Littérature québécoise
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Le renard roux de l’été – Françoise de Luca

Dans Le renard roux de l’été, Françoise de Luca manie la plume avec dextérité et douceur et nous emporte, lecteur, vers une planète pas si lointaine, celle de la famille, de l’enfance difficile, mais dans laquelle tous peuvent se reconnaître. Cette autrice a un véritable don pour décrire la complexité des relations humaines. Dans ce roman, toutes les familles sont racontées à travers l’histoire d’une seule. D’une main experte, elle brosse le portrait d’une famille qui peut sembler banale de prime abord, mais qui renferme ses petits défauts et penchants déviants comme toute autre.

J’avais déjà été séduite par le roman Sèna, paru en 2015 à la même maison d’édition, j’avais donc hâte de me replonger dans cette écriture toute en délicatesse et en dentelle. Encore une fois, de Luca frappe fort en décrivant les émotions les plus complexes avec une rare justesse.

L’histoire

Ce roman raconte la vie de Mathilde en commençant par ses plus lointains souvenirs d’enfant. Dès la naissance de son petit frère Mathéo, c’est l’amour fou entre ces deux bambins qui ne se lâchent pas d’une semelle. Or, petit à petit, leur relation se transforme et devient de plus en plus toxique. Leurs jeux sont malsains, ils quêtent l’attention des adultes au détriment l’un de l’autre. Puis, d’autres amis s’immiscent entre le frère et la sœur et la vraie destruction commence. L’écart se creuse, jusqu’à devenir un océan infranchissable de non-dits, d’incompréhensions et d’actes irréversibles.

La famille est selon moi le sujet le plus intéressant du roman. L’autrice a réussi à mettre en scène une famille dysfonctionnelle, certes, mais pas de manière extrême. Il n’est pas question de parent alcoolique ou drogué, de violence ou même de disputes animées. Le poison qui s’infiltre dans cette maison est autrement plus insidieux. La jalousie, bien cultivée, peut avoir des effets dévastateurs. De Luca gagne ainsi son pari : qui n’a jamais ressenti ne serait-ce qu’une once de jalousie envers un proche?

« Le frère aîné adore Mathilde. Dans cette famille, on ne peut aimer qu’au détriment d’un autre, comme s’il n’y avait qu’une seule quantité d’amour disponible. » p.27

Mathilde grandit et vit ses premiers amours alors que son frère détesté se dessine en arrière-plan. Il faut mentionner que les passions amoureuses qui peuplent les romans de cette autrice n’ont rien de cliché. On pourrait penser que le sujet est éculé, mais de Luca le réinvente sans complexe avec profondeur et fulgurance, ce qui nous renvoie directement à notre plus vif espoir et désespoir amoureux.

Gros plus

La mère de Mathilde est un personnage qui m’a surprise. Après quelques lignes, je pensais avoir saisi cette femme. Je l’avais mise dans la case « mère détestable » et ne pensait jamais revenir sur ma décision. Néanmoins, elle aussi change au cours du roman. On est amené à comprendre ses failles et elle-même admet ses torts et en ressort grandie. J’avoue que je ne m’attendais pas à ce qu’un personnage aussi secondaire connaisse une si belle évolution. Comme quoi, les mères nous surprendront toujours! Blague à part, j’ai trouvé d’autant plus juste ce portrait de la mère qui est trop souvent cantonné à la mère parfaite ou la mère antipathique. L’autrice nous offre une mère somme toute normale, avec ses défauts et ses qualités, mais surtout son désir constant d’être meilleure pour ses enfants.

Petit moins

Bémol qui n’est pas vraiment un bémol : j’en aurais pris davantage. Alors que le personnage de Mathilde est exploré de fond en comble, celui de son frère Mathéo reste dans l’ombre. Pourtant, c’est entre Mathilde et Mathéo qu’une jalousie perverse s’installe pour détruire leur relation. J’aurais voulu avoir accès à sa version, peut-être parce que j’ai besoin de pouvoir le réhabiliter, ou peut-être parce que je suis trop curieuse et que j’adore les analyses profondes de personnages. Je pense tout de même que l’autrice laisse intentionnellement planer le mystère sur ce personnage parce que dans la vie, on ne peut pas toujours tout savoir. Dans le roman Sèna, un personnage était aussi cantonné à ses actes sans qu’on ait accès à ses motifs. Peut-être que l’autrice cherche tout simplement à nous faire comprendre que certains gestes resteront toujours incompréhensibles et impardonnables.

Assurément, Françoise de Luca est une autrice à découvrir et à suivre, elle nous réserve sans aucun doute d’autres perles de lecture à déguster lentement au coin du feu.

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