Littérature québécoise
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Les Questions orphelines de Morgan Le Thiec: chercher l’absente

Le silence. C’est ce qui caractérise le mieux la thématique des Questions orphelines, mais surtout la vie de Billy, le personnage principal de ce premier roman de Morgan Le Thiec. C’est celui que l’on suit dans cette histoire qui se construit autour de la vie d’une famille brisée, éclatée par le mystère qui entoure le disparition de la mère, Blanche, qui a mis les voiles un beau matin de mai 1984.

Billy revient à Montréal parce que son père Samuel, atteint de la maladie d’Alzheimer, est mourant. Il quitte Londres, où il est parti vivre (pour fuir?), et doit prendre en charge la vente de la maison familiale, où le drame a eu lieu des décennies avant. Billy, contre lui, se replonge dans ses souvenirs et en vient à broyer du noir. Beaucoup de noir.

Les Éditions de la Pleine Lune

« Des souvenirs, on en a tous, perdus dans un coin de la tête, des cadavres exquis, pâles, presque translucides, presque rêvés. Mais j’ai pu me rappeler, physiquement, ma première enfance, en posant les pieds dans la maison de Cartierville, en reniflant ses odeurs, en touchant ses aspérités. J’ai pu me rappeler, dans ma chair, la disparition de ma mère, le chemin de sa disparition dans mes veines, dans mes connexions neuronales, en regardant simplement des photos dans le salon. » (p. 160)

Pourtant, au fil des pages, la lectrice prend conscience que la vie de Billy a toujours été pénible : sa lente descente dans les méfaits de l’alcool, son incapacité à tenir des relations stables avec les femmes, son frère absent… Mais c’est véritablement l’absence de la mère qui le tourmente depuis toujours et c’est avec ce retour dans sa ville natale qu’il questionne son enfance. La relation avec son père est la seule chose heureuse qu’il garde en mémoire, lien qui se tisse aussi sous les yeux de la lectrice, alors que Billy retrace leur histoire pendant le récit, un peu pour faire un bilan. Un bilan, comme quand quelque chose termine, comme quand quelqu’un part.

Son père le quitte, la seule chose qui lui aurait permis de retrouver celle qui aurait pu l’aider à construire une meilleure vie. Il y aura finalement son frère, écrivain, qui réapparaît et lui lègue un de ses recueils de poésie, Les Questions orphelines, qui lui permettra sans doute de trouver quelques réponses à ses tourments. Il y a aussi Marie et son fils Tom, qui mettent un peu de lumière dans sa vie. Et il y a Rose, l’infirmière qui s’occupait de son père, qui lui offre la possibilité d’avoir à nouveau une vraie famille.

Il y a finalement Treize-Îles, le village d’où vient la maman, et le chalet dans lequel Billy tentera de combler les trous qui manquent à l’histoire, l’incompréhension devant le mutisme de sa mère. Le silence avec lequel, finalement, Billy apprend à vivre, malgré les révélations qu’il apprend, pendant ses recherches… Mais je resterai moi aussi silencieuse, car je dois vous laisser découvrir ce superbe roman.

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