Littérature étrangère
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Les sorcières de la république : Le délire littéraire de Chloé Delaume

Mon premier contact avec Chloé Delaume se fit dans un cours de littérature et psychanalyse avec son livre Le cri du sablier. Un autofiction propre à l’auteure, au style singulier, à la symbolique forte. L’autofiction, c’est vraiment la niche dans laquelle c’est posée Delaume, ayant même écrit des essais sur le sujet. C’est pourquoi plusieurs furent peut-être surpris à la sortie de son tout dernier roman, Les sorcières de la république. Roman qu’elle appelle son premier, puisque, pour la première fois, elle s’extirpe du soi pour plonger tête première dans la fiction.

Avec Les sorcières de la république, Delaume n’a pas fait les choses à moitié. C’est la France entière qu’elle a mise en fiction dans cet ovni littéraire. Pour faire une histoire courte, on y raconte le procès de la Sybille, conseillère des déesses grecques, une cinquantaine d’années après qu’elles aient pris le contrôle de la France. Après une fin du monde qui n’eut jamais lieu (en 2012), les déesses décidèrent de reprendre le pouvoir en créant le parti du cercle, un parti politique féministe qui, après trois ans, implosa. La France entière vota donc ensuite pour un grand blanc, une amnésie collective leur permettant d’oublier ces trois années maudites. Ce n’est que longtemps après qu’on fera le procès de l’entièreté du mouvement, sur le dos de la Sybille, seule figure survivante et prête à raconter l’histoire.

Vous êtes déjà perdu, essoufflé? Ce n’est pourtant pas tout. L’entièreté du roman est construit comme un bulletin télévisuel futuriste où une animatrice fait le point sur des mondanités et dans lequel on nous présente à la fois des pièces à convictions, des échanges de courriels et des « pauses télévisuelles » pour nous relaxer les neurones.

Oui, c’est un roman très étrange. C’est un roman dont j’ai sauté quelques pages qui s’étiraient, dont je n’ai clairement pas tout compris, mais pourtant, j’ai apprécié ma lecture. Bien que, à mon avis, Delaume pousse un peu trop loin son concept et se perd parfois dans ses idées, son roman est en fait une grande critique sociale où se côtoient modernité, politique, culture populaire et féminisme, le tout proposé de manière très dérisoire. Je crois que c’est le type d’ouvrage qu’il ne faut pas trop prendre au sérieux, acceptant le délire qui y fuse de toutes parts.

J’ai apprécié parce que le concept, l’idée et la façon dont l’histoire est apportée et construite sont géniaux et réfléchis, ça déborde d’absurdité, d’humour, d’imagination et c’est justement ce qui rend ce roman divertissant. Je crois qu’il faut faire preuve d’un véritable talent d’écriture pour être capable de divaguer autant tout en offrant, comme produit fini, quelque chose qui se tient et qui frappe.

Pour vous en donner une petite idée, je vous laisse avec deux extraits qui, à mon sens, représentent bien la dualité absurdité/critique sociale présente dans Les sorcières de la république.

Échange de courriels entre Artemis et Jésus Christ :

Mon père ne peut pas se remettre de la disparition d’Allah, encore moins à présent qu’il n’y a plus de plan, de Nouvelle Jérusalem, et que le Jugement dernier s’applique grâce à des algorithmes inventés par Mark Zuckergerg. La semaine prochaine, mon père a rendez-vous avec Raël, le manager de Justin Bieber et les représentants du Pastafarisme, et il dîne vendredi soir avec BHL (Bernard-Henri Lévy)

La Sybille qui parle de la verbothérapie (méthode de coaching développée par le parti du cercle) :

L’objectif, c’est d’utiliser la puissance de la langue pour se réapproprier sa capacité d’action. Modifier le réel par les mots, au-delà du Dire, c’est faire, donc du performatif. Envisager son existence comme une phrase, résumée, épitaphe. Écrite, fixée, figée par d’autres. Envisager sa mutation par la prise en main de cette phrase. Dans cette phrase où vous êtes avant toute chose un adjectif, incapable de conjuguer votre moi comme vous le souhaitez.

Finalement, je crois que ce sont les mots d’autrui qui sauront le mieux mettre un terme à cet article et dire ce que je pense de ce roman, sans détours.

L’auteure épingle avec un humour grinçant les travers de notre société: la politique spectacle, l’info en continu, l’hyperconnectivité, la crise européenne, et surtout, l’éternelle domination masculine et le manque de solidarité entre les femmes. Elle prolonge son questionnement sur l’identité, à l’échelle collective cette fois. […] Hilarant, audacieux et poétique, Les Sorcières de la République s’adresse à celles et ceux qui veulent changer les choses. Pour qui croit au pouvoir des mots, ce roman agira comme un envoûtement.  

http://laregledujeu.org/2016/08/29/29740/les-sorcieres-de-la-republique-la-conversion-de-chloe-delaume/

Le fil rouge tient à remercier Dimédia pour ce service de presse .

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Curieuse depuis toujours, Marjorie s’intéresse à un peu tout, avec un penchant marqué pour les mots, le féminisme, les phénomènes de culture populaire et les mystères de la vie. Elle est bachelière en littérature et cofondatrice du Fil rouge, à travers duquel elle tente de faire son petit bout de chemin, lire le plus possible et surtout, apprendre et connecter avec les autres. Naviguant tant bien que mal à travers la vingtaine, elle trouve ses assises dans la lecture et l’écriture, cherchant toujours à comprendre un peu mieux les contradictions qui rendent la vie intéressante. Elle croit que la littérature fait partie de ces choses qui peuvent changer une vie, la rendre un peu plus douce et mettre un baume là où il faut.

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