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Mieux se comprendre la peau, du dehors par dedans

Si vous avez un humain à découvrir cette semaine, c’est David LeBreton ! Coup de cœur assuré ! Anthropologue et sociologue français, LeBreton analyse, dissèque, cherche, propose tout et plus encore autour de l’être humain, sa mécanique et ses composantes.

Dans « La peau et la trace, sur les blessures de Soi », il propose le corps comme une matière d’identité. Avec plus de quatre cent entretiens auprès de jeunes adultes, il nous propose diverses raisons de mise en jeu de notre peau et ce qu’on en fait. Ok, c’est flou pis un peu weirdo… j’arrive, j’arrive !

Roméo Castellucci (oh, tellement le 2e humain que tu devrais découvrir cette semaine !) disait qu’un stigmate que l’on porte devient plus fort encore que soi. Il finit par nous définir tout entier, il prend le premier pas sur l’être que nous sommes. Ce livre suit le même train de pensées. Est-ce que choisir de s’exprimer avec sa peau, son corps est signe d’un manque de langage? D’un manque de désir de langage? Altérer son propre corps, ne serait-ce pas amener le discours à un autre niveau? N’est-ce pas ce corps qui reçoit en premier lieu les impasses relationnelles? À défaut de pouvoir changer le monde ou les gens autour, changeons-nous nous-même…! Serait-ce possible que notre identité ne soit pas uniquement formée de nos souffrances ? L’est-elle à nos yeux? (Je vous le dis d’emblée, vous n’aurez pas de réponse à ces questions, ce sont mes propres interrogations suite à mes nombreuses lectures et relectures… mais c’est ce qui est nourrissant dans ce genre de lecture, les questions ne sont-elles pas toujours plus intéressantes que les réponses en soi?)

Psycho-pop… non merci !

Loin d’être un livre de psycho-pop, l’auteur nous propose des réflexions au premier niveau (niveau concret de la peau). Ce court livre (à peine 144 pages) divisé en plusieurs chapitres réfléchie les diverses façons de « vivre » sa peau pour les jeunes adultes actuels que nous sommes. Jeunes comme plus vieux, notre Leit motiv est encore et toujours la quête de sens. Ce qui explique sans doute qu’aujourd’hui, nous nous efforçons tant physiquement que symboliquement à perfectionner cet « autre » qu’on présente aux gens autour. Ce livre est actuel et, je crois, le sera encore un bon moment.

La vie nous laisse des marques, parfois nous nous laissons nos propres marques, pour se rappeler, pour ne jamais retourner… ces marques identitaires disent toutes la même chose, peu importe l’altération faite au corps. Il existe une énorme différence entre avoir un corps et posséder le corps que nous avons. Un moment charnière dans la vie de chacun signe ce passage si important. Ce corps que parfois nous voudrions différent, est ce que nous avons en commun avec le monde, il est notre outil premier pour le contact avec l’autre. Je crois que nous sous-estimons l’importance de la peau !

Y’a des limites à entrer en contact avec l’Autre

Il serait impossible d’aborder la peau comme surface miroir de Soi et offrande à l’Autre sans que LeBreton dresse l’anthropologie des limites du même coup. À la lecture des nombreux cas présentés dans le livres, la notion de limites vous arrive assez rapidement. Certains pourront avoir quelques sensibilités selon vos expériences de vie (voir à lire les intitulés de chapitre pour éviter les mauvaises surprises.)

« L’ouverture de la peau est une paradoxale respiration ». D.L.

(chapitre sur les artistes qui utilisent leur corps comme matière)

 

Ma non expérimentation de ma propre peau

Je n’ai pas vécu ce genre de relation avec ma peau à moi. J’ai eu des gestes réfléchis pour inscrire sur ma peau des symboles et y faire quelques trous qu’une fois rendue adulte. Mais j’ai eu la chance d’être ado dans les ’90s. Dans une société qui valorise à ce point l’apparence, qui tend vers des corps parfaits, dans des décors parfaits, les dictas Occidentaux poussent-ils à profaner ce corps ? Quel effet cela aura t-il dans quelques années ? LeBreton pose les questions.

 

« … j’ai toujours eu mal à faire seconde peau avec autrui,

répétant l’amour… à me perdre… penchée.

Amas de moi, … la main, le bras… maintenant le visage,

mes issues remplies de regards offerts non reçus,

À coup de fenêtres forcées, répétant l’amour… »

extrait texte personnel, Audrey Desrosiers

Parfois difficile de se la bouger

Nombreuses sont les contraintes à exister, à la bouger, cette peau, et traîner nos traces qui nous rendent uniques. Dans un autre ouvrage, l’auteur aborde le thème « de la blancheur », expression créée pour ces jeunes qui vivent sur les routes, leur permettant d’être quasi-transparents. Sentiment qu’avec notre simple peau, malgré un toit sur nos têtes et un emploi, il nous arrive de ressentir cette « blancheur » de vie. LeBreton arrive à créer des termes qui font écho pour notre génération, enfin pour moi. Je suis sortie de ces lectures et relectures éclaircie, éclairée, il me fût d’un grand support à faire sens avec ce sur quoi je ne m’étais jamais arrêtée.

La peau c’est majeur, c’est notre limite à l’autre, au réel ! Avec le rythme de la vie, cet arrêt-sur-image pour en déconstruire chaque composante m’a redonné le souffle nécessaire pour me poser et honnêtement regarder. Cette composante presque absente parce que tellement là, reprend les multi-dimensions qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Poésie de l’être, poésie de son propre corps, quelles traces j’y ai posées, lesquelles ont été imposées?

Retrouver l’élémentaire de soi, s’y comprendre la peau. Pour une fois, se chercher le dehors par dedans…ça m’a fait le plus grand bien !

Quelques titres si jamais vous avez aimé celui-ci :

 

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Audrey Desrosiers allie la musique, la danse, le théâtre, les performances, les arts visuels, les installations photos et les essaies littéraires. Un même sujet de recherche, plusieurs langages utilisés. Elle propose une réflexion sur la dématérialisation des limites personnelles, le corps et ses représentations, la distanciation du Soi et des territoires communs entre ceux-ci. Comment entrer réellement en collision avec soi, avec l’Autre. Elle est surtout, une lectrice passionnée et désobéissante depuis son plus jeune âge. Elle apprécie les lectures d'horizons parfois moins fréquentés. Hypersensible et exubérante, elle reçoit les mots avec son corps puis apprécie transmettre le tout avec des images bien à elle ! Elle est également la fondatrice du blogue artistique Inside and somewhere else.

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