Littérature québécoise
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Tarmac ou l’adolescence en banlieue nord-américaine

Pour agrémenter votre lecture…

Tarmac, le deuxième roman de Nicolas Dickner (publié en 2009, après un ouvrage collectif signé d’un pseudonyme), est un livre « hommage » aux années 1990. Alors qu’on voit depuis quelques années un retour en force des années de gloire des Spice Girls et du grunge (surtout en musique et en mode), Dickner sort des boules à mites une décennie sombre, marquée par les conséquences de la guerre froide, où règnent en maître le béton et les bungalows. Nous sommes en banlieue-dortoir, la canicule est pesante, les condos sans âme poussent comme des champignons : c’est l’envers du rêve américain.

Dans Tarmac, on suit les aventures de deux adolescents Louperivois, Michel Bauermann et Hope Randall, à l’humour cynique et cassant, mais toujours juste. Entre les cours au cégep, les beuveries au bar local et les baignades à la piscine municipale, Michel et Hope s’intéressent aux bunkers, à l’énergie nucléaire, aux nouilles ramen, aux bombes atomiques, aux menstruations, aux actualités internationales meurtrières, à la date de la fin du monde. Des adolescents normaux, quoi.

Sans l’ampleur textuelle, j’ai eu, à la lecture de Tarmac, une impression de Fiancée américaine d’Éric Dupont, de Volkswagen Blues de Jacques Poulin, de grands romans américains à la québécoise : Michel et Hope sont issus de vagues d’immigration européenne, dont les ancêtres sont venus habiter le Nouveau Monde en passant par New York ou la Nouvelle-Écosse, pour finalement atterrir dans le Bas-du-Fleuve. Les Randall et les Bauermann ont des allures de dynastie prolétaire et caractérielle. Dans Tarmac, constamment se mélangent la grande Histoire avec celle du fait divers : la chute du mur de Berlin trouve des ramifications insoupçonnées dans les chantiers de construction japonais ou encore, la date de péremption sur les sachets de nouilles ramen est prophétique de l’apocalypse.

Dickner nous raconte l’histoire d’une adolescence passée en périphérie du monde, où la télévision est la plus grande attraction, la plus grande tentation. Pourtant, c’est loin d’être ennuyant : les péripéties, les personnages, les situations deviennent comiques, voire absurdes, sous le regard intelligent du narrateur, Michel, et de sa complice. Blâmez l’ancienne adolescente de banlieue en moi, mais je me suis reconnue dans les après-midis d’été à tourner en rond et dans les supermarchés déserts les soirs de semaine.

Tarmac, c’est un récit de béton et d’asphalte, rêche et précis, un récit drôle, intelligent, haletant. J’ai beaucoup aimé que la trame amoureuse, à peine explorée, ne prenne pas le pas sur l’ensemble du récit : Hope est une jeune femme surdouée qui défie dans une course effrénée l’apocalypse et qui ne peut déroger de son projet. Elle a d’autres chats à fouetter que de s’intéresser à son acolyte en pâmoison. Mais ne vous inquiétez pas : ça finit bien pour ces deux-là.

Pour vous immerger encore plus dans l’univers de Dickner, vous pouvez aussi lire Nikolski ou encore Six degrés de liberté.

Cliquez ici pour voir ce livre directement sur

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2 Comments

  1. Michèle Morin says

    Excellent compte rendu! J’ai adoré ce livre et je me suis précipitée pour me procurer «Six degrés de liberté» qui attend sur ma PAL !

    J’aime

  2. Ping : Dée de Michael Delisle : l’envers du décor de la banlieue américaine | Le fil rouge

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