Littérature québécoise
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Grandeur et misère d’un enfant du Red Light

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La première fois que j’ai lu un livre de Jean-Simon Desrochers, j’étais au cégep et je participais au Prix littéraire des collégiens. L’un de ses romans était en lice : Le sablier des solitudes, une œuvre trash à treize personnages dont les destins entrent en collision lors d’un carambolage. Je ne connaissais absolument pas l’auteur au moment de commencer ma lecture, mais une fois le livre refermé, j’avais un nouvel auteur préféré. Depuis, je lis presque tout ce qu’il publie, bien qu’à travers son œuvre extrêmement variée – il écrit aussi de la poésie et des essais – c’est surtout ses romans qui m’intéressent. Son dernier, Les limbes, est une brique massive, mais délicieuse qui, sur plus de trois cent pages, relate l’élévation puis l’effondrement d’un personnage singulier, sur fond discordant de tumulte montréalais. Je vous livre ici mes impressions.

Une étonnante fresque sociale

La première partie du roman se passe pendant l’âge d’or du Red Light, à Montréal. Michel Best, surnommé Ti-Best, naît dans les toilettes d’un bordel, d’une mère prostituée qui meurt en couches. Recueilli par deux femmes qui travaillent dans la business, Ti-Best grandit au cœur de ce milieu peu conventionnel, côtoyant le sexe et l’illicite alors qu’il prononce à peine ses premiers mots.

Ti-Best est un personnage que j’ai tout de suite trouvé fascinant et amusant. Enfant, il espionne les clients du bordel par les trous dans les murs, puis vend des dessins et des photos de scènes qu’il épie pour se faire de l’argent de poche. Au fil du temps, il s’instruit et devient un « leader » qui sait manier le verbe et les codes de la société. Malgré son développement en marge des autres enfants de son âge, Ti-Best se forge une personnalité particulièrement articulée et dégourdie.

Cette première partie, de la naissance de Ti-Best jusqu’à ses dix-huit ans, est un pur bijou d’écriture. Je n’ai presque pas réussi à arrêter ma lecture tant l’univers mis en place par Jean-Simon Desrochers est passionnant. J’ai aussi été captivée par le portrait que l’auteur fait de l’époque du Red Light et de la manière dont les personnages y évoluent. Mélange de fresque sociale et de roman d’apprentissage, les ingrédients sont dosés avec précision et justesse pour un résultat que j’ai trouvé saisissant.

Une lente et longue déchéance

Si le personnage de Ti-Best est alors promis à un avenir des plus glorieux – il entre dans la police comme taupe pour la mafia et devient le meilleur enquêteur criminel de Montréal – il s’enfonce tranquillement dans la misère et dépérit cruellement. Selon moi, il perd du même coup de son relief en tant que personnage littéraire. Cette deuxième partie, qui bifurque un peu trop drastiquement vers le roman policier, m’a semblé plus longue et moins accrocheuse que la première.

Ti-Best, dans la police criminelle, développe une obsession pour « la guêpe noire », une meurtrière en série dont il n’arrive pas à découvrir l’identité. Dans ces « limbes » où il patauge pendant des années, il se fait prendre à son propre jeu et devient fou. Si la solitude et l’impuissance du personnage sont très bien rendues par l’auteur, j’ai trouvé ces passages moins captivants. J’étais aussi déçue de voir disparaître toute allusion au Red Light, dont la place est prise par un mouvement indépendantiste plutôt redondant et peu original. Et la fin m’a surprise autant qu’elle m’a déçue, je ne l’ai pas trouvée à la hauteur du personnage qui avait été créé et que j’avais vu évoluer tout au long du roman.

Malgré cela, Les limbes demeure un roman incroyable que je vous incite à découvrir. Jean-Simon Desrochers sait comment mener habilement une histoire et accrocher ses lecteurs. Ses univers sont uniques et je m’en délecte à chaque fois. Aussi, je n’ai plus qu’à attendre avec impatience son prochain roman, en espérant qu’il fasse encore plusieurs centaines de page.

Et vous, aimez-vous les fictions historiques?

Je souhaite remercier les éditions Les Herbes rouges pour le service de presse.

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Décidément, Marion est une fille occupée. Si elle ne se trouve pas le nez devant son ordinateur quelque part à l’UQAM, concentrée sur son projet de maîtrise, on peut la trouver dans le rayon des albums jeunesses de la bibliothèque, au centre sportif où elle s’entraîne régulièrement à la course, à l’épicerie bio près de chez elle où elle s’approvisionne en fruits et en produits santé, en train d’écrire une nouvelle pour son blogue, chez ses bonnes amies à rigoler, dans sa chambre à pianoter sur son piano ou à rêvasser de futurs projets de voyage. Hyper-disciplinée et perfectionniste, cette passionnée de littérature ne se verrait pas vivre sans Harry Potter, les carnets de notes, la nature automnale et le gâteau au chocolat. Si vous êtes chanceux, vous la verrez sans doute passer, mais dépêchez-vous, car elle marche très vite!

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