Littérature étrangère
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Ör d’Auður Ava Ólafsdóttir ou découverte de la littérature islandaise

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Tout en douceur et tout en simplicité, Auður Ava Ólafsdóttir offre un roman d’une grande délicatesse avec Ör. Court récit d’une fluidité considérable qui se parcourt en une lecture, l’œuvre traite avec sensibilité de la mort, des blessures, des cicatrices et de tout ce que cela signifie pour chaque individu.

« L’idée m’a traversé comme un éclair : je vais disparaître. Ainsi n’aurai-je pas à craindre que Nymphéa trouve mon corps. Comme un oiseau qui descend en tourbillonnant, plane à l’horizontale sur quelques mètres, puis s’abat et périt. Un dernier battement d’ailes avant la faille béante, dernier point de mire, et les os blanchis serviront de repère au voyageur. » (Ólafsdóttir, 2017, p. 67)

La mort, la vie et ce qui mène de l’un à l’autre

Ör, c’est avant tout Jónas Ebeneser, homme à la fin de la quarantaine pour qui la vie n’a plus de sens et pour qui le suicide est la fin qui s’impose. Homme divorcé, il quittera son pays, son île, pour aller se perdre dans un pays inconnu où la guerre a récemment fini de sévir et qui a sombré, en ruines, dans l’oubli. C’est la quête d’une mort sans témoin dans un pays sans nom qui, pendant des années, n’a connu que cela. Ör, c’est aussi la rencontre de May, Fifi et Adam. C’est une sœur et un frère qui tentent de maintenir en activité un hôtel dans une ville désertée après avoir survécu à la guerre, tout en prenant soin du fils de la première, dont l’imaginaire a été entaché par la barbarie des hommes. Mais Ör, c’est surtout la reconstruction. La reconstruction d’un homme brisé qui, à l’aide de menus travaux, se redonne espoir. La reconstruction de l’Hôtel Silence et de la ville en décombres. La reconstruction, petit à petit, de dizaines de vies en morceaux. Bref, Ör, c’est l’histoire d’un homme dont le cœur est orné d’un nymphéa qui, une boîte à outils à la main, se met au service des femmes d’un pays ravagé par les conflits.

« Je vais à elle et je lui dis :

– Tu as très bien fait.

Elle se retourne sans lâcher la main du petit, nimbée d’un halo de soleil où voltigent des grains de poussière.

– On essaie de faire de son mieux, dit-elle. En tant qu’être humain. » (Ólafsdóttir, 2017, p. 182)

L’humain au premier plan

Bijou de littérature scandinave, ce roman islandais chamboule par cette humanité qui habite chaque personnage. Contemplative à souhait, l’œuvre, que l’on pourrait qualifier d’épurée, trace une histoire touchante en ne conservant que l’essentiel, mettant de côté ce qui ne l’est pas. Malgré quelques repères de temps et de lieux, le récit semble flotter dans l’intemporalité : le pays écartelé par la guerre n’est pas nommé, comme si, quel que soit le lieu que concevait l’autrice en écrivant, le nom de celui-ci importe peu, puisque tous les conflits aboutissent à une même destruction dévastatrice. Temps et lieux sont donc écartés pour laisser toute la place à des personnages qui se veulent ordinaires, mais qui nous touchent par la finesse de la construction de leur caractère. Dégageant une grande sérénité, Ör aborde avec calme des thèmes lourds tout en nous réconciliant avec l’humanité en peuplant son paysage de personnages poignants de par leur résilience.

« – […]Est-ce que tu comptes rafistoler tout le pays? Avec ta petite perceuse et ton rouleau de scotch? Tu crois vraiment pouvoir recoller un monde en miettes?

Ces mots m’évoquent tout à coup un plat fleuri à bordure dorée que j’avais cassé et recollé quand j’étais enfant. Ç’avait été un sacré travail de faire coïncider tous les morceaux, mais j’y étais parvenu. » (Ólafsdóttir, 2017, p. 191)

Finalement, Ör, c’est un roman sur la vie à travers la mort, plein d’une vérité humaine qui apaise. L’histoire s’étend avec lenteur à travers les pages, nous laissant tout le temps de s’imprégner de son ton et de son atmosphère. Auður Ava Ólafsdóttir livre un récit tout en délicatesse où la fragilité des personnages est grandement touchante.

Et vous, quelle œuvre vous a fait découvrir la littérature scandinave?

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