Littérature étrangère
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En finir avec Eddy Bellegueule : La revanche d’Édouard Louis

«Un père renforçait son identité masculine par ses fils, auxquels il se devait de transmettre ses valeurs viriles, et mon père le ferait, il allait faire de moi un dur, c’était sa fierté d’homme qui était en jeu. Il avait décidé de m’appeler Eddy à cause des séries américaines qu’il regardait à la télévision (toujours la télévision). Avec le nom de famille qu’il me transmettait, Bellegueule, et tout le passé dont était chargé ce nom, j’allais donc me nommer Eddy Bellegueule. Un nom de dur.»IMG_2385

Eddy Bellegueule, c’était Édouard Louis. Écrivant maintenant son histoire sous pseudonyme, Édouard Louis a vraiment décidé d’en finir avec Eddy Bellegueule, le jeune homme qu’il était dans le passé, un jeune homme oppressé par sa famille et par les gens de son village à cause de ses manières de «pédé». En finir avec Eddy Bellegueule est un roman d’une violence inouie. C’est difficile d’imaginer qu’une famille aussi malsaine et dysfonctionnelle que celle de Louis puisse avoir engendré un jeune homme d’une intelligence si vive et d’une ouverture d’esprit si grande. La violence autant psychologique que physique aurait pu le détruire totalement. Plutôt, Édouard Louis décida d’en faire un grand roman.

Eddy Bellegueule va au lycée et, tous les jours, se fait battre à cause de ses manières efféminées. Personne dans sa famille n’est là pour l’appuyer ou tout simplement pour prendre sa défense. Il ne fait qu’encaisser jour après jour les répressions nombreuses dont il est victime. Il développe un asthme chronique, augmentant ainsi les réprimandes de sa famille, surtout de son père qui n’en peut plus de le voir si «mauviette». Là où tout bascule vraiment est lorsque sa mère le surprend lors d’expériences sexuelles avec ses copains. La vision de lui qu’à sa famille se bouscule une fois de plus, jusqu’à un dédain ouvert.

Pour s’en sortir, Eddy devra attendre le collège, là où il découvrira une classe sociale qui lui conviendra mieux, là où il se sentira accepté par ses pairs, mais toujours pas par sa famille et ses proches.

Édouard Louis le dit lui-même, ce roman est celui de la rupture. La rupture avec son ancienne vie, la rupture avec celui qu’il était avant. Il utilise beaucoup la rupture de ton aussi, entre son discours plus soutenu et les répliques que pouvait lui servir sa famille, donnant ainsi un aspect presque documentaire à son discours. L’absence de jugement supporte le texte et c’est ce qui le rend si percutant. Il est difficile de croire qu’un jeune homme porte si peu de ressentiment envers ceux qui l’ont fait souffrir et décide d’en faire un exemple parfait de sublimation afin d’écrire un livre fort, grave et bouleversant.

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  1. Ping : « Histoire de la violence », le dernier roman d’Édouard Louis | Le fil rouge

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