Poésie et théâtre
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Hochelagurls : une poésie coup de poing

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J’avais besoin d’un peu de poésie. C’est un manque constant qui me rappelle à la raison le moment venu. Mon choix a été rapide. Sans regret, d’ailleurs. J’ai vu le petit recueil sur le présentoir au Salon du livre. Le titre m’a tout de suite interpellée. Hochelagurls. Je suis de celles-là, habitant le quartier depuis bientôt six ans. Je me suis identifiée, je l’ai pris, j’ai payé et j’ai lu. Avec frénésie, malgré que ce ne soit pas recommandé quand il s’agit de poésie. Je n’ai pas pu arrêter. Audrey Hébert m’excusera.

Hochelagurls, c’est une ode au quartier Hochelaga, vous l’aurez compris, mais surtout à ses habitants, souvent venus d’une autre planète. Plus particulièrement, c’est un témoignage poignant sur la sororité entre filles, celles qui ne l’ont pas toujours facile, celles qui partagent leur rien avec toutes, celles qu’on ne peut pas ignorer en raison de la présence bruyante et manifeste. Entendues, peut-être pas comprises. Du moins, Hébert aura su élever leur voix avec sincérité, sans aucun détour, droit au but. Elle le dit elle-même :

« ma poésie

un uppercut sur le nez » (p. 90)

Je ne pourrais mieux dire pour décrire son art.

Amalgame

Une chose frappe dans le recueil d’Audrey Hébert et difficile de ne pas s’en rendre compte puisque cela nous poursuit de page en page. Il s’agit de l’heureux mélange entre les références à la culture populaire et celles plus nichées, plus intellectuelles. Cette façon de faire me rappelle très certainement le courant postmoderne. Aucun doute, Hébert s’inscrit bien dans cette tendance. Le name dropping excessif corrobore d’ailleurs son entrée dans la grande famille des postmodernes.

On voyage donc à travers les méandres de ces cultures qui se confrontent et s’entrechoquent. De l’art (Hébert a une formation en art) au karaoké. De Roland Barthes à Paris Hilton. Les mots de la poétesse nous ouvrent une fenêtre brisée sur un monde de dualité, où tout est à prendre ou à laisser. Pas de demi-mesure. Même la langue est un entremêlement du français et de l’anglais. À défaut d’être compris, aussi bien rejoindre le plus de gens possible.

« le Bistro de Paris Hilton

aka le bar de la dernière chance

clientèle hétéroclite

motards gamblers cokés hipsters

un garçon avec la barbe de Dostoïevski

joue aux machines à sous

à côté de lui le Plongeur

les gurls chantent Chained To The Rhythm

de Katy Perry au karaoké » (p. 48)

Exception du franglais et de cette valse unissant les cultures, Hébert s’amuse à citer maladroitement les auteurs d’hier et d’aujourd’hui. Je m’explique. La poétesse joue à « Qui a dit? », mais gagne rarement, voire jamais. Elle attribue à Bouddha le fameux « it’s the hard knock life for us » originalement de la comédie musicale Annie, reprise plus tard en partie par le rappeur Jay-Z. Elle fait dire à l’honorable Emily Dickinson des vers de la « poésie » de Nicki Minaj. Bref, tout est permis et tout un chacun y passe.

Des clichés singuliers

La poésie d’Audrey Hébert aurait pu facilement tomber dans les stéréotypes et s’y ensevelir pour ne plus jamais en sortir. Heureusement, elle échappe habilement à ce piège. Bien que la jeune femme pige dans les clichés attachés au quartier Hochelaga, elle les redirige intelligemment pour en faire quelque chose de bien singulier, de bien personnel. Nous sommes loin du prémâché et du prévisible. Il n’y a d’ailleurs aucune condescendance de sa part, notamment, car elle participe elle-même à cette vitalité hochelagienne. Elle en est le cœur, le pouls. Elle ne met pas de gants de soie. Elle en parle comme il se doit. Hochelaga, c’est beau, mais c’est dur.

« filles kidnappées par des gang members

dès que les seins bourgeonnent 

l’escouade des gurls doit se transformer

en groupe paramilitaire

pour les weapons on va demander 

aux cellules dormantes du FLQ

Hochelag beautiful Hochelag

ce livre ne s’appelle pas Straight Outta Hochelag 

parce qu’on ne sort jamais de ce quartier » (p. 78)

À lire, ne serait-ce que pour le rappel à la réalité. À lire, pour une vision commune du monde qui nous entoure, du mode de vie auquel on adhère. À lire parce qu’une vérité se cache sous toute cette dérision et cette irrévérence. Une VÉRITÉ, en majuscule. Non négligeable parce que hurler des plus profonds abîmes, ceux de l’être et de ses tripes.

Et vous, quelle poésie d’ici vous bouleverse, vous chamboule jusqu’au questionnement?

Crédit photo : Michaël Corbeil

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Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance?» (Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris) Les vers de Baudelaire auront été la source de son épanouissement en tant que bizarroïde de ce monde. La poésie, Marika la vit au quotidien à travers tous les petits plaisirs qui s’offrent à elle. Une grimace partagée avec une fillette dans le métro, la fabrication d’un cerf-volant dans un atelier strictement réservé aux enfants, un musicien de rue interprétant une chanson qui l’avait particulièrement émue par le passé, lui suffisent pour barbouiller le papier des ses pensées les plus intimes. Chaque jour est une nouvelle épopée pour la jeune padawan qu’elle est. Entre deux lectures au parc du coin, un concert au Métropolis et une soirée au Cinéma du Parc pour voir le dernier Wes Anderson, elle est une petite chose pleines d’idées et de tatouages, qui se déplace rapidement en longboard à travers les ruelles de Montréal. Malgré ses airs de gamine, elle se passionne pour la laideur humaine. Elle est à la recherche de la beauté dans tout ce qu’il y a de plus hideux. Elle se joint au Fil Rouge afin de vous plonger dans son univers qui passe des leçons de Star Wars aux crayons de Miron en faisant un détour par la voix rauque de Tom Waits et le petit dernier des Coen. Derrière son écran, elle vous prépare son prochain jet, accompagnée de son grand félin roux, d’une dizaine de romans sur les genoux et d’un trop plein de culture à répandre

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