Littérature québécoise
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Naufrage : perdre sa job et le sens de sa vie

J’ai toujours voué un immense respect à la plume de Biz. Les textes de Loco Locass sont riches autant sur le plan politique, littéraire que mythologique. La parution de Naufrage a tout de suite attiré mon attention, j’étais intriguée de voir ce que donnerait son style en roman. Et je vous avertis, le résultat est un véritable coup de poing.

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Crédit photo : Ariane Langlois

Le dernier jour d’un fonctionnaire

Tout commence avec l’annonce de la mutation aux archives du personnage principal. Frédérick Limoges, quadragénaire satisfait, perd son poste dans le domaine des statistiques pour être désormais littéralement payer à ne rien faire. D’abord perçu comme une condamnation à être tabletté, ce changement prend des proportions désastreuses qui se répercutent dans toutes les sphères de sa vie.

Le sous-sol qu’il a désormais en guise de bureau lui apparaît de prime à bord comme la maison qui rend fou des Douze travaux d’Astérix, un infini labyrinthe bureaucratique, puis comme l’univers d’Alice aux pays des merveilles, de par son incongruité. Son nouveau lieu de travail finit même par lui évoquer The Shining, c’est tout dire.

Catapulté dans ce no man’s land pour fonctionnaire, Frédérick se rattache d’abord à sa famille, en emmagasinant chaque instant de bonheur pour compenser la grisaille de la semaine, l’inutilité, la non-reconnaissance des pairs. Et puis, il commence de plus en plus à s’engourdir avec l’alcool…

Nager en pleine perte de sens

Avec sa grande maîtrise de la langue, Biz nous donne à voir une déshumanisation, une perte de dignité totale. Les remords et la culpabilité comme toile de fond, il explore la perte de statut d’un homme qui se transforme en vraie tragédie. Dans ce parcours pénible, ce sont tous les lieux communs de la société québécoise qui sont dépeints : du fameux voyage dans le sud aux justiciers improvisés sur les réseaux sociaux.

En choisissant comme intertexte principal le roman Les Bienveillantes de Jonathan Littell, qui raconte la Deuxième Guerre mondiale du point de vue des nazis, l’auteur nous révèle ce qu’il a en tête : présenter une histoire du côté du « coupable ». Si Frédérick n’a rien d’un SS, il sera pourtant pointé du doigt de tous et ses liens avec le monde extérieur s’effriteront peu à peu. Dans une réalité où plus personne ne désire entendre sa parole, c’est un véritable tête-à-tête que le lecteur a avec lui. Enchaîné à son naufrage.

Lire le mal-être

À mon avis, Naufrage est un livre qui ne peut se lire d’un trait. À plusieurs reprises, j’ai dû arrêter ma lecture, prendre quelques respirations, réfléchir à ce que je venais de lire, me demander si je voulais continuer, pour ensuite me replonger. Le propos est lourd, la lecture ardue, mais le résultat est beau. C’est un roman signifiant et bien écrit que nous livre ici Biz. Un drame personnel sur fond d’austérité.

Déconseillé durant la déprime de février.

Pour comprendre le monde, l’empathie est infiniment plus utile que la culpabilisation.


Biz, Naufrage, Montréal, Leméac, 2016.

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Un commentaire

  1. je suis passé par là

    pendant un peu plus de quatre mois, j’ai végété dans un milieu de travail

    on ne me donnait pas de travail

    ma seule assignation était de me trouver un autre poste dans l’organisation, dans un contexte où nous étions nombreux dans cette situation

    finalement, on m’a libéré en me congédiant, une sortie atténuée par des conditions de séparation qui me permettait de survivre pendant un peu plus d’un an

    j’en ai témoigné dans mon propre carnet ( blogue ) — à la date du 11 août 2015

    très éprouvant… je n’ai pas envie de lire ce livre

    J’aime

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