Littérature étrangère
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« Histoire de la violence », le dernier roman d’Édouard Louis

Lors de la parution de son premier roman en 2014, Pour en finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis a créé tout un émoi dans le monde littéraire. Devenu rapidement un bestseller, le roman a été acclamé par la critique tout en dénonçant une réalité française méconnue et rarement démontrée, celle de la violence, du rejet, de l’homophobie. Il racontait son enfance à Hallencourt où il subissait de la violence à l’école comme dans sa famille due au fait d’être différent. Il s’agissait d’une œuvre-choc, sans tabou, ultra intimiste où Eddy Bellegueule dénonçait des situations d’une extrême violence. Par la suite, il a légalement changé de nom pour Édouard Louis, on réalise donc l’ampleur de la parution de ce premier roman pour l’auteur, il tenait vraiment à en finir avec Eddy Bellegueule. J’avais lu ce premier roman, comme des milliers de lecteurs (il a été traduit dans plus de 20 pays) et j’avais été atterrée par la détresse qui ressortait du roman tout en renvoyant une compréhension des plus matures. Né en 1992, Édouard Louis est vite devenu une figure des plus marquantes de la littérature française contemporaine et surtout, on attendait avec impatience de voir ce qu’il pouvait offrir de nouveau.

C’est avec la parution de son deuxième roman que le talent d’écrivain de Louis s’est doublement confirmé. Histoire de la violence a paru au début de l’année 2016 et encore une fois, était inspirée de la vie personnelle de l’auteur. Dans Histoire de la violence, Édouard Louis raconte une expérience traumatisante qu’il a vécue avant la parution de son premier roman. Un 24 décembre, en rentrant d’une soirée entre amis, Édouard a croisé un homme avec qui il a eu une discussion et c’est ainsi qu’ils se sont retrouvés dans l’appartement de Louis, à passer un moment ensemble. Cette brève rencontre amoureuse est passée de l’amour, au viol, à l’étranglement jusqu’à une menace de mort. Reda, le garçon rencontré, sera tendre par moment, sensuel, amoureux, mais se verra subitement devenir violent, agressif, extrêmement dangereux. À la suite de cette nuit d’horreur, Louis aura le courage d’aller dénoncer son agresseur, mais fera face à de nombreux obstacles.

L’œuvre de Louis est sociologique et engagée. Autant dans son premier livre il traitait de la différence des classes, ici il parle beaucoup du système judiciaire. Il est clairement engagé dans ce deuxième roman, en se mettant à nu par rapport au lecteur; Louis dévoile son parcours face à la violence, non seulement celle de l’agression, mais celle du système soit les examens médicaux, l’histoire qui doit être répétée, réexpliquée et toujours réinterprétée, etc.

Or, ce qui m’a le plus plu de l’œuvre est la double narration. Une partie de l’histoire est écrite en italique et est narrée par Clara, la sœur de Louis. Elle est au téléphone avec son mari et raconte, à sa manière, sa perception de l’agression de son frère. C’est ainsi que des sujets tels que le consentement et la culture du viol sont remis en question. Louis est derrière la porte et entend tout, il se permet donc de commenter le discours de sa sœur. Ainsi, comme dans son premier roman, le clash des classes est représenté, car Clara représente un autre monde que celui d’Édouard avec sa langue populaire. Néanmoins, je n’ai pas senti de critique ou de snobisme de la part d’Édouard, ce que je sais que plusieurs lui reprochent.

Finalement, pour ma part, Édouard Louis est un grand auteur contemporain qui, à la manière d’Ernaux, mêle la littérature à la sociologie avec une écriture pure, sans fioriture et qui tente seulement de nommer.


Le fil rouge tient à remercier les éditions Seuil pour le service de presse.

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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

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