Auteur : Florence Morin-Martel

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Le peuple rieur : une lettre d’amour signée Serge Bouchard

La lecture du livre Le peuple rieur, c’est un peu comme s’asseoir autour du feu avec Serge Bouchard. Pendant ces quelques 300 pages, sa grosse voix réconfortante nous berce et nous amène sur les terres innues, le Nitassinan. Au fil du récit, la forêt boréale enveloppe autant celui  qui écoute que celui qui raconte. Et peu à peu, l’intimité des bois fait son effet : Bouchard nous livre ses expériences de vie sur le ton de celui qui se confie à un ami. Bouchard nous raconte l’humour innu Ce livre parle d’une histoire d’amour : celle entre Serge Bouchard et ses amis rieurs de la Côte-Nord. D’ailleurs, il écrit cet ouvrage avec sa compagne, Marie-Christine Lévesque. Leur couple partage cet amour commun, qu’ils traduisent par un livre dédié aux Innus. Avec cet essai à la fois historique, personnel et anthropologique, Bouchard revisite ses souvenirs et souhaite redonner à ce peuple auprès duquel il a tant appris. Et pour ce qui est de redonner, il le fait de différentes façons. Mais la plus significative, selon moi, est de répandre la …

Une enfance de Jésus, J. M. Coetzee, Éditions du seuil, Littérature étrangère, Le fil rouge, Le fil rouge lit, littérature, lecture, livre, littérature sud-africaine, bibliothérapie, livres qui font du bien, littérature du réfugié, terre d'accueil

Dans la peau d’un réfugié

Imaginez que vous arrivez dans un nouveau pays. Vous avez fui votre terre natale et avez tout laissé derrière. Dans cette patrie d’accueil, la langue vous est étrangère, les coutumes, non familières. Vous êtes accueilli dans un centre pour réfugiés, mais il s’avère une véritable blague bureaucratique et vous ne trouvez ni la personne responsable de vous assigner une chambre, ni celle en charge de vous donner un repas. Vous finissez par dormir sous un amas de tôles, avec comme seul repas deux maigres tranches de pain à la margarine. Maintenant, imaginez ce scénario à nouveau, mais cette fois ajoutez-y la présence d’un enfant dont vous seul êtes le responsable. Stressant, frustrant et étourdissant, n’est-ce pas? Bienvenue dans la peau de Simon, le protagoniste du roman Une enfance de Jésus de l’auteur sud-africain J. M. Coetzee. Nager en pleine perte de repères  Simon n’est pas le père de David. Un peu par hasard et un peu par obligation, les deux réfugiés se sont retrouvés soudés ensemble. C’est donc main dans la main qu’ils découvrent ensemble leur terre …

Gregory David Roberts, The mountain shadow, Shantaram, Grove Press, Inde, Bombay, le fil rouge, le fil rouge lit, livres qui font du bien, bibliothérapie, livre sur l'Inde

The Mountain Shadow : s’enraciner dans le tourbillon de Bombay

Me voilà de retour en Inde : physiquement et littérairement. Assise dans un restaurant de Bombay à la clientèle agitée, je lis The Mountain Shadow, la suite du récit Shantaram de Gregory David Roberts. Pendant que je mange un curry, dehors, des feux d’artifice explosent au milieu de la rue. Dans ce chaos coloré, humains, chèvres et chiens se partagent le trottoir pour assister à la scène. Même si la mégapole indienne me semble plus belle que New Delhi, elle n’en demeure pas moins difficile à apprivoiser. À vrai dire, elle m’étourdit un peu. Heureusement que mon livre, lui, m’apaise. Des criminels et des philosophes Il y a quelque chose d’absolument réconfortant dans le fait de retrouver des personnages que l’on connaît dans de nouveaux contextes. Un peu comme retourner dans une ville jadis visitée. Dans cette suite, Lin, fugitif australien en sol indien, côtoie ceux qui constituent pour lui le visage de Bombay. On pourrait qualifier son entourage de famille de réfugiés à qui les mots père et fils font mal : des exilés de force …

The prison book club, Ann Walmsley, Clubs de lecture en prison, Penguin group, bibliothérapie, livres qui font du bien, le fil rouge, le fil rouge lit, littérature et réinsertion sociale

Littérature et incarcération: les clubs de lecture pour se reconstruire

J’ai participé à deux reprises à des clubs de lecture; une fois avec Le fil rouge et l’autre avec un groupe d’amies féministes. À chaque mois, ces rencontres arrivaient juste à temps, elles étaient pour moi un répit nécessaire qui passait par la littérature. À propos de ces clubs, je dois dire que j’aime autant l’idée en soi de se réunir autour de lectures communes que le pouvoir émancipateur qui se dégage de pouvoir échanger sur celles-ci. Un peu comme si ces moments donnaient un second souffle aux œuvres, elles prenaient vie parmi nous et bénéficiaient d’un prolongement possible par la parole. Mais j’éprouvais également, lors de ces soirées, un plaisir indéniable à formuler des opinions à brûle-pourpoint, quitte à me mettre à rire en réalisant l’incohérence de mes propos. Au travers de ces discussions sur la littérature, je me surprenais surtout de l’aisance avec laquelle nous partagions nos vies. J’y ai souvent ressenti un fort sentiment de solidarité et de bien-être : un safe space en tout point. C’est à l’émission de radio Médium large …

Liv Strömquist, Les sentiments du Prince Charles, Éditions Rackham, roman graphique, BD féministe, Le fil rouge, Le fil rouge lit, Livres qui font du bien, humour et féminisme, Construction du couple, L'amour au temps du patriarcat

L’amour au temps du patriarcat

Côté humour en littérature, je suis difficile. Je souris beaucoup, je ris peu. Récemment, le roman graphique Les sentiments du Prince Charles de l’auteure suédoise Liv Strömquist est parvenu à renverser cette tendance en me faisant rire fort, à plusieurs reprises. À l’aide de blagues réussies, ce livre cerne des malaises qui pullulent notre quotidien. Le ton est sarcastique, revendicateur et féministe. La description – peu éloquente – des sentiments du Prince Charles à l’égard de Lady Diana constitue le point de départ de l’auteure dans sa déconstruction des dynamiques oppressantes que subissent les femmes – mais aussi les hommes – au sein du couple. Fini le temps où l’on riait de ces amoureuses considérées par leurs maris comme des boulets, c’est ici l’absurdité de notre société patriarcale qui est montrée et ridiculisée. Voici donc en quatre points en quoi le roman graphique Les sentiments du Prince Charles s’impose dans la liste de mes lectures les plus réjouissantes faites jusqu’à ce jour. La critique du couple et de la vision de l’amour  Sous ses airs ludiques, le livre de Strömquist …

Éditions Harper Perennial, Roxane Gay, Bad feminist, Féminisme, lecture, le fil rouge, le fil rouge lit, livres, personnages féminins, livres qui font du bien, essai, culture populaire et féminisme

Être une « bad feminist »

Aimer le rap dont plusieurs chansons dans lesquelles le mot Bitch est utilisé, parfois à outrance. Se surprendre à vouloir écouter des émissions de télé-réalité, des soirées entières. Voilà toutes des activités auxquelles je m’adonne et qui me procurent du plaisir, bien qu’elles viennent souvent de pair avec un vague sentiment de culpabilité. Tout en m’y consacrant, je me répète qu’elles ne concordent pas avec l’image que je me fais de moi, qu’elles sont à l’opposé de mes valeurs. Et pourtant, une part de moi aimerait assumer ces goûts, sans aucune gêne. Jusqu’à tout récemment, parler de ce sujet dans un article aurait été pour moi de l’ordre de l’impensable. Et puis il y a eut ma lecture de l’essai Bad feminist de Roxane Gay, que j’aime sans complexe. Dans un style très personnel, proche de la conversation, l’auteure traite de cette impression d’exacerber ses contradictions en aimant certains films, livres ou artistes. En se détachant d’une définition essentialiste du féminisme, Gay décortique la culture populaire tout en revendiquant son titre de Bad Feminist. Ainsi, elle affirme que ses goûts ne …

Grasset, Le fil rouge, lecture, littérature française, Livre qui parle de la communauté, Livre qui parle de la société française, Vernon Subutex, Virginie Despentes

Pour bâtir une communauté

Chez Le fil rouge, on aime Virginie Despentes. On en parle d’ailleurs ici, ici, et là. Moi, je l’ai découverte avec King kong théorie, à l’époque elle avait contribué à élargir ma définition du féminisme. J’ai tout de suite aimé son regard sur la société, qui fait table rase de plusieurs discours et qui marque inévitablement le lecteur. Je dois dire que la présence de Despentes, autant que son écriture, m’intrigue et m’accapare. Peu de temps après avoir découvert ses œuvres, j’avais visionné une performance où elle récitait le roman Le Requiem des Innocents de Louis Calaferte. Debout, au milieu de la scène comme une chanteuse de rock, elle tenait son public suspendu à ses lèvres pendant près d’une heure. Pas une fois je n’ai eu envie de faire une pause. Et même si j’assistais à tout cela dans mon salon, je me rappelle de l’émotion forte suscitée par cette prestation. La musique, les mots, les contrastes entre le noir et le blanc et le débit unique de Virginie Despentes se mélangeaient et créaient un effet particulier: l’impression de …

Littéraires, Les Simone ?

C’est avec impatience que j’ai attendu l’arrivée sur les ondes de la série Les Simone. J’ai toujours aimé les univers féminins pluriels. Voir les différents personnages de femmes emmêler leurs vies : je ne m’en lasse pas. En plus, une série avec un titre qui évoque Simone de Beauvoir : j’avais des attentes. Et puisque je cherche la littérature un peu partout, je l’ai cherchée dans la série. Bien que je n’aie pas l’impression que l’aspect littéraire structure l’émission, il alimente certainement ces quatre Simone qui se remettent en question et se réinventent constamment. Maxim En lisant le livre autobiographique Mémoire d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir et en regardant Les Simone, une réflexion commune s’impose: quels choix s’offrent à une femme qui désire faire autrement ?  La jeune Simone, tout comme Maxim, aspire à autre chose qu’une vie rangée avec un mari et une maison. Pour de Beauvoir, c’est une vie riche du point de vue intellectuel qui prime, elle veut se dédier entièrement à écrire. Du côté de Maxim, c’est la curiosité qui la pousse …

Patti Smith et Mapplethorpe: deux grands enfants

Si on m’avait demandé il y a 2 mois dans quel univers littéraire je voudrais habiter, j’aurais sans doute répondu celui de Paris est une fête, pour être entourée de Gertrude Stein et Zelda Fitzgerald. Si on me le demandait maintenant, je répondrais le New York de Patti Smith et Robert Mapplethorpe. Même après avoir fini ma lecture, j’ai l’impression d’y habiter encore. C’est une amie qui m’a refilé le livre autobiographique Just Kids, ça avait été sa lecture marquante de l’année. Pendant plusieurs semaines, il est resté sagement sur ma table de chevet, bien en vue. Je l’ouvrais pour contempler les photos, ou bien pour lire quelques extraits au hasard, sans vraiment m’investir. Un soir, je me suis installée, j’étais prête. J’ai mis le CD Horses de Patti Smith et j’ai plongé. Dès les premières pages, j’étais déjà attachée à cette enfant portée vers l’art, qui invente d’interminables histoires pour ses frères et sœurs. J’aurais aimé la connaître à l’adolescence pour passer des nuits entières à écouter ses albums préférés, à parler de ses poètes qui la …

L’Inde littéraire (3e partie) : La Cité de la joie

J’ai lu La Cité de la joie au creux de l’automne montréalais. J’avais les blues et c’était profond. S’ennuyer d’un lieu, c’est sournois. Il suffit d’entendre une bribe de conversation ou de sentir un arôme, et c’est tout de suite la boule dans la gorge. Mais avec le récit de Dominique Lapierre, j’étais en Inde au mois 15 minutes par jour. En lisant les premières pages du roman, je pensais d’emblée avoir tout compris : l’histoire se déploierait sous la forme d’une saga familiale, le paysan Hasari Pal au centre de cette épopée. J’ai vite changé d’avis en constatant que j’avais affaire à une forme romanesque de Humans of New York, version Calcutta. Tout comme ce projet, les photos en moins, il était ici question d’humaniser la ville, un récit de vie à la fois. D’un chapitre à l’autre, le kaléidoscope que représente Calcutta prend forme. Ce sont d’abord les déboires, les luttes, les échecs et les tentatives désespérées qui prédominent : la ville est sans pitié. Mais lorsqu’on finit par apercevoir la joie, celle qui donne son nom au lieu, c’est …