Féminisme
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GUÉDAILLES : ce zine féministe tellement nécessaire

Chaque mois, je salis tout ce qui touche à ma vulve. Mes bobettes blanches, vertes, roses sont tachées de rouge, comme si je les avais embrassées avec la plus grande passion. – Les Panthères rouges, GUÉDAILLES, p. 8.

En célébrant le corps féminin et en détabouisant ses fluides, le premier fanzine du collectif subversif non mixte Les Panthères rouges, sauvagement intitulé GUÉDAILLES, nous offre une belle raison de faire gicler notre rage sur le patriarcat d’une voix forte et solidaire. D’une quarantaine de pages, ce zine réunit les voix et les images d’une quinzaine d’artistes désireuses d’essuyer du revers de leurs griffes les litres de male tears qui ne cessent de couler sur nous toutes. Dans le cadre d’une courte entrevue virtuelle, les Panthères – trio composé de Catherine Dupuis, Kim Venn et Stéphanie Roussel – expliquent que l’élément déclencheur derrière la création de leur collectif fut l’Ostie de grosse soirée de poésie subversive organisée par la revue littéraire Main Blanche dans le cadre de la grève de 2015. Mais depuis, pourquoi ce nom les Panthères rouges?

S : Comme nous n’avions pas non plus envie de revendiquer un nom, que nous voulions seulement en parler à travers une voix qui nous serait commune, nous avons choisi de nous surnommer, pour l’occasion, les Panthères rouges. Pourquoi ce nom? Il y a une part d’animalité, de sauvagerie (d’humour aussi) dans la façon dont nous désirons aborder ces thèmes. On veut s’approprier la posture de la folle, de l’hystérique, une désinvolture farouche (qui nous représente aussi hors de la scène). On aime aussi particulièrement la figure du félin : son indépendance, son rapport avec la vulve (la chatte), le fait qu’on est de fières crazy cat lady. 

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Crédit photo : Kim Venn

 

Au début de leur aventure et à la suite d’une performance au Bistro de Paris, plusieurs messages de femmes furent envoyés aux filles afin de les remercier pour leurs mots. Elles se sont alors dit qu’il y avait un réel besoin de prise de parole au niveau du féminisme et des tabous corporels féminins. Comme Stéphanie le précise : Ça l’a fini par former la belle bête dont nous sommes fières, et à laquelle Kim s’est jointe pour offrir un rendu visuel. On veut s’ancrer dans la monstration, accompagner le texte d’une image ou d’une voix et d’un corps.

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Crédit photo : @la.racine/Instagram

 

Derrière ce besoin criant de dénoncer la sacralisation du corps féminin, les Panthères ont voulu faire de leur zine un immense porte-voix permettant à d’autres d’enfin sortir leurs crocs. Puisqu’aucune femme ne possède un vécu similaire, Catherine explique que : Ce zine n’est pas le nôtre. C’est celui des artistes qui l’ont bâti avec nous. Nous voulons continuer à faire des performances et autres projets à trois, à jouer avec nos propres limites. À nous défier. Mais nous voulons aussi être inclusives. Nous ne pouvons pas (et ne devons pas!) parler au nom des autres. C’est pour ça qu’au travers de nos projets plus personnels, nous voulons en faire de plus communautaires. Alterner l’intime et le collectif. Que ce soit le zine, nos cartes de St-Valentin, de futurs ateliers d’écriture. Notre inclusivité reste encore imparfaite, trop collée à notre réseau sans doute. Nous n’avons pas encore collaboré (et c’est une honte) avec des artistes racisées. Nous réfléchissons aux façons de construire des ponts entre les communautés, c’est-à-dire à construire un projet qui leur parlerait, dans lequel elles auraient véritablement envie de s’impliquer. C’est une aventure assez difficile à vivre tou-tes ensemble, à vivre toujours sur la limite, mais dans le respect des autres. C’est une aventure nécessaire toutefois qui doit se bâtir sur une confiance mutuelle et un dialogue constant. Nous ne voulons pas prendre une position autoritaire par rapport à ces autres voix. Pour nous, le zine est un projet qui prend part à ce que nous faisons à trois, sans lui être subordonné. Stéphanie complète immédiatement : Les Panthères rouges n’existeraient pas sans le soutien des autres, si on care pas pour l’autre.

Lire GUÉDAILLES, c’est lire des femmes qui s’expriment sur des sujets comme la sexualité, la pilosité, les menstruations, la masturbation, le rapport au corps, etc. Évidemment, l’entièreté de l’œuvre repose sur une vision féministe, puisque terriblement nécessaire. Selon Stéphanie, Le féminisme, c’est entamer une réflexion sur soi et sur ses privilèges. C’est le début d’une déconstruction […] nous avons tou-tes été socialisé-es à normaliser certaines agressions sexuelles [et] il y a des gestes violents que nous posons inconsciemment (et d’autres consciemment, mais c’est une autre histoire). Avoir une pensée féministe, c’est travailler à les questionner, à les pointer, à les call out pour dénouer tout ça. Elles savent qu’elles dérangent, mais elles savent également qu’il est essentiel – plus que jamais! – de remettre en question les comportements misogynes, sexistes, homophobes, transphobes que nous avons. Et ça, comme le précisent les Panthères, ça ne passe pas seulement dans l’idéal d’une égalité, ça passe dans la valorisation et l’écoute de ces communautés.

Évidemment, je vous invite fortement à encourager ce magnifique collectif en vous procurant le zine. Pour une critique plus axée sur l’œuvre, je vous conseille de lire le billet de Marie-Pier Lauzon pour L’Artichaut Magazine. Et si vous voulez suivre les Panthères rouges, c’est ICI.


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C’est maintenant vingt-deux hivers que Marie-Hélène a vu passer et c’est toujours avec son cœur d’automne qu’elle les affronte. Elle en est à sa deuxième année au baccalauréat en Études littéraires à l’UQÀM. Elle aurait très bien pu faire son BACC en cinéma, puisqu’elle adore tout ce qui entoure ce milieu, mais elle a préféré se concentrer sur son doux amour de toujours : la littérature. Très heureuse dans son 4 ½ Hochelaguien, entourée de son amoureux Anthony et de son chat Cyrano (ou Bébé, pour les intimes), elle s’occupe en cuisinant tout en buvant du vin, ou bien en lisant un peu n’importe quoi. Les mots de Plath et de Ducharme restent ceux qui ont le plus bercé son imaginaire et c’est dans la poésie et les romans graphiques qu’elle savoure le plus son expérience littéraire. Féministe, elle apprécie énormément la maison d’édition Remue-Ménage pour ses œuvres puissantes et conscientisées.

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