Littérature québécoise
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Petites histoires en huis clos : le roman Deux jours de vertige d’Eveline Mailhot

Travailler dans une librairie a plusieurs avantages, dont celui d’avoir accès à des services de presse envoyés par les éditeurs. Sans les avoir nécessairement pour moi, j’ai, pour ma part, la possibilité d’emprunter ceux que la librairie reçoit et ainsi, je suis tombée par hasard sur cette auteure québécoise que je ne connaissais pas. Curiosité piquée, j’ai eu envie de me plonger dans son roman. C’est donc de cette découverte intéressante que j’ai envie de vous parler aujourd’hui.

En amorçant la lecture de Deux jours de vertige d’Eveline Mailhot, on fait la connaissance de Sara, une étudiante quelque peu troublée qui se trouve en pleine période de doute par rapport à ses études, à savoir si elle continue sa thèse ou lâche tout pour faire autre chose.

J’étais en quatrième année de thèse et mon entourage voulait encore plus que moi que je la termine. […] Chaque conversation sur le sujet de mon errance intellectuelle tendait à me faire comprendre l’importance de terminer ce qu’on a commencé.

La panique, l’incertitude sont au coeur d’elle, qui craint de manquer de courage, ou de continuer l’école pour les mauvaises raisons.

L’histoire commence réellement quelques pages plus loin quand Sara va rejoindre des amis le temps d’un week-end dans une maison de campagne. Ce qui se devait d’être quelque chose de rassembleur et de relaxant prend une tout autre tangente lorsqu’elle apprend que Hugo, l’amant qui l’a quittée précédemment pour la laisser dans un état d’incertitude et d’errance, sera de la partie.

« Il t’aime encore, c’est évident ». [Gabriel] portait-il ce regard-là sur tout le monde ou s’intéressait-il à moi en particulier? On était devenus de proches amis, après tout. Ou alors il avait simplement dit ça par provocation. Hugo m’aimait-il encore? J’ai réprimé un frisson. Ça ne voulait rien dire.

Et pendant deux jours, à travers la vision tourmentée de Sara, de ses questionnements et de son agitation intérieure, nous nous retrouvons entremêlés dans les histoires, les révélations, les petits drames, les amours croisés, les escapades et les secrets des sept ou huit personnages qui composent la trame narrative. Il y aura la grossesse révélée de Félicie et la surprise d’Alexandre, les révélations d’Hugo et l’ambiguïté de l’amitié entre Gabriel et Sara. On a l’impression qu’au fur et à mesure de la lecture, on prend conscience de la présence d’une sorte de toile d’araignée sous-jacente qui lie les personnages entre eux et qui menace d’éclater sous le poids de certaines révélations. Et le huis clos devient une sorte d’évidence à l’émergence des petites vérités à la fois bouleversantes, malaisantes, ou bien prenantes de quelques belles surprises et de l’émergence de nouveaux sentiments.

Sans éclats ou grande poésie, l’auteure Eveline Mailhot réussit toutefois, à l’aide d’un langage précis et clair, à construire un petit monde le temps d’un week-end, des relations dans un tissage serré et surtout, le portrait juste et complet d’une jeune fille au coeur d’une période troublante remplie de questionnements. À travers les émois de Sara, l’auteure permet au lecteur de s’approprier les états de l’être et de l’âme. Premier roman d’une plume prometteuse (l’auteure avait déjà publié un recueil de nouvelles), il permet l’émergence de pensées et de préoccupations sur la délicatesse des relations et de l’amour, aujourd’hui.

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Marion vit avec la peur constante de manquer de lecture depuis son tout jeune âge, ce qui l’amène trop souvent à surcharger de livres son pauvre dos. Étudiante au doctorat en littérature, elle est aussi passionnée par l’écriture, les voyages et les grandes randonnées. Plus il y a de pages à lire ou de kilomètres à parcourir, plus elle est heureuse. Rêveuse et idéaliste, elle carbure (un peu trop) aux défis, est végane le plus qu’elle peut, et ne pourrait pas vivre sans Harry Potter, le gâteau au chocolat et les carnets de notes. Elle est collaboratrice pour Le fil rouge depuis 2015.

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