Auteur : Marie-Hélène Racine

Découverte européenne : La première gorgée de bière

Je n’ai jamais été le genre de personne qui ressent l’absolu besoin de se procurer un souvenir matériel relié à l’endroit qu’elle vient de visiter. J’aime prendre des photos, m’abreuver d’images mentales, garder en tête des recettes locales à reproduire à la maison, etc. Par contre, ma plus grande faiblesse est ma manie d’acheter compulsivement —, et ce, même si mon budget est un peu plus tight — des livres, des éditions spéciales… Puis cet été, je me suis offert, avec mon conjoint, un voyage auquel je rêvais depuis longtemps : un mois backpack en Europe, sans aucun itinéraire précis. Ce mois-là, j’ai passé une partie de ma deuxième semaine de voyage en Belgique, et c’est là que j’ai déniché mon — presque — seul souvenir matériel, aka un livre (badumtsi). Mon choix s’est arrêté sur La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules de l’auteur français Philippe Delerm, et mon seul regret est de ne pas l’avoir acheté à ma meilleure amie qui avait fait un voyage similaire au mien l’été dernier.     …

Sauf que j’ai rien dit… Le premier roman de Lily Pinsonneault = une laine réconfortante

Je venais de finir ma dernière session au bac en littérature de l’UQAM, cela devait faire des mois et des mois que je n’avais pas lu un livre par simple plaisir… Bref, mes antidépresseurs (et l’anxiété!!!) m’installaient dans un flou perpétuel et peu agréable qui me paralysait dans mes désirs de lectrice. Si je n’étudiais pas, je dormais. Bref, quand Marjorie – l’une des fondatrices du blogue – m’a offert le premier roman de Lily Pinsonneault pour en faire la critique, j’étais bien heureuse de pouvoir recommencer à lire pour le plaisir, mais aussi nerveuse à l’idée de recommencer à écrire… quelque chose (même si je commence ma maîtrise en création littéraire en septembre!). En un après-midi je refermais le livre : je venais de le terminer. En l’espace de quelques heures, j’avais lu le roman d’une seule traite. Disons que pour un premier roman, Lily Pinsonneault coupe le souffle. Voici ma (petite) critique de son roman Sauf que j’ai rien dit… Deux êtres humains qui s’effleurent à travers le temps. L’histoire (un peu classique, un peu …

féminisme, littérature québécoise, filles missiles, poésie,

Le second magazine papier des Filles Missiles : #pouvoirmagique.

10 février 2017. Lancement du deuxième magazine papier des Filles Missiles au Quai des brumes. Il est possible de voir certaines auteures au bar, devant le stand de vente, éparpillées un peu partout… Les femmes ne sont pas discrètes, elles prennent toute la place. Puis des sifflements, des cris, des gorges qui se déploient : une performance. Le thème de ce second magazine est MAGIE. Après les lectures, la soirée s’étire encore un peu, les gens se donnent des câlins, les esprits un peu plus embrumés que tantôt s’entremêlent et c’est dans le métro, direction Honoré-Beaugrand, que je commence ma lecture. (En pensant encore au one-piece rose vraiment #goal de Marie Darsigny) Malgré sa sombre couverture, l’intérieur du magazine déborde de couleurs. On dirait presque que des paillettes se déposent sur nos doigts en tournant les pages. Les illustrations sont signées par Véronique Lévesque-Pelletier, Camille Monette-Dubeau, Sophie Latouche (qui a aussi fait la couverture), Charline Bataille et Geneviève Lovestruck. Dans ces images, il est question du quotidien, de douceur, d’enjeux féministes (obviously), de rage et de …

Quelques trucs pour lire un peu plus!

C’est difficile de trouver du temps. On agrippe les minutes qui s’envolent plus rapidement qu’une feuille d’automne au mois de novembre. Pour 2017, je me souhaite principalement une chose : arracher à mon horaire hyper trop chargé quelques minutes pour lire. Malgré le fait que je suis une étudiante en littérature, je dois m’avouer que hormis les lectures obligatoires, c’est rare que j’ouvre un livre par simple plaisir, parce que j’ai tellement de choses à faire durant ma journée. Or, y’a beaucoup d’occasions manquées aussi. Et c’est la faute à qui? À moi, juste à moi. À la place de dérouler mon fil d’actualité sur Facebook ad nauseam, je pourrais probablement en profiter pour tourner quelques pages… J’ai donc trouvé quelques petits trucs (sans réinventer la roue, qu’on se le dise) pour que vous, belles personnes, trouviez le temps de lire un petit peu plus. Métro, autobus, déplacements… Celui-là, il est classique, mais c’est le truc qui m’a fait renouer avec la lecture pour le plaisir. Avant, je passais mon temps en métro à écouter ma …

GUÉDAILLES : ce zine féministe tellement nécessaire

Chaque mois, je salis tout ce qui touche à ma vulve. Mes bobettes blanches, vertes, roses sont tachées de rouge, comme si je les avais embrassées avec la plus grande passion. – Les Panthères rouges, GUÉDAILLES, p. 8. En célébrant le corps féminin et en détabouisant ses fluides, le premier fanzine du collectif subversif non mixte Les Panthères rouges, sauvagement intitulé GUÉDAILLES, nous offre une belle raison de faire gicler notre rage sur le patriarcat d’une voix forte et solidaire. D’une quarantaine de pages, ce zine réunit les voix et les images d’une quinzaine d’artistes désireuses d’essuyer du revers de leurs griffes les litres de male tears qui ne cessent de couler sur nous toutes. Dans le cadre d’une courte entrevue virtuelle, les Panthères – trio composé de Catherine Dupuis, Kim Venn et Stéphanie Roussel – expliquent que l’élément déclencheur derrière la création de leur collectif fut l’Ostie de grosse soirée de poésie subversive organisée par la revue littéraire Main Blanche dans le cadre de la grève de 2015. Mais depuis, pourquoi ce nom les Panthères rouges? S : …

Le Clochard invisible

Se lever dans un lit propre sous un toit isolant; manger un petit déjeuner; s’habiller et se brosser les dents; amasser ses effets scolaires et franchir la porte d’entrée; prendre le métro; passer prendre un café au Tim Hortons avant le cours de 9:30; s’installer à un pupitre qui appartient à une institution scolaire et apprendre… Toutes ces choses que nous tenons – trop – pour acquises et qui forment notre douillet quotidien sont le plus grand des luxes pour certaines personnes que nous considérons invisibles : ceux qui vivent dans la rue. Dans son livre Clochard, Jocelyn Lanouette positionne le lecteur dans la vie de Serge Comtois « Résidant du Plateau, écrivain de quartier, itinérant ». « … Je te jure je suis invisible – Je te vois – Toi, oui. Toi tu me connais depuis des années. Mais regarde. Je me place au centre du trottoir et je descends mon pantalon jusqu’aux genoux. Ce n’est pas très élégant, j’en suis conscient, mais comme prévu on passe à mes côtés comme si je n’existais pas. …

Milk and Honey : juste du beau

C’est Véronique Grenier (auteure d’Hiroshimoi, notamment!) qui m’a fait découvrir le recueil de poésie Milk and Honey, écrit par la Torontoise Rupi Kaur, lors du lancement Le Fil rouge X Arsenal. Elle en parlait comme étant une œuvre sensible, féministe et qui fait du bien. Il ne m’en fallait pas plus pour me le procurer, et en écrire une impression que je vous partage à l’instant! À droite, des mots magnifiques, à gauche, de fortes illustrations qui font écho au texte de l’autre côté. Bien plus qu’un simple recueil de poésie, Rupi Kaur nous offre une profonde réflexion sur le féminisme, la diversité corporelle, l’amour, la sexualité et la rupture. C’est vraiment facile de s’identifier à ses textes, puisqu’ils sont à la fois simples, directs et épurés. Ne pas oublier que simplicité n’égale pas toujours facilité (et ceux qui écrivent savent que c’est tout le contraire!) : il y a des jeux d’images très intéressants qui imprègnent rapidement notre imaginaire. Voici un bon exemple de toute la force des écrits de l’auteure : Vous l’avez remarqué, le …

La garçonnière : amour, ambiguïté et (ben) des shots de vodka glacée

Lors du lancement des coffrets littéraires du Fil rouge, il y avait une petite bibliothèque éphémère où les gens pouvaient y déposer un livre, pour ensuite en prendre un. Ce fantastique petit espace d’échange m’a permis de mettre la main sur le livre La garçonnière, de Mylène Bouchard. Je ne connaissais pas du tout l’auteure, mais la couverture m’avait tapée dans l’œil. Je l’ai pris. Et voici ce que j’en pense. Ce dense récit est celui de Mara et de Hubert; celui de la longue route entre Péribonka et Noranda; celui des correspondances sans réponses et d’un amour voué à l’échec, et ce, dès le début. Il faut être tenace pour continuer le livre après en avoir lu quelques pages : c’est long avant d’embarquer dans l’histoire, avant de s’y attacher. Les descriptions des lieux sont longues et redondantes, beaucoup de name-dropping d’endroits et de traditions qui me sont complètement étrangers, etc. Par contre, cette incertitude de tenir un bon livre entre les mains s’envole dès qu’entrent en scène les personnages de Mara et Hubert. Ils …

Histoire d’O : Un roman graphique érotique qui ne laisse pas indifférent.

Si vous suivez quelques-uns de mes billets, vous savez sans doute que j’aime beaucoup la bande dessinée et les arts graphiques. J’apprécie beaucoup le rapport entre l’image et le lecteur. Je trouve que de cette façon, l’identification est parfois plus accessible. Bien que la majorité des BD que je consomme possèdent un ton humoristique, certaines d’entre elles se veulent beaucoup plus matures. C’est le cas d’Histoire d’O, le roman graphique – et pornographique – de Guido Crepax, publié en 1975 (!) aux éditions Delcourt. Histoire d’O est en fait une adaptation du très célèbre roman érotique du même titre, écrit par l’auteure Pauline Réage, qui narre le récit d’une femme appelée O : elle est complètement soumise aux sentiments qu’elle entretient envers René et Sir Stephen, ses amants. Elle se donne corps et âme – mais surtout corps – à ses relations amoureuses/sexuelles. O est emmenée par René à un château situé à Roissy (en France), où elle apprendra de son plein gré à être une soumise parfaitement docile, une complète esclave sexuelle. Il est évident …

Une bande dessinée peu conventionnelle : Body World

J’ai découvert très récemment que j’aimais bien la bande dessinée. Pas que je n’avais quelconques préjugés sur le genre, simplement qu’il y avait trop de livres auxquels m’attarder. Mon copain est très fan et m’a fait découvrir le bédéiste québécois Samuel Cantin, que j’ai a-d-o-r-é-! Je suis ensuite tombée dans les œuvres de Zviane, et j’ai tout de suite été charmée. J’ai donc pris un cours de bande dessinée à l’automne 2015 et j’ai fait de bien belles découvertes. Dont Body World, du bédéiste américain Dash Shaw. L’artiste possède un style tout à fait survolté qui colle parfaitement à sa diégèse. Body World, c’est l’histoire de Paulie Panther, professeur de botanique expert en psychotropes. Ce personnage est suicidaire, déjanté et vit avec un trouble de personnalité limite. Déjà, uniquement avec le personnage, nous avons affaire à quelque chose de particulièrement original. Paulie est l’auteur derrière L’Encyclopédie des hallucinogènes américains et il ne cesse de parcourir le sol états-unien à la recherche de nouvelles plantes aux effets délirants. Ses recherches l’ont fait atterrir à Boney Borough, …