Littérature étrangère
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Comprendre ce qui ne s’explique pas

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L’Attentat, de Yasmina Khadra, c’est la longue réflexion d’un homme qui tente de comprendre comment sa femme a pu être à l’origine d’un attentat. L’homme en question est le chirurgien Amine Jaafari, qui est un Arabe israélien très bien intégré en Israël. Sa femme, Sihem, est quant à elle d’origine palestinienne. Le Dr Jaafari vivait avec sa femme une vie qu’il considérait rêvée. Quelle n’est pas sa surprise lorsque, après une longue journée à opérer les personnes blessées à la suite d’un attentat perpétré dans la ville, il apprend que sa femme est la kamikaze à l’origine du drame.

«Ce n’est pas la première fois qu’un attentat secoue Tel-Aviv, et les secours sont menés avec une efficacité grandissante. Mais un attentat reste un attentat. À l’usure, on peut le gérer techniquement, pas humainement. L’émoi et l’effroi ne font pas bon ménage avec le sang-froid. Lorsque l’horreur frappe, c’est toujours le coeur qu’elle vise en premier.»

Après le déni, le questionnement

Pour cet homme qui s’évertue à sauver chaque personne qui passe sur la table d’opération, apprendre qu’il partageait la vie d’une femme qui a causé la mort de dix-neuf personnes et qui en a blessé plusieurs dizaines d’autres est complètement inconcevable. C’est pourquoi cet homme, indirectement touché par les explosifs que sa femme camouflait, nie d’abord l’implication de Sihem dans cette tragédie. Lorsque cette phase de déni est derrière lui, Amine cherche à comprendre. Comprendre ce qui a bien pu mener une femme d’apparence heureuse à poser un tel geste. Comprendre à quel moment il aurait pu l’empêcher d’agir ainsi.

«Elle a sûrement essayé de me faire un signe, de me dire quelque chose que je n’ai pas su saisir au vol. Où avais-je la tête? C’est vrai, son regard avait perdu beaucoup de sa splendeur, ces derniers temps; ses rires s’étaient espacés, mais était-ce là le message qu’il me fallait déchiffrer, la main tendue qu’il me fallait absolument attraper pour empêcher la crue de me la confisquer?»

Le récit est raconté par le biais d’un narrateur participant, ce qui fait en sorte que toutes les pensées du personnage principal sont transmises au lecteur. Mais malgré cela, j’ai trouvé impressionnant la façon dont l’auteur réussit à nous faire comprendre toute la gamme d’émotions par laquelle passe Amine Jaafari, car les événements qu’il vit sont complètement abrutissants. Tout ce qu’il croyait vrai devient faux. Les gens qui l’estimaient éprouvent désormais du mépris envers lui. Le grand conflit qui fait rage dans son pays le touche enfin, et de près.

Quête de compréhension

Le chirurgien, encore appuyé par certains de ses amis, part en voiture dans différentes villes et villages afin de rencontrer des gens qui pourraient lui en apprendre plus sur la dernière semaine de vie de Sihem. Une fois que ces détails sont élucidés, il creuse encore plus loin: il veut comprendre pourquoi sa femme a bien pu se rejoindre un tel groupe et se reconnaître dans ses valeurs. Les discussions d’Amine avec ses interlocuteurs m’ont beaucoup surprise, de par leur diversité. Chacun a son opinion sur le suicide de Sihem, et chacun interprète ses motivations de façon différente.

Au début de ma lecture, je n’étais pas convaincue de vraiment apprécier ce livre. Je trouvais que l’accent était entièrement mis sur les émotions du personnage principal, et je trouvais cela assez lourd. Mais comme je trouve difficile d’abandonner un livre sans l’avoir terminé, et que celui-ci ne comporte que 246 pages, j’ai décidé de continuer. En avançant, j’ai pu mieux comprendre la situation et la vision de la femme kamikaze et du groupe auquel elle était associée. Ce sont des personnages que je n’ai jamais rencontrés dans mes lectures, et j’ai trouvé intéressant d’accéder à une parcelle de leur univers.

Sinon, cette fiction comporte bien des éléments permettant de comprendre au moins un peu mieux le conflit israélo-palestinien. Ce dernier point en est un que j’ai particulièrement apprécié: j’ai été choquée en lisant bon nombre de passages de ce roman, et je l’ai été d’autant plus en me rappelant que cette histoire est fictive, mais représente probablement fort bien une situation bien réelle.

Avez-vous d’autres titres de romans prenant place dans des pays non-occidentaux? Il me semble qu’ils se font plutôt rares.

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