Littérature québécoise
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Péter sa coche ou briser le tabou de la maladie mentale

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Personnalité connue du web, je suivais Matthieu Bonin depuis un bon bout sur les réseaux sociaux, pour son audace, pour sa sensibilité aussi. Puis, un moment donné, je l’ai trouvé juste, trop. J’ai décroché. Les années ont passé. Jusqu’à ce que dernièrement, mes yeux aient remarqué son nom à nouveau dans une librairie, sur une jaquette de livre. Matthieu Bonin avait écrit : Péter sa coche, publié en février 2017, aux éditions Un monde différent.

Souffrant de trouble d’anxiété généralisée et de maladie affective bipolaire (de type 2 dans son cas), l’auteur doit jongler constamment entre les différents cycles que la maladie lui amène, tout en affrontant les aléas de la vie. Il doit essayer d’apprivoiser ses humeurs, basculant du deep down de la dépression jusqu’à émerger vers une stabilité trop courte et ensuite bifurquer dans l’hypomanie. Les autres peuvent le trouver difficile à suivre, pour lui, ce l’est encore plus. Le livre s’ouvre sur la réflexion qu’après 26 ans à vivre dans le chaos, ayant toutefois reçu l’aide de son médecin de famille et étant déjà médicamenté, il a la possibilité de consulter dans une clinique de santé mentale pour finalement recevoir la confirmation sans surprise du double diagnostic d’anxiété généralisée et de bipolarité. S’ensuit une traversée dans son intérieur. Tout, sauf une mer calme.

« C’est quand même weird. Je n’ai pourtant absolument rien changé. J’ai fait de l’insomnie jusqu’à 3 h du matin, je me suis levé à midi et hop! Tout va bien et je suis heureux, sans raison! Je vais en profiter le temps que ça passe, car j’ignore quand la noirceur me frappera à nouveau. C’est ce qui est le plus difficile, je trouve… de toujours être sur mes gardes. De ne jamais vraiment pouvoir profiter du beau, car je sais que c’est pour une durée limitée. »

Tout au long de son livre, l’auteur Matthieu Bonin nous entraîne dans sa spirale infernale le menant des idées suicidaires aux idées de grandeur. Ce qui le pousse parfois à faire de mauvais choix et à devoir vivre avec les conséquences après, comme il le raconte dans l’épisode sur sa Mazda6. Il nous transporte dans son passé lors de différents moments charnières de son existence, que ce soit la fin de son secondaire, où l’on comprend déjà que la maladie lui fait ombrage, à son début comme blogueur sur YouTube et comme animateur de la défunte directe qui portait son nom, diffusée à Musique Plus. Quand il traverse du côté de la manie, il saute à pieds joints dans des projets d’envergure. D’un côté comme de l’autre, l’anxiété n’est jamais trop loin. Puis, le projet pour lequel il se consume plus qu’il ne carbure vient à se terminer abruptement, et il y laisse presque sa peau. Parce que les risques, il a de la difficulté à bien les calculer.

On sent que Bonin y a mis toutes ses tripes. Il a tenu à écrire les différents chapitres sous ses différents états d’âme. Il espère ainsi aider des gens qui souffrent comme lui, des gens qui manquent assurément de repères autour d’eux, car ces gens souffrent souvent en silence. Les maladies mentales, bien que mieux connues, demeurent un grand tabou de société. Sous le masque d’une sensibilité accrue ou d’une énergie difficile à suivre se cache une réelle douleur de l’âme, et quoi de mieux que la lecture du témoignage d’une personne connue vivant cette maladie, pour se sentir moins seul?

« Hier je fixais le crochet qui retient le punching-bag au plafond chez moi en me demandant s’il allait supporter mon poids, et voilà qu’aujourd’hui je suis en train de parler de beauté. Comment suis-je censé interpréter ça? Quelle leçon dois-je en retirer? Est-ce qu’il y a quelque chose à comprendre : c’est ma bipolarité ou le Seroquel qui fait son œuvre, ou les deux? »

On assiste à ses réflexions, comme on reçoit les confidences d’un ami. Péter sa coche est un touchant livre écrit sans pudeur et avec l’espoir qu’il puisse aider à mettre des mots là où la souffrance est souvent si difficile à exprimer. Que vous ayez reçu un diagnostic de bipolarité, que vous croyez en souffrir, ou que vous côtoyez quelqu’un de votre entourage, Matthieu Bonin vous aidera à comprendre. Il a su fesser dans le mille à nous raconter ses maux. Et puis, il y a de l’espoir après tout. Il s’agit bien du journal d’une vie sauvée.

Connaissez-vous quelqu’un que ce livre pourrait aider?

 

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Un vent de nostalgie lui souffle parfois dessus, lui faisant revivre ses journées d’enfance passées avec un J’aime lire sous les yeux ou à manier son pousse-mine à composer des chansonnettes pour sa grand-mère Bernadette. Aujourd’hui bien campée dans la vie d’adulte sans trop l’être, lire et écrire sont restés pour elle synonymes de plaisir. Stéphanie a pris le chemin des sciences (elle est infirmière clinicienne) après un passage fort apprécié dans le domaine des arts & lettres. Depuis la fin de son récent bacc. du côté pragmatique, elle est ravie de (re)vivre enfin en lisant et écrivant ce qui lui plaît. Elle a un fort penchant pour le québécois contemporain, poésie ou romans, des essais ou encore pour son précieux guide des médicaments. Elle aime beaucoup voyager, le yoga, prendre des photos pas toujours réussies, cuisiner végé, le vieux punk, le classique et le sens du mot liberté.

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