Autour des livres
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Autour des livres: Rencontre avec Antoine Charbonneau-Demers, récipiendaire du prix Robert-Cliche 2016 pour son roman Coco

Jeune prodige de la plume ayant vu le jour à Rouyn-Noranda en 1994, Antoine Charbonneau-Demers voit son premier roman, Coco, se faire publier sous les éditions VLB en septembre 2016. L’auteur se voit aussi décerner par la même occasion le prix Robert-Cliche du premier roman paru. Lorsqu’on sait que Robert Lalonde et Chrystine Brouillet ont eu ces mêmes honneurs en début de carrière, on a de quoi vouloir porter une curiosité à ce nouvel auteur.

1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture ?

Je pense que c’est un livre qui s’appelait Pourquoi les gens sont-ils tous différents ? C’était un livre vraiment pas très excitant et surtout long, mais je voulais seulement repousser l’heure du coucher, alors quand mes parents me demandaient ce que je voulais qu’ils me lisent, je choisissais toujours celui-là. C’est devenu un running gag parce qu’on se faisait chier, mais on le lisait tout le temps quand même. C’était une lecture ironique, j’ai d’ailleurs appris l’ironie très tôt grâce à mes parents.

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture ?

Le rituel, c’était que mes parents me fassent la lecture. Les livres étaient au cœur de notre quotidien, vraiment. Je pouvais demander tous ceux que je voulais, on ne comptait pas l’argent dépensé pour ça, c’était très important. Curieusement, quand je suis devenu adolescent, j’ai arrêté de lire, ou je commençais des livres pour l’école, mais je ne les finissais jamais. C’est terrible de faire lire aux jeunes des crisses de romans plastifiés pour les ados des années 70 et de leur faire trouver l’adjuvant de Christiane F. dans le schéma actanciel. Ça ne donne pas le goût. Moi, je pense que la littérature pourrait être aussi glamour que le cinéma. C’est au cégep que j’ai recommencé à lire. Aujourd’hui, je n’ai pas de rituel particulier. Ça relève plus de la discipline, mais j’avoue qu’acheter des livres, chercher les plus belles éditions, c’est un rituel que j’aime bien.

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire ?

Une routine, oui. Un rituel, non. Le rituel m’a tellement tué. Quand j’ai commencé à écrire, je cherchais le bon rituel. Ça me semblait évident : un auteur devait avoir un rituel. Tant mieux si ça peut aider certains auteurs. Moi, j’écris sérieusement quand j’écris n’importe quand, n’importe comment. Mon téléphone est devenu un outil de prédilection. J’écris avec dans le métro, quand j’attends quelque part en file, pendant que mon lunch est au micro-ondes, etc. C’est évident que j’apprécie les journées de vacances que je passe devant mon ordi pour écrire longtemps et plus confortablement, mais je ne peux pas toujours attendre ces moments-là. Je me donne le défi de faire 500 mots par jour. Je ne le respecte pas toujours, je fais des X dans un calendrier, et je me couche frustré si je ne l’ai pas fait, et le lendemain, je suis encore plus frustré, donc je n’écris pas, c’est loin d’être la bonne attitude à adopter, mais c’est ça. C’est l’insatisfaction qui me pousse à écrire de toute façon.

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?

J’ai commencé à aimer lire en arrêtant de m’acharner à lire des classiques. La littérature québécoise contemporaine a été une bonne porte d’entrée. Je dirais que Et au pire, on se mariera de Sophie Bienvenu a été le premier livre qui m’a fait comprendre que j’avais envie d’écrire. Plus tard, il y a eu toute l’œuvre de Jeanne-Mance Delisle, Testament de Vickie Gendreau, The First Bad Man de Miranda July, Richard Yates de Tao Lin et L’Amant de Marguerite Duras.

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ?

Il y en a trois. D’abord, Richard Yates de Tao Lin. Parce qu’il a créé, à mon avis, la relation humaine la plus réaliste que j’ai rencontrée dans un livre. C’est cruel, douloureux et pathétique. Ensuite, King Kong Théorie de Virginie Despentes. Je suis devenu, le jour où je l’ai lu, un homme différent. Ma vision du monde, des sexes, des genres, du rapport dominant-dominé n’a plus jamais été la même. Cet essai féministe devrait être la Bible d’aujourd’hui. Je l’achète à tout le monde, tout le monde doit le lire. Et finalement, Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke, qui m’a fait comprendre pourquoi j’avais besoin de m’exprimer à travers l’art. Je n’avais jamais réalisé pourquoi j’écrivais avant.

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel ?

Un monde littéraire dans l’action, pas trop contemplatif, mais quand même pas un monde où j’aurais une mission. Au fond de moi, juste avant le Antoine authentique, je voudrais être un mannequin fils de riche à Los Angeles qui fume des clopes sans jamais avoir le poumon qui souffre, n’avoir jamais rien à faire même si c’est déprimant, et porter du beau linge. Un monde d’image et de consommation, je le dis en toute culpabilité. Mais je pense être encore assez lucide pour ne pas me perdre dans cette idée-là, et laisser ça à la littérature. J’aime mieux ma vie que celle que je voudrais, je pense. Ce que je veux, c’est toujours trompeur. Peut-être aussi que je me trompe continuellement et que je vais me perdre quelque part. Tant mieux, ça fera des meilleures histoires.

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner ?

L’Amant de Marguerite Duras. Parce que c’est un des premiers livres qui m’a appris que l’auteur avait une voix. Et je retourne toujours à Marguerite Duras pour retrouver cette voix. (Ça, c’est ce que j’aime me dire, mais la vérité c’est que je n’ai toujours pas compris l’histoire.)

8. Quel est ton mot de la langue française préféré ?

Flétri.

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ?

Un livre pratique que tout le monde achète, qui devient un New York Times Bestseller, pour savoir que tout le monde applique mes conseils. Ça doit être très valorisant. The Clean Program de Alejandro Junger, par exemple, qui propose une espèce de cure de l’intestin et qui rétablit la capacité du corps à se guérir lui-même. Ou encore The Life-Changing Magic of Tidying Up de Marie Kondo qui suggère de tout jeter dans sa maison, de remercier ses objets et de plier ses vêtements sans les stresser, ce qui est une source de frustration parce que je n’applique que rarement ses conseils. Ce sont des livres que j’aime autant que mes romans préférés.

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre ?

Il y a une phrase dans mon roman qui fonctionnerait peut-être : Pourquoi la vie s’est-elle terminée si souvent pour moi, alors qu’elle commence tous les jours pour ceux que j’aime ? Sinon, il y a mille titres que je voudrais, mais encore là, ce que je voudrais n’est pas ce que je suis, et quelqu’un finirait par me suggérer d’appeler ça Le petit gars cute.


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Un vent de nostalgie lui souffle parfois dessus, lui faisant revivre ses journées d’enfance passées avec un J’aime lire sous les yeux ou à manier son pousse-mine à composer des chansonnettes pour sa grand-mère Bernadette. Aujourd’hui bien campée dans la vie d’adulte sans trop l’être, lire et écrire sont restés pour elle synonymes de plaisir. Stéphanie a pris le chemin des sciences (elle est infirmière clinicienne) après un passage fort apprécié dans le domaine des arts & lettres. Depuis la fin de son récent bacc. du côté pragmatique, elle est ravie de (re)vivre enfin en lisant et écrivant ce qui lui plaît. Elle a un fort penchant pour le québécois contemporain, poésie ou romans, des essais ou encore pour son précieux guide des médicaments. Elle aime beaucoup voyager, le yoga, prendre des photos pas toujours réussies, cuisiner végé, le vieux punk, le classique et le sens du mot liberté.

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