Réflexions littéraires
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Triangle poétique – Pasternak, Tsvétaïeva et Rilke

<<Ils ont oublié que la seule chose qui soit encore en notre pouvoir, c’est de savoir ne pas déformer la voix de la vie qui résonne en nous. >> Pasternak

Correspondance à trois s’inscrit dans la liste des livres que j’ai lus pour une première fois il y a quelques années (soit pour l’école ou pour le plaisir, ici c’est dans le cadre d’un cours) pour lesquels j’avais ressenti une grande vague d’émotions et que j’étais curieuse de retrouver (le livre et les émotions). Correspondance à trois signe l’échange épistolaire entre trois grands écrivains du siècle dernier, soit Rainer Maria Rilke, Boris Pasternak et Marina Tsvétaïeva.

Boris Leonidovitch Pasternak, né le 10 février (29 janvier) 1890 à Moscou et mort le 30 mai 1960 à Peredelkino, près de Moscou, est un poète et romancier russe, lauréat du prix Nobel de littérature en 1958.

httpwww-ledevoir-comculturelivres445305pasternak-et-son-troublant-jivagoMarina Ivanovna Tsvetaïeva est une poétesse russe née à Moscou le 8 octobre (26 septembre) 1892 et morte à Ielabouga le 31 août 1941.

httpswww-franceculture-fremissionsles-nouveaux-chemins-de-la-connaissanceles-forcats-de-l-absolu-14-marina-tsvetaevaRainer Maria Rilke, né René Karl Wilhelm Johann Josef Maria Rilke, est un écrivain autrichien, né le 4 décembre 1875 à Prague, mort le 30 décembre 1926 à Montreux, en Suisse. Il vécut à Veyras (Valais) de 1921 à sa mort. Il est surtout connu comme poète, bien qu’il ait également écrit un roman, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, ainsi que des nouvelles et des pièces de théâtre.

httpfondationrilke-chrainer-maria-rilkelieux-valaisans-lies-a-la-biographie-du-poete<<La Correspondance à trois de Rilke-Tsvétaïeva-Pasternak constitue non seulement un fait littéraire exceptionnel, mais un fait tout court, surprenant par sa grandeur et par son intensité tragique. Tragique dans sa brièveté (quatre mois du milieu de 1926), interrompue qu’elle fut par la maladie et la mort de Rilke, tragique dans l’exaltation des passions qui s’y expriment. >>

Il m’était resté de ma première lecture, datant de 2009, l’image de la poésie-vie illustrée par Marina Tsvétaïeva. Pour moi, elle symbolise l’être-poète. Il n’y avait aucun compromis à faire contre sa poésie et elle ne voyait aucune différence entre sa vie et sa poésie. Elle était poésie, elle vivait en poésie. Il ressortait de cette relation entre la poétesse et sa poésie un élan violent envers la vie, mais aussi envers la mort. Mais pour elle, la mort était une manière d’accéder à une poésie pure. Je me souvenais aussi de l’amour de Tsvétaïeva envers Rilke, de l’amour de Pasternak envers Tsvétaïeva et de l’admiration de Pasternak envers Rilke.

<<Il y a des coïncidences qui jouent dans la destinée un rôle surprenant. >>

<<Le poète vit non aujourd’hui, mais toujours; non dans l’Histoire, mais dans le temps; non dans le monde contemporain, mais dans l’éternité : tel est le thème de ce quatrain (Rilke à Marina (extrait) au bas de l’article) à la lumière duquel il convient d’entendre sa conclusion : de l’homme qui porte la charge du don poétique, du <<poète>> dans l’<<homme>>. >>

Léonide Pasternak (artiste peintre et père de Boris Pasternak) apprend avec bonheur que son vieil ami Rilke est toujours vivant (après un silence de vingt ans), il lui écrit une lettre pour lui faire part de sa joie et il en profite pour lui parler de son fils Boris qui s’illustre par ses écrits. Rilke lui répond. Léonide partage son bonheur avec son fils : <<Je vais vous faire plaisir : je viens de recevoir une lettre de Rilke, une très précieuse lettre qui va vous combler […] >>  <<Pour Boris Pasternak, l’effet fut foudroyant. Il traversait, sur le fond de désorganisation de la vie pratique qui sévissait alors à Moscou, une période d’insatisfaction de soi aiguë et d’angoisse; la nouvelle que Rilke était vivant et connaissait son existence fut comme la voix du destin clamant que, même après la chute de l’Europe d’avant-guerre, la vie de l’esprit demeurait intacte dans ses manifestations les plus hautes et que dans le monde partagé, le fonds commun capable d’engendrer la poésie comme quelque chose de vivant, de naturel, demeurait entier. >>

Pasternak n’écrit à Rilke qu’une seule fois, pour lui demander d’entrer en contact avec Tsvétaïeva. <<Maintenant, c’est comme si j’étais né de nouveau. Grâce à deux hasards. J’ai déjà parlé du premier. Il me rend muet de reconnaissance; tout ce que j’en écris n’est rien mesuré à ce que je ressens. Permettez-moi de parler aussi de l’autre, d’autant plus que j’ai éprouvé les deux comme liés ensemble, et qu’il s’agit d’une poétesse […] Cette poétesse est Marina Tsvétaïeva, une poétesse-née, un grand talent […] Permettez-moi de considérer l’exaucement de ma prière pour Tsvétaïeva comme une réponse de vous, le signe qu’il me sera permis de vous écrire à l’avenir. D’une réponse directe, je ne puis seulement rêver. >>

Tout au long des échanges, nous ressentons une forte tension. Rapidement, une grande inquiétude se fait ressentir chez Pasternak, lorsqu’il se sent exclu de la relation qu’il a lui-même créée, celle entre Marina et Rilke. Il éprouve une immense affection pour Marina, Boris appuie à plusieurs reprises sur l’idée qu’il aimerait la revoir. Ils entreprennent d’aller tous les deux à la rencontre de Rilke. Marina ne fait rien pour accélérer sa rencontre avec Pasternak, mais elle aimerait être avec Rilke, bien que pour elle, les échanges au niveau de l’âme valent plus que celles des corps.

<<Quand je mets les bras autour du cou d’un ami, c’est naturel; quand je le raconte, ça ne l’est plus (même pour moi!). Et quand j’en fais un poème, cela redevient naturel. Donc, l’acte et le poème me donnent raison. L’entre-deux me condamne. C’est l’entre-deux qui est mensonge, pas moi. >> Tsvétaïeva

À travers les poèmes, les échanges sur la vie et sur la poésie, ressort de cet ouvrage dense et riche une émotion palpable. On s’attache aux personnages, aux fictions qui se créent dans les lettres, tellement que l’annonce de la mort de Rilke, (j’ai lu ce passage au milieu de la nuit) m’entraîne dans un deuil de quelques jours, en support à Marina et Pasternak (qui réagissent tout à fait différemment l’un de l’autre).

Dans une lettre de Tsvétaïeva adressée à Pasternak : <<Tu es le premier à qui je mentionne cette date. Boris, il est mort le 30 décembre, non le 31. Encore un coup manqué de l’existence. La dernière et mesquine vengeance de la vie contre le poète. >>

Je vous conseille 1000 fois la lecture de cette correspondance unique, on trouve rarement une force poétique aussi vive que dans le bref échange de ces trois êtres. J’espère avoir éveillé votre curiosité. Si vous ne connaissez pas déjà Marina, Rilke et Pasternak, Correspondance à trois est toute une entrée en la matière pour saisir l’étendue de leur dévouement à l’écriture et à la pensée poétique.

Rilke à Marina (extrait)

Nous nous touchons, comment ? Par des coups d’aile,

par les distances mêmes nous nous effleurons.

Un poète seul vit, et quelques fois

vient qui le porte au-devant de qui le porta.

 

Correspondance à trois, Rainer Maria Rilke, Boris Pasternak, Marina Tsvétaïeva, Recueil établi et préparé par Constantin Azadovski, Eugène et Hélène Pasternak, Éditions Gallimard, 1983, pour la traduction française.

Biographiees tirées de Wikipédia.

Photographie de Marina Tsvétaïeva : franceculture.fremissionsles-nouveaux-chemins-de-la-connaissanceles-forcats-de-l-absolu-14-marina-tsvetaeva

Photographie de Rainer Maria Rilke : fondationrilke.chrainer-maria-rilkelieux-valaisans-lies-a-la-biographie-du-poete

Photographie de Boris Pasternak : ledevoir.comculturelivres445305pasternak-et-son-troublant-jivago


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Louba-Christina Michel est une passionnée. Elle écrit depuis qu’elle sait comment faire et même avant, dans une sorte d’hiéroglyphes inventés. Et dessine depuis plus longtemps encore, elle a dû naître avec un crayon dans la main. Elle est transportée par tout ce qui touche à la culture et dépense tout son argent pour des livres et des disques (hey oui!). Elle prend beaucoup trop de photos de son quotidien, depuis longtemps. Des centaines de films utilisés attendent d’être développés dans des petites boîtes fleuries. Sa vie tourne autour de ses grandes émotions, de ses bouquins, de l’écriture, de l’art, du café et maintenant de sa chatonne princesse Sofia. Après une dizaine d’années d’errance scolaire et de crises existentielles, entre plusieurs villes du Québec, elle est retournée dans son coin de pays pour reprendre son souffle. Elle travaille présentement à un roman et à une série de tableaux.

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