Littérature québécoise
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À la fin ils ont dit à tout le monde d’aller se rhabiller : l’errance humaine mise à nu

Encore les mouches. Il est seize heures sept. Je me couche, je ferme les yeux, je tourne dans le lit, je pense à des légumes frais, j’emmêle mes pieds dans les draps puis je pense à quelque chose que j’oublie, je tourne de l’autre côté, je déprends mes pieds, je tourne encore, je remonte les couvertures, je m’assois. Il est encore seize heures sept. J’appelle mon superhéros, qui ne répond pas.

Au fil de mes lectures, je me suis rapidement aperçu que deux éléments m’interpellaient beaucoup dans la stylistique d’une œuvre littéraire : les récits d’errance et ceux qui sont découpés en plusieurs fragments. J’aime qu’une histoire m’emporte, même si elle ne possède pas d’intrigue particulière. Je cherche surtout une expérience, et c’est ce que j’ai retrouvé dans le tout premier roman de Laurence Leduc-Primeau. Paru chez les éditions de Ta Mère, cette œuvre au très long titre est divisée en des dizaines et des dizaines de fragments : des longs, des courts, des brefs, des poignants, des tristes, des beaux.

À la fin ils ont dit à tout le monde d’aller se rhabiller met en scène une jeune Québécoise, Chloé, qui déambule dans les paysages que lui offre l’Amérique du Sud. Elle s’amuse ainsi à dresser plusieurs portraits du pays qui l’a adoptée : les tics et les tocs de ses colocataires colorés; les cafés voisins et les chemins achalandés; les coups de vent et les baisers qui réchauffent… Chaque fragment est une esquisse, un coup de pinceau sur notre toile toujours trop vierge. Dans ce pays où la chaleur va de pair avec la sensualité, Chloé est à la recherche du désir de la chair.

Trouver que les garçons sont beaux. Trouver qu’un seul garçon est beau me suffirait. J’aimerais que le ventre me serre à le regarder passer.

Solitaire tout en étant fascinée par l’Autre, Chloé vit dans l’ombre de ses colocataires et reste attentive à ce qui l’entoure. Silencieuse étrangère, elle soulève la beauté de l’existence humaine, qui se retrouve dans les détails les plus minimes comme dans les sentiments les plus laids. Je trouve que de plus en plus d’auteurs.es au Québec prennent le temps de s’épanouir dans la simplicité des mots. Peut-être est-ce seulement le choix de mes lectures, mais je préfère de loin poser un regard sur la condition humaine que de tenter de la dénoncer, et le (premier!) roman de Laurence Leduc-Primeau est l’exemple parfait de ce que je tente d’articuler : on ne juge pas l’autre, on ne tente surtout pas de l’expatrier; on l’observe sans vouloir lui faire de mal, comme l’on s’extasie devant la fragile libellule.

Je recommande cette lecture, puisqu’elle évoque les plaisirs solitaires, les sentiments passagers et les remises en question nécessaires. L’intrigue n’est pas nécessairement présente au sein du récit, mais a plutôt cette tendance à se refléter dans le lecteur lui-même, en nous rappelant notre propre condition d’étranger.

*Le Fil rouge remercie les éditions de Ta Mère pour le service de presse.

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C’est maintenant vingt-deux hivers que Marie-Hélène a vu passer et c’est toujours avec son cœur d’automne qu’elle les affronte. Elle en est à sa deuxième année au baccalauréat en Études littéraires à l’UQÀM. Elle aurait très bien pu faire son BACC en cinéma, puisqu’elle adore tout ce qui entoure ce milieu, mais elle a préféré se concentrer sur son doux amour de toujours : la littérature. Très heureuse dans son 4 ½ Hochelaguien, entourée de son amoureux Anthony et de son chat Cyrano (ou Bébé, pour les intimes), elle s’occupe en cuisinant tout en buvant du vin, ou bien en lisant un peu n’importe quoi. Les mots de Plath et de Ducharme restent ceux qui ont le plus bercé son imaginaire et c’est dans la poésie et les romans graphiques qu’elle savoure le plus son expérience littéraire. Féministe, elle apprécie énormément la maison d’édition Remue-Ménage pour ses œuvres puissantes et conscientisées.

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