre à leurs coeurs.

Ce que je retiens de ce roman, auquel je reviendrai souvent, c’est l’importance du voyage, de la découverte de soi, de l’introspection, de cette envie bien puissante et créatrice de vouloir être bien, d’être une meilleure version de soi. Il y a aussi un souffle de mélancolie et de tristesse qui parcourt les pages et qui vient d’autant plus donner du rythme et de la puissance à ce besoin de poésie, de livre, de musique, d’art, qu’ont Léa et ses amis. Se ressourcer dans des décors inconnus, dans des mélodies ensorcelantes et dans les mots des autres, c’est un peu cela parfois, le secret du bien-être.

L’écriture de Lazzaroni m’ensorcelle depuis les premiers mots de Patchouli. Elle est d’une justesse, d’une précision et d’une poésie imagée qui me bouleverse et me donne envie de tout souligner dans ses bouquins. Okanagan n’y fait pas exception!
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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

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