Auteur : Marjorie Rhéaume

Ode à ces livres qui prennent la poussière

C’est en cherchant un sujet pour mon prochain article – je n’avais pas fini le livre sur lequel je voulais écrire- que je me suis penchée sur tous ces livres non-lus dans ma bibliothèque. Peut-être que, si je leur avais accordé plus de temps, que j’en avais lu quelques uns de plus, je ne serais pas éperdument à la recherche d’un sujet d’article, dernière minute, pour prendre la place de ce livre qui ne m’allume pas. Je me suis mise à réfléchir à tous ces livres qui prennent la poussière dans mes étagères, qui prendront de l’âge avant même que j’aie le temps de les ouvrir, à quoi bon les conserver? Vais-je vraiment les lire un jour? Pourraient-ils trouver une meilleure maison chez d’autres lecteurs.trices?  Est-ce simplement une question d’esthétique? Pour donner l’impression d’en avoir plus? Laissez-moi vous dire que j’avais du temps devant moi pour me mettre à sur-analyser tout ça.  C’est aussi  parce que j’aime bien réfléchir au livre en tant qu’objet et à son importance et sa présence matérielle que je me suis arrêtée à ces questions. Ce …

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Brasser le varech : parcours d’une fille estuaire

J’ai toujours entretenu un rapport plutôt froid avec la poésie. Ce n’est simplement ni naturel, ni instinctif pour moi de me diriger vers les vers (!!), je me dirige toujours vers les récits, la prose, les essais. N’empêche que mon désir de découverte est grand et que, cet automne, je me suis donné comme défi personnel de lire quelques recueils, question d’espérer tomber sur quelque chose qui m’allumerait ou bien qui me confirmerait que la poésie, ce n’est tout simplement pas pour moi. Ça fait que, si j’écris cette critique, c’est évidement parce que je suis tombée sur quelque chose qui m’allume. Ce quelque chose, c’est le recueil Brasser le varech de Noémie Pomerleau-Cloutier. Brasser le varech est un recueil intime, contemplatif, fort, bercé et supporté par la nature. Je l’ai lu une fois, puis une seconde fois, à voix haute. Je pense que j’ai trouvé, dans le fait de lire tout haut, une façon de mieux apprivoiser la poésie, d’en comprendre les nuances, les intonations, ce qui se cache dans l’espace entre les mots. En 5 …

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Un jour je te dirai tout : récit d’une fulgurante passion

Un jour je te dirai tout de Brigitte Haentjens est une petite plaquette de 105 pages chargée de passion, de sensualité, de désir. C’est un roman qui se lit d’une traite et qui, je vous préviens, comporte énormément de scènes qui, comme le mentionne le quatrième de couverture, «explore les états limites de la sexualité». Le point focal du roman est cette passion des corps qui anime les deux protagonistes et l’auteure prend un plaisir certes à détailler cette faim. Sans trop d’ancrage ni dans le passé ni dans le futur, on se retrouve plutôt dans le présent d’une fortuite rencontre entre Elisa, Parisienne, et Olav, Montréalais d’adoption. C’est dans une Islande qu’on reconnaît, sans qu’elle ne soit nommée, que les deux personnages brûlent, l’un pour l’autre, d’un désir qui n’en finit jamais d’être assouvi. L’appel de la chair est constante, mais au-delà des corps se trouve aussi bien autre chose. Un besoin de l’autre, un désir de partage constant, un ancrage, quelque chose de plus fort qu’eux. À travers ces moments charnels qui habitent …

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Une toile large comme le monde : entre virtualité et réalité

Et s’il était possible de couper l’internet ? Pas seulement en désactivant son Wi-Fi, non. En déconnectant la terre entière de la toile. Le feriez-vous ? C’est ce que propose Aude Seigne dans son troisième roman, Une toile large comme le monde. Lentement, chapitre après chapitre, elle met en place une multitude de personnages modernes, tous dépendants, d’une façon ou d’une autre, de la technologie. Les personnages sont variés, intéressants et indubitablement dans l’ère du temps. (C’est bien l’une des premières fois que je lisais une auteure qui parlait de Pinterest et de la série Mr. Robot dans un roman.) C’est à travers le trio amoureux formé par Oliver, Evan et June; la programmeuse Pénélope;  l’adepte de jeu vidéo et de Youtube Lu Pan; et la militante pour un internet vert, Brigit, que se construit ce récit. Alors qu’on navigue, durant la première moitié du roman, à travers les différents personnages, on sent bien que les questions s’immiscent en eux, qu’ils se mettent tous, indépendamment l’un de l’autre, à se questionner sur l’influence de la grande toile sur …

The mother of all questions : Le féminisme de Rebecca Solnit

Rebecca Solnit, c’est un peu ma découverte de 2017. Je la trouve intelligente, posée, nuancée et tranchante à la fois. Elle m’impressionne sans cesse par sa prose et par la manière excessivement intéressante qu’elle a de mélanger histoire, actualité, statistiques, faits, art, littérature, environnement, politique, sociologie et j’en passe. Bien que je sois loin d’avoir lu l’ensemble de son œuvre, elle a quand même 17 livres à son actif, je crois quand même pouvoir affirmer qu’elle est une essayiste et une auteure fascinante qui mérite d’être lue. J’étais donc bien heureuse de retrouver sa plume dans son tout dernier essai : The mother of all questions, présenté comme une suite à son plus populaire — et controversé — livre qui popularisa le terme « mansplaining » : Men explain things to me. Une suite logique The mother of all questions est véritablement une suite au premier recueil d’essais féministe de Solnit. On y retrouve le même ton, le même humour, les mêmes thématiques. Très souvent, l’auteure s’attarde à la violence faite aux femmes. Au viol, à la violence conjugale et, plus …

Larguer les amours; la rupture sous toutes ses coutures

En juin, j’ai vécu une rupture plutôt difficile – lesquelles ne le sont pas, tsé – quoi que nécessaire. Depuis, mes lectures semblent teintées par celle-ci. J’ai le goût de lire des essais qui parlent d’indépendance, de désir, de vie, de liberté. De me plonger dans les histoires des autres pour mieux comprendre la mienne. De lire les opinions et réflexions de femmes qui m’inspirent pour me sentir un peu moins seule, me comprendre un peu mieux et, bien sur, mieux comprendre le monde qui m’entoure. Larguer les amours, c’est un peu tout ça. Ce sont 20 textes sur le thème de la rupture, mais d’abord et avant tout sur la beauté et sur la complexité des rapports humains. Vingt femmes couchent sur papier leurs déboires amoureux. Elles sont écrivaines, poétesses, scénaristes, dramaturges, journalistes. Elles ont l’écriture dans le sang, et le sang qui s’enflamme pour des amours foutus d’avance.   Larguer les amours, ce sont des variations sur le thème de la rupture, l’exploration de cet instant cru, brutal, fou, de cette fois où …

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L’unE pour l’autrE : ensemble, envers et contre tous

Il y a quelques mois, nous avions reçu, en service de presse, un roman graphique bien intrigant. D’un trait foncé, gras, au plomb, l’œuvre de l’auteure et illustratrice Hilding Sandgren m’avait alors transportée dans l’univers de trois pré-adolescentes aux sens éveillés qui ne savaient pas encore faire la différence entre jeux d’enfants, caresses non-désirées et limites. C’était fort et doux à la fois, violent et touchant. J’ai donc été agréablement surprise lorsque nous avons reçu la suite de Ce qui se passe dans la forêt, L’unE pour l’autrE. Dans cette suite, on retrouve les trois mêmes personnages, quelques années plus tard. Aïda, Marlène et Tess ont 16 ans et font l’expérience de la vie, ensemble ou chacune de leur côté. Encore plus que dans le premier tome, c’est l’amitié qui a le rôle principal. Une continuation  J’avais quelques réticences, sachant que la mauvaise traduction très franchouillarde m’avait déplu auparavant. Ce fût aussi le cas dans l’unE pour l’autrE. C’est destiné à un public très européen et ça parait. Mais bon, une fois qu’on s’y attend, on …

S’appartenir(e) au féminin, sous toutes ses formes

S’appartenir(e) est une petite plaquette qui me faisait de l’oeil depuis un bon moment déjà. Publiée dans la collection « pièces » chez atelier 10, s’appartenir(e) se décrit ainsi ; Jouissif et décomplexé, «S’appartenir(e)» rassemble les paroles de neuf auteures. On y parle de notre façon d’être moderne et préhistorique à la fois. De notre rapport à l’éducation. De cette foutue question du pays qui se pose encore bizarrement. De nos paradoxes si multiples. De l’Histoire. Celle qui s’écrit. Celle qui nous échappe parce que trop peu enseignée. Celle des peuples autochtones encore mal comprise. Celle qui nous définit. On y parle des nuances qui s’évaporent dans les brumes de l’inconscience collective. C’est le thème de l’appartenance à soi-même, d’abord et avant tout, qui est venu me chercher. C’est ce jeu entre politique et privé tout comme ce jeu entre les formes et styles utilisés, qui a par la suite su garder mon attention. Le collectif. Avec le temps, force est d’admettre que je suis de plus en plus fan de collectifs. J’aime la pluralité des voix, …

Les luttes fécondes : pistes de réflexion pour la déconstruction des institutions

Je n’avais pas vraiment prévu lire cet essai. Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être parce que ma PAL déborde déjà de livres qui n’attendent que d’être ouverts. Le 12 août, à la librairie de Verdun, il m’est pourtant tombé dans l’œil et, tout à coup, je ne pouvais plus faire autrement que de l’acheter et de le lire. L’idée de « [l]ibérer le désir en amour et en politique » me semblait bien intéressante. C’est donc avec curiosité que je me suis lancée dans Les luttes fécondes de Catherine Dorion. En politique comme en amour, nos énergies sont, la plupart du temps, soigneusement contenues à l’intérieur de cadres qui « organisent » les liens qui nous unissent, et qui empêchent les révolutions de prendre pied. Le couple. Nos institutions politiques. Les élections. Ce livre parle du désir qui cherche à s’exprimer entre deux (ou cent-mille) personnes, et de ce qui a été mis en place pour le garder emprisonné. Ce livre est un plan d’évasion. À la fois sur le plan personnel et politique, Catherine …

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Grand fauchage intérieur ; une technique de judo pour réapprendre à vivre

Tout juste arrivé en librairie – le 22 août- Grand fauchage intérieur est le premier roman – après deux recueils de poésie – de l’auteure Stéphanie Filion. Jeanne est photographe. Elle fait un bref séjour au Liban, une semaine seulement, pour terminer un travail sur les cimetières qu’elle mène depuis plusieurs années. À sa descente d’avion, il y a bien sûr l’éblouissement du soleil, la chaleur étouffante, les cicatrices de la guerre, en plus de ce drame qu’elle cache bien profondément à l’intérieur d’elle-même. Mais il y a aussi l’accueil enveloppant, insistant, des Levantins, leur goût pour les parfums et les mets raffinés, entêtants, et il y a Julien. Le grand fauchage intérieur c’est, d’abord et avant tout, une technique de  judo, aussi appelée O-Uchi-Gari qui elle consiste en un  » fauchage de la jambe du partenaire sur un déplacement arrière en passant par l’intérieur. » – Selon wikipedia. D’à peine 200 pages, ce roman porte pourtant tellement de grandes choses en ses mots. Jeanne traine sur son dos le drame d’une perte et essaie de continuer …