Auteur : Audrey Desrosiers

Les filles en série… lecture obligée d’été

Enfin! J’ai attendu, attendu cet essai de Martine Delvaux, heureuse de constater qu’il était en si grande demande à la Grande Bibliothèque. L’attente aura valu la peine… c’est percutant, intelligent, nécessaire et soulevant! Beecroft, Pussy Riot ou Femen sont à ma mémoire celles qui refusent cette assimilation « en masse », ce polissement du nombre. Avec ces analyses et zoom in sur plusieurs faits et représentations que nous ne voyons plus tellement ils nous ont été surreprésentés, Delvaux remue notre laisser-faire, laisser-aller, notre acceptation comme évidence d’aplanissement du genre. Avec tout ce poids du nombre, ne pourrions-nous pas en faire quelque chose de grand et de puissant? Pour avoir un futur, il faut avoir une histoire Peut-être que ce livre devait être la suite logique de mes lectures, après Le bal des absentes par Amélie Paquet et Julie Boulanger. L’élément déclencheur pour cet essai fut le traitement différent des sujets féminins vs masculins lors des manifestations étudiantes de 2012. Nous ne nous en sortons pas : autant dans la littérature que dans les médias actuels, …

Quand les fibres textiles racontent le devoir de mémoire

Armoire aux costumes, Charles Sagalane Toute une bête qu’est cette publication d’à peine 177 pages. Je ne peux même pas catégoriser la chose! Présentée tel que faisant partie d’un projet qui s’insère dans un vaste édifice littéraire : le Musée Moi… par ses moyens indisciplinaires! Ça situe déjà l’aventure. D’abord intéressée par la relation aux textiles sur le devoir de mémoire et comment ils peuvent altérer notre relation au monde, à soi, aux autres, j’abordais donc cette œuvre avec mes préalables… totalement à l’ouest! Je crois que c’est ici que réside sa grande force, proposer un territoire commun, connu pour nous emporter loin, très loin! J’ai adoré l’aventure! En voici la structure! Commencer par le dessert Joint à cette parution, un carnet rose intitulé Choses qu’on ne porterait jamais, expérience du vêtir. Ma copie numérotée 63/73 commençait comme suit : bas de nylon chemise verte pantalon avec de « l’eau dans cave » mini-jupe extensible … crocs J’ai évidemment amorcé cette rencontre avec l’univers de Sagalane par la fin, par ce carnet qui au final… …

Comment « Journal d’un morphinomane » a bien failli avoir raison de moi!

J’ai dû m’armer de patience pour parvenir à mettre la main sur Journal d’un morphinomane à la BAnQ. Le précieux livre m’est donc parvenu… et son effet fut plus que surprenant! Auteur anonyme, entouré d’un certain halo de mystère… jusqu’à ce qu’on amorce la lecture. En avant-propos, on nous explique que ce document fut publié en 1896 (ce n’est pas une faute de frappe… 1896, donc il y a 121 ans!) dans une revue médicale : Archives d’anthropologie criminelle, de médecine légale et de psychologie normale et pathologique, pour être très exacte. Publiée, donc, comme vous le devinez sans doute, par un médecin. Pourquoi ce journal d’un drogué mérita-t-il de paraître dans cette revue médicale? Parce qu’il fut écrit par un vrai médecin! OK… les romantiques dans la salle viennent illico de voir une splendide image de Clive Owen dans The Knick, non? OK pour les autres… C’est moi qui régale : Source : The Knick Alors, tout comme le médecin du livre, cette image de Clive représente le moment où tout va bien, fier et …

Des crocos ? Faut pas charrier!

J’ai eu la chance de mettre la main sur l’album bande-dessinée « Les crocodiles » qui aborde le large sujet qu’est le harcèlement de rue et le sexisme ordinaire. Plusieurs intervenants, associations et organismes ont mis la main à la tâche et le rendu est hyper complet. Les thématiques comme le bodyshaming, le harcèlement au travail, dans la rue, dans les bars, avec les ex, entre nous, dans les fêtes, entre chum et blonde sont abordés de façon sensible et complexe. Avant de devenir cet album, Thomas Mathieu démarra le projet crocodiles, demandant aux filles d’envoyer leurs témoignages. D’où le choix délibéré de représenter les hommes en crocodiles, pour donner la parole à ces femmes. Nous savons très bien qu’en réalité tout n’est pas aussi noir et blanc… Ou aussi blanc et vert. Aussi, parlant de blanc, j’aurais aimé que ce soit moins blanc, hétérosexuel (où sont les gens racisés, âgés, LGBTIQ ) Mais bon. C’est un super bon début ! Des crocos, y semble en avoir pas mal en France! (sources provenantes du livre) Les chiffres …

S’ils ont remis 1984 à l’Index, est-ce que Bleu presque transparent sera le prochain?

J’ai toujours pensé que les veines à fleur de peau sont jolies à voir. T’es pas heureux. Même les yeux fermés, je parie que t’essaie de voir des tas de trucs. (…eux) je voudrais les avaler cru et les bercer au fond de moi. Écrit en 1976, vendu à plus d’un million d’exemplaires en à peine 6 mois, premier roman de Murakami Ryü… Bleu presque transparent est le livre que je ne voulais pas lire. Et vous savez, si vous avez lu mon dernier article Le grand cahier, que je peux avoir la couenne dure. Pour vous situer, Transpotting a été écrit en 1993 et réalisé en 1996, Requiem for a dream est sorti en 2000… et en comparaison, ils semblent être des bébés de maternelle. Pas de farces! Tiens, pour vous mettre dans l’ambiance, je vous propose de réécouter la trame principale de Requiem… prenez 2 minutes. Requiem for a dream Je suis bien entendu au courant des critiques, très nombreuses, qui ont été écrites sur ce livre. Je tentais de ne pas les lire depuis si longtemps, persuadée que chaque « adulte » …

Le grand cahier d’Agota Kristof

La trilogie des jumeaux, zoom sur Le grand Cahier   « Un roman magnifique sur le déracinement, la séparation, l’identité perdue et les destins brisés dans l’étau totalitaire. » L’Express Agota Kristof, auteure hongroise décédée en 2011, fût romancière, poétesse, écrivaine et dramaturge. Elle écrivit la plupart de ses œuvres en français, sa deuxième langue, qu’elle considérait comme une langue « ennemie ». Le grand cahier fait partie de la Trilogie des jumeaux. Résumé qui peut sembler banal Deux jumeaux, Klauss et Lucas, sont déposés bien contre leur volonté chez leur grand-mère (qui fait passer la mère d’Aurore comme une biche) parce que la guerre qui sévit force leur mère à prendre cette difficile décision. Instinct de survie oblige. Ils tenteront de survivre à cette femme immonde, au froid, à la faim et à cette cruelle réalité dans laquelle ils sont forcés d’évoluer. Ils amorcent cette auto-analyse/éducation de leurs apprentissages, tant monstrueux que fascinants, ils rejettent les valeurs apprises et la morale pour créer leur propre système de fonctionnement. Aucuns lieux communs L’écriture de Kristof est froide, factuelle, cinglante, …

Mieux se comprendre la peau, du dehors par dedans

Si vous avez un humain à découvrir cette semaine, c’est David LeBreton ! Coup de cœur assuré ! Anthropologue et sociologue français, LeBreton analyse, dissèque, cherche, propose tout et plus encore autour de l’être humain, sa mécanique et ses composantes. Dans « La peau et la trace, sur les blessures de Soi », il propose le corps comme une matière d’identité. Avec plus de quatre cent entretiens auprès de jeunes adultes, il nous propose diverses raisons de mise en jeu de notre peau et ce qu’on en fait. Ok, c’est flou pis un peu weirdo… j’arrive, j’arrive ! Roméo Castellucci (oh, tellement le 2e humain que tu devrais découvrir cette semaine !) disait qu’un stigmate que l’on porte devient plus fort encore que soi. Il finit par nous définir tout entier, il prend le premier pas sur l’être que nous sommes. Ce livre suit le même train de pensées. Est-ce que choisir de s’exprimer avec sa peau, son corps est signe d’un manque de langage? D’un manque de désir de langage? Altérer son propre corps, ne serait-ce …

Tout ce que j’aimais, ou le roman nécessaire pour ton coeur et ton âme !

  Ce livre est arrivé dans mes mains presque de façon mystique. Me balandant dans les rangées de la libraire, le livre m’appelait si fort (à vrai dire, même en lisant le 4e de couverture je n’étais pas spécialement interpellée) que j’ai du me résoudre à l’acheter. Une espère de magie a opéré et j’ai su la laisser me guider, donc, vers « Tout ce que j’aimais« . Ce livre fut une si grande révélation pour moi, il est arrivé au moment où j’avais besoin de savoir que ces choses existaient, je les désirais sans le savoir. Je l’ai relu au moins cinq fois depuis, avec autant de ferveur chaque fois. Je suis tellement tombée en amour avec cet univers, ces mots, que j’ai tenté d’en faire une adaptation au théâtre (toujours en cour de processus)! Ça viendra, je l’espère ! Milieu artistique et intello du New-York des années soixante-dix, l’histoire est racontée au passé par son narrateur, nous sommes donc les témoins de ses moments de vie. Nous suivons deux couples, amis, voisins, vivant dans cette …