Bibliothérapie
Laisser un commentaire

Combats de soi à soi, avec Les guerres intérieures

le fil rouge, le fil rouge lit, les livres qui font du bien, livres, littérature, lecture, bibliothérapie, les guerres intérieures, valérie tong cuong, introspection, JClattès, relation amoureuse, culpabilité

Le roman de Valérie Tong Cuong commence avec la citation suivante :

« Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis; la destinée est une. Prenez donc ce miroir, et regardez-vous y. »

– Victor Hugo, Les Contemplations, préface

J’ai trouvé bon d’y revenir à la fin du roman, puisqu’il s’agit de la fatalité sous-jacente à la lecture, selon mon impression. Les guerres intérieures est en effet un roman à la fois très personnel et universel, puisque les souffrances nommées sont partagées par chacun.e de nous.

Fil narratif troublant

Le roman nous fait rencontrer deux personnages, deux adultes fragilisés par la vie pour des raisons parfois connues du lecteur, parfois sous-entendues par l’autrice.

D’abord, il y a Pax, un acteur hors circuit depuis un bon moment déjà, qui se retrouve devant l’opportunité de sa vie : se refaire au grand écran. Un appel auquel il répond avec un enthousiasme grisant, qui le plongera aussi dans des tourments impensables. Puis il y a Emi, une femme touchante, intérieurement défaite et instable, mais dont l’attitude froide et la carrière solide n’en laissent rien paraître. On s’en doute, une histoire d’amour aura tôt fait de se dessiner entre eux, mais cette relation les dépassera assez vite : Pax a une fille, et Emi, un fils.

Le roman prend racine dans l’agression du fils d’Emi, la jeune vingtaine, qui se fait violemment attaquer sans motif dans son appartement. Il perdra la vue d’un œil, devra passer par un processus éprouvant de réhabilitation, et portera un lourd traumatisme et la peur tout au long des pages du roman. Cette agression a lieu au-dessus de l’appartement de Pax, alors qu’Emi et lui sont encore étrangers l’un à l’autre; il n’interviendra pas.

Relations complexes et profondes

Les points forts du roman sont nombreux. D’abord, chacune des relations interpersonnelles et intrapersonnelles (de soi à soi) est complexe et profonde, à commencer par celle entre Pax et Emi.

D’un côté, cet amour est attendrissant, puisqu’il est sincère et passionné, et qu’à travers lui, les personnages retrouvent l’envie de la spontanéité. De l’autre côté, ceux-ci sont conscients de leur passé respectif, qui fait d’ailleurs des allers-retours dans cette relation naissante.

« Ses lèvres pâles se contractent tandis qu’elle replace sa veste et noue son foulard.

– Ce n’est pas si grave, glisse Pax. Cela finira par disparaître.

– Je ne crois pas, murmure Emi. Certaines traces ne disparaissent jamais tout à fait.

Ils se taisent, chacun colonisé par ses propres enjeux. » 

 

La relation père-fille de Pax et de Cassandre, et la relation mère-fils d’Emi et d’Alexis sont tout aussi fascinantes. Les non-dits et la distance marquent celle de Pax et de Cassandre, qui finissent pourtant par se rapprocher à travers l’ouverture de leurs échanges. Les mystères et les sous-entendus font partie de celle d’Emi et d’Alexis, dont les rôles s’inversent parfois quand Alexis doit porter Emi jusqu’à son lit, alors qu’elle s’est effondrée de fatigue au sol.

Ensuite, j’ai trouvé intéressants les paradoxes présents dans le roman. Ainsi, le hasard de la vie qui fera se rencontrer Pax et Emi, c’est le métier de Pax. Il sera embauché par Emi pour un service de théâtre assez marginal dans son entreprise, dans le but de sensibiliser les travailleurs à la sécurité physique et mentale, alors qu’eux-mêmes sont incapables de trouver un équilibre mental satisfaisant.

De plus, j’adore lorsqu’il y a de multiples facettes aux personnalités des protagonistes : c’est le cas ici. Des scènes clés dans le roman, ou encore des images fortes, permettent de plonger dans un autre univers, le leur, comme la photo vintage accrochée dans l’appartement d’Alexis, une photo de la mère d’Emi : une femme d’origine vietnamienne, très certainement badass qui, vêtue de cuir, chevauche une vieille moto.

Intimidante intimité

Les sursauts de lecture sont peu présents dans le roman; on est plutôt en terrain d’énigme sentimentale. Face à des conflits d’intérêts dans leur relation amoureuse ou leur relation familiale, les personnages doivent réagir… mais quel choix faire lorsque l’honnêteté signifie aussi la fin d’une histoire d’amour improbable et attendue depuis longtemps?

Chacun des personnages possède son propre parcours, ses propres dilemmes sentimentaux torturants, qui interpelleront certainement chacun.e des lecteur.trice.s qui oseront se plonger dans Les guerres intérieures.

Belle et accessible, l’écriture du roman est envoûtante. Les thèmes abordés par Valérie Tong Cuong ne nous ménagent pas et nous encouragent à nous regarder nous-mêmes à travers les personnages dépeints dans le roman.

Et vous, quel roman vous a servi de miroir?

Le fil rouge tient à remercier chaleureusement les éditions JC Lattès pour le service de presse.

 

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s