Auteur : Stéphanie Pronovost

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Péter sa coche ou briser le tabou de la maladie mentale

Personnalité connue du web, je suivais Matthieu Bonin depuis un bon bout sur les réseaux sociaux, pour son audace, pour sa sensibilité aussi. Puis, un moment donné, je l’ai trouvé juste, trop. J’ai décroché. Les années ont passé. Jusqu’à ce que dernièrement, mes yeux aient remarqué son nom à nouveau dans une librairie, sur une jaquette de livre. Matthieu Bonin avait écrit : Péter sa coche, publié en février 2017, aux éditions Un monde différent. Souffrant de trouble d’anxiété généralisée et de maladie affective bipolaire (de type 2 dans son cas), l’auteur doit jongler constamment entre les différents cycles que la maladie lui amène, tout en affrontant les aléas de la vie. Il doit essayer d’apprivoiser ses humeurs, basculant du deep down de la dépression jusqu’à émerger vers une stabilité trop courte et ensuite bifurquer dans l’hypomanie. Les autres peuvent le trouver difficile à suivre, pour lui, ce l’est encore plus. Le livre s’ouvre sur la réflexion qu’après 26 ans à vivre dans le chaos, ayant toutefois reçu l’aide de son médecin de famille et …

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Un film, Tchékhov et les femmes

Après des études en Lettres, j’en avais un petit peu soupé des classiques de la littérature internationale. Si bien que, pendant un bon bout de temps, j’ai laissé ce genre de côté, que j’avais exploré un peu par obligation, pour m’approprier plutôt la littérature québécoise et son langage qui est aussi le mien. J’y vivais davantage une proximité dans les sentiments décrits, dans la langue, dans les mœurs, ce qui me rejoignait mieux. Si vous voyiez le contenu de ma bibliothèque, vous verriez qu’elle a un fort penchant (et elle aussi est à veille de craquer!) pour les auteurs du Québec, pour ces mêmes raisons. Par où tout a commencé Puis, vint un jour où je suis tombée en amour avec le film de Rafaël Ouellet sorti en 2014, Gurov et Anna. Difficile à vous en expliquer la ou les raisons en version journaliste cinématographique que je ne suis pas. Je vous dirai simplement que ce film m’a séduite par ses sujets traités, imbriqués les uns dans les autres: la littérature, la banalité de la …

Passer par le cœur pour soigner l’âme

Je dois le dire d’entrée de jeu, ce livre est mon gros coup de cœur littéraire de l’année 2016. On y voit des termes avec lesquels je jongle à longueur de semaine : Seroquel, lorazepam, dopamine, rispéridone, psychose, délire et j’en passe. Ce sont des éléments qui viennent avec le fait d’évoluer en psychiatrie, la médecine de l’esprit. Cette spécialité qui porte ses stigmates comme l’abîmé et qui se penche sur les blessures invisibles à l’œil nu. Elles ravagent l’intérieur, mais avec la science et le cœur on arrive à bien panser les maux de l’âme. Ouanessa Younsi, poète et médecin psychiatre née en 1984, vient donc de publier, sous les éditions Mémoire d’encrier, son tout dernier livre Soigner, aimer que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt, jusqu’à la toute dernière page. Elle traite de cas vécus lors de sa pratique, principalement à Sept-Îles, mais aussi à Kuujjuak et au Guatemala. Elle s’interroge sur des questions éthiques, soigne avec empathie et toujours persiste en filigrane un bout d’elle en introspection. Dans ce domaine, on avance avec …

Raconter comme Manu Militari

D’abord connu comme rappeur depuis plusieurs années déjà, Manu Militari sait manier la plume. En 2010 à l’ADISQ, il s’est vu récompensé en gagnant le Félix pour l’album hip-hop de l’année. C’est qu’il sait raconter et ne se contente pas de rimer sur des sujets futiles. Ses sujets abordés sont souvent dénonciateurs d’inégalités, lourds et empreints de lucidité. Pour ma part, je ne l’ai découvert que récemment et ses chansons me font, depuis, tendre l’oreille chaque fois. Comme une histoire qu’on me récite. Voir ceci pour vous convaincre. Quand j’ai su qu’il sortait son premier livre en octobre dernier, sous les Éditions Stanké, j’étais évidemment enthousiaste à l’idée de mettre la main dessus. Je savais que j’allais apprécier me replonger dans son univers, cette fois version écrite. Le sourire de Leticia est un récit de voyage de l’auteur. Il s’est fait plaisir en s’évadant pour atterrir ailleurs et heureusement qu’il a écrit ses expériences, puisqu’elles se sont soldées par une première publication écrite. Et voici ce que Manu Militari y a écrit à propos du …

Mourir à petit feu et renaître de ses cendres

Elle laisse rarement de glace. On aime ou on déteste la poésie. Ou on l’évite. Et je comprends qu’elle puisse rebuter certains, surtout si le premier contact avec ce genre littéraire ressemblait à un poème poussiéreux écrit en vieux français que vous deviez décortiquer à l’école. Fait vécu! La poésie, je l’ai donc boudée jusqu’à il y a 4 ou 5 ans. Comme je compte dans mes amis quelques poètes de talent qui m’envoient parfois leurs textes, je me suis ouverte à la chose tranquillement. J’ai pu constater en les lisant qu’inaccessible n’est pas forcément ce qui caractérise le style, comme je le pensais avant. Il y a les poèmes qui riment, avec structure et tout et il y a ceux sans règle stricte de musicalité, écrits en vers libres, venant souvent avec une figure de style poétique. Comme dans Shrapnels, d’Alice Rivard. L’auteure, née en 1985, sort l’artillerie lourde, sans vers ni rimes. La lecture de son Shrapnels évoque la noirceur d’une existence en mode survie depuis la plus tendre (pas si tendre) enfance. …

Autour des livres: Rencontre avec Antoine Charbonneau-Demers, récipiendaire du prix Robert-Cliche 2016 pour son roman Coco

Jeune prodige de la plume ayant vu le jour à Rouyn-Noranda en 1994, Antoine Charbonneau-Demers voit son premier roman, Coco, se faire publier sous les éditions VLB en septembre 2016. L’auteur se voit aussi décerner par la même occasion le prix Robert-Cliche du premier roman paru. Lorsqu’on sait que Robert Lalonde et Chrystine Brouillet ont eu ces mêmes honneurs en début de carrière, on a de quoi vouloir porter une curiosité à ce nouvel auteur. 1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture ? Je pense que c’est un livre qui s’appelait Pourquoi les gens sont-ils tous différents ? C’était un livre vraiment pas très excitant et surtout long, mais je voulais seulement repousser l’heure du coucher, alors quand mes parents me demandaient ce que je voulais qu’ils me lisent, je choisissais toujours celui-là. C’est devenu un running gag parce qu’on se faisait chier, mais on le lisait tout le temps quand même. C’était une lecture ironique, j’ai d’ailleurs appris l’ironie très tôt grâce à mes parents. 2. Avais-tu un rituel de lecture enfant …

De l’autre bord de la 117 Nord, l’exil

Pour se rendre dans la ville où j’ai poussé mon premier cri d’existence, il faut manger quelques kilomètres d’asphalte de patience, rouler sur la 117 Nord et traverser la réserve faunique La Vérendrye. Je viens de refaire une ixième fois le périple. Croiser de temps en temps des camions qui transportent le fruit désolant des coupes à blanc. Tourner la tête à droite offrira un meilleur spectacle: un mélange d’images de lacs, de rivières, de gens qui font du pouce plus qu’ailleurs et des épinettes bien fières. Être entouré de l’odeur et du silence des arbres qui se tiennent encore debout. Un parfait trajet pour les contemplatifs. Enfin le temps aussi d’égrainer ses playlists. Il faut sortir ses meilleures trames sonores pour ces toiles de fond. La récompense au bout du chemin est le ciel d’Abitibi qui a un je-ne-sais-quoi de magnifique. Ça peut paraître loin comme bout de pays, mais c’est là où j’ai vu les gens être les plus proches. Vaste étendue de territoire, les gens s’y resserrent. Mais pour toutes sortes de …

Ma brosse avec… d’un Gabriel Rousseau à découvrir

La chaleur est disons-le, souvent accablante ces temps-ci, même Météomédia le dit. On se rafraîchit quand c’est possible en volant un petit bout de vent sur les terrasses et en s’hydratant comme on le peut. Dans ce contexte somme toute agréable, puisque surtout éphémère, le titre m’est apparu accrocheur : Ma brosse avec… Qui dit alcool, et surtout brosse, dit désinhibition. Ça donnait à mes yeux curieux pleins de promesses de pouvoir lire des confidences qui se disent souvent mieux « chaud », sous un état ébrieux, quoi. Avec ma bière froide, j’avais donc trouvé un peu de croustillant à me mettre sous la dent. Lancé en mai dernier dans nul autre endroit plus approprié qu’un bar de la rue St-Denis, le condensé d’histoires de brosse à Gabriel Rousseau a d’abord été publicisé via son blogue, avant d’apparaître sous forme de livre par la marginale maison à structure horizontale Moult Éditions. Je le dis d’emblée, son livre et l’unique, je l’ai lu en 2 petits jours. J’ai dû me forcer parce qu’autrement, je l’aurais fini …

Les Lettres à mademoiselle Brochu

C’est bien connu (par mon entourage, on s’entend), Maxime-Olivier Moutier, c’est « le mien ». Il est mon auteur favori au Québec. Ce n’est quand même pas peu dire, j’ai exploré en masse avant d’avancer cela, lisant en grande majorité du québécois. Son style littéraire accessible et recherché, ses sujets abordés de l’amour et la quête de soi et de l’autre, sa façon de faire réfléchir ses personnages, j’avoue que tout ça a permis un réel love at first read. D’ailleurs, sur mon petit blogue bien personnel, la seule « critique littéraire » qu’on y trouve est celle du roman de Moutier La gestion des produits — Tome 1 : La crise (un autre roman que vous devez lire, soit dit en passant!). Bref, j’ai décidé de me replonger dans l’univers de mon auteur favori avec son quatrième roman paru en 1999, Les Lettres à mademoiselle Brochu : éléments pour une nouvelle esthétique de la crise amoureuse. Il prenait la poussière, juché en haut de ma bibliothèque depuis quelque temps, alors que j’ai lu ce …

Du léger pour emporter : 3 titres pour 1 lb de livres

On change nos habitudes comme on change de chemise au Québec, c’est-à-dire un peu au gré des saisons, non? Souvent, c’est reflété par notre menu qui s’allège plus les Celsius montent. L’été, on est nombreux à délaisser la bonne grosse lasagne riche pour une ô combien satisfaisante toastée aux tomates. J’ai remarqué le même phénomène du côté de mes préférences littéraires : elles s’allègent plus il fait chaud. Mes lectures d’été (ou de vacances ailleurs sur le globe lorsque faire se peut!) se passent majoritairement dans un parc, entre un arbre et une couverture. Et plus de titres sont lus que durant le reste de l’année parce que j’ai tendance à choisir ceux contenant moins de pages. Comme une envie de passer moins de temps avec le même livre. Je vais privilégier durant cette période les poids légers aux Dostoïevski plus hivernaux, à mon avis. J’ai envie de me laisser transporter par les mots et n’être que de court passage dans un même univers. Pouvant très bien se glisser dans votre valise ou vous accompagner au …