Littérature québécoise
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Raconter comme Manu Militari

D’abord connu comme rappeur depuis plusieurs années déjà, Manu Militari sait manier la plume. En 2010 à l’ADISQ, il s’est vu récompensé en gagnant le Félix pour l’album hip-hop de l’année. C’est qu’il sait raconter et ne se contente pas de rimer sur des sujets futiles. Ses sujets abordés sont souvent dénonciateurs d’inégalités, lourds et empreints de lucidité. Pour ma part, je ne l’ai découvert que récemment et ses chansons me font, depuis, tendre l’oreille chaque fois. Comme une histoire qu’on me récite. Voir ceci pour vous convaincre.

Quand j’ai su qu’il sortait son premier livre en octobre dernier, sous les Éditions Stanké, j’étais évidemment enthousiaste à l’idée de mettre la main dessus. Je savais que j’allais apprécier me replonger dans son univers, cette fois version écrite. Le sourire de Leticia est un récit de voyage de l’auteur. Il s’est fait plaisir en s’évadant pour atterrir ailleurs et heureusement qu’il a écrit ses expériences, puisqu’elles se sont soldées par une première publication écrite.

Et voici ce que Manu Militari y a écrit à propos du bonheur qui ne semble pas se tenir très loin d’un passeport :

« […] c’est peu de choses, un moment arraché à la routine, une tranche de vie où l’on redevient enfant, s’extasie devant tout et rien, sens en éveil, on apprécie simplement. C’est des rencontres, des musiques, et des odeurs, des saveurs et des paysages, en un mot, c’est le voyage. »

Il s’agit d’une décision prise à la dernière minute. Celle de partir avec sa solitude et un seul bagage à main. Manu se pose plus précisément à Leticia, une ville de Colombie située près de la frontière du Brésil et du Pérou. Où il fait chaud et humide. Il ne voyage pas 5 étoiles. Se loger dans des endroits rustres ne lui fait pas peur. Il fait connaissance avec des locaux, des compatriotes, et se lie d’amitié avec des gens d’ailleurs. Pas nécessairement des personnes qui nous apparaîtront extraordinaires, mais des gens vrais. Comme ceux que l’on croise un peu partout autour du globe. C’est justement ce petit détail qui permet que l’on puisse s’imaginer lire le récit de voyage d’un de nos propres amis. Ça donne envie de poursuivre la lecture. Dès les premières pages, ma curiosité avait été piquée.

Et en cours de périple, Militari a même poussé le goût de l’aventure en se payant la traite avec ses comparses voyageurs : un séjour dans la jungle amazonienne et ce qu’elle comporte d’hostilités. Voici un des passages qui nous fait sortir de notre zone de confort :

« Parfois, je me fie aux voix des autres pour m’orienter. Si je me perds ce soir, je ne verrai pas demain, c’est tout ce que je sais. Le terrain est traître, glissant, il ne faut pas s’agripper aux branches, certaines ont des pics tranchants, d’autres sont toxiques ou abritent le diable sait quelle bête. Crapauds venimeux, scorpions noirs, salamandres, mygales errantes, mille-pattes, Hainer nous éclaire la mort au moins une fois la minute. »

Tout au long du roman, j’entendais presque la voix de Militari me raconter son temps qui passe et ses péripéties. Par moments, il nous fait replonger dans son passé, au temps où il se trouvait au Caire. Il est quand même allé 5 fois en Égypte, notamment durant la période marquante de la révolution ayant conduit à la chute de Hosni Moubarak. Alors ça marque. Et il le dit lui-même, il a la mélancolie facile. Il nous fait donc, à quelques moments dans son récit, décoller de l’Amérique du Sud pour nous faire atterrir en Afrique du Nord-Est. Avec ses talents de conteur, on se sent encore une fois transporté ailleurs et ce n’est pas qu’avec du beau. Une altercation violente décrite par une plume habile donne des passages comme ceci :

« Ce matin-là, brumeux comme d’habitude, alors que je vais rejoindre mes deux affreux, un homme sort de nulle part et se rue violemment sur moi. Avant que je ne puisse réagir, il m’attrape par le collet et me jette contre un mur. J’ai les omoplates en mille miettes. Sa carrure fait deux fois la mienne, son regard trois fois ma haine, son haleine dix fois ma misère, je n’ai d’autre choix que de l’écouter. »

Tout au long du livre, les descriptions appuyées de ses sens éveillés de voyageur nous font ressentir l’air étranger, l’odeur du lointain et l’envie de partir prendre l’avion. Autres lieux, autres mœurs, l’auteur nous dépayse. C’est chaud et humide sur le bord du fleuve Amazone. Manu Militari conserve à peu près le même style d’écriture que dans ses chansons. Ce qu’il voit et ressent, c’est ce qu’il dit. Pas de dentelle, que du brut. Et c’est une formule gagnante à mon avis. Des détails de rencontres, de lieux, de moments parfois banals, mais qui étoffent, sans que ses descriptions viennent alourdir le récit. Le sourire de Leticia nous amène en voyage en 182 pages, sans toutefois que l’on se fasse dévorer par les mini-Dracula ailés.

 Le fil rouge tient à remercier Stanké pour son service de presse

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Un vent de nostalgie lui souffle parfois dessus, lui faisant revivre ses journées d’enfance passées avec un J’aime lire sous les yeux ou à manier son pousse-mine à composer des chansonnettes pour sa grand-mère Bernadette. Aujourd’hui bien campée dans la vie d’adulte sans trop l’être, lire et écrire sont restés pour elle synonymes de plaisir. Stéphanie a pris le chemin des sciences (elle est infirmière clinicienne) après un passage fort apprécié dans le domaine des arts & lettres. Depuis la fin de son récent bacc. du côté pragmatique, elle est ravie de (re)vivre enfin en lisant et écrivant ce qui lui plaît. Elle a un fort penchant pour le québécois contemporain, poésie ou romans, des essais ou encore pour son précieux guide des médicaments. Elle aime beaucoup voyager, le yoga, prendre des photos pas toujours réussies, cuisiner végé, le vieux punk, le classique et le sens du mot liberté.

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