Littérature québécoise
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Partir sans destination, ou voyager dans le confort de son salon

Partir sans destination

Il y a parfois de ces livres qu’on a l’impression de ne pas choisir, un peu comme si c’était eux qui nous choisissaient. J’accompagnais une amie dans une librairie, quand le livre de Guillaume Duranceau-Thibert m’a comme… interpellée! Partir sans destination. Depuis que je suis toute petite et que j’ai vu le film Yes Man, et par la suite, depuis que j’ai commencé à voyager seule ou avec des amis, j’ai le rêve un peu fou de faire mes valises à l’improviste, de débarquer à l’aéroport et de prendre le billet d’avion le moins cher, comme ça, sans destination précise. J’ai donc acheté le livre sans me poser plus de question, sans savoir de quoi il s’agissait. Juste parce qu’il y avait comme une force divine qui m’encourageait à le faire.

Voyager dans le confort de son salon

Le livre de Guillaume est composé de courtes tranches de voyage, récoltées au fil de ses périples et entrecoupées de petits moments plus philosophiques sur la vie, le voyage en tant que tel et… les toilettes (je ne vous en dirai pas plus, mais ça m’a rappelé d’agréables (not) souvenirs de toilettes turc de mon voyage en Azerbaïdjan de l’an dernier!). Un beau melting pot de récits et de réflexions qui tissent une véritable aventure de lecture, et qui permettent de voyager à travers le monde dans le confort de son salon. Disons que ça m’a vraiment donné envie de repartir!

L’irréalisable à portée de main

Dans une critique précédente, je parlais de la façon dont Frédéric Dion humanise l’aventure, et nous fait réaliser que n’importe qui (bon, avec de la volonté et beaucoup de préparation) pourrait décider d’aller explorer solo un glacier, ou de vivre une aventure du genre. Le livre de Guillaume, dans la même foulée, vient démocratiser le voyage. Guillaume n’est pas un surhomme, ce n’est pas une personne avec des parents riches qui financent ses voyages : c’est un homme-tout-le-monde, qui revient travailler pour se permettre de mieux repartir, qui vit des aventures pas croyables simplement parce qu’il a choisi de voir et de vivre la vie comme il le désirait réellement. Bon, peut-être qu’en soi, ce simple exploit fait de lui un surhomme… Mais lire son livre m’a rappelé à quel point notre génération est chanceuse, parce que le voyage est réellement à portée de main. Pour tout le monde. Et qu’il n’en tient qu’à nous d’exploiter cette occasion, de ne pas avoir peur et d’accepter de vivre le moment présent comme il se présente pour simplement en tirer le meilleur!

Le besoin inhérent de voyager

Je me rappelle, lorsque j’étais dans le début de la vingtaine, d’avoir maladivement été jalouse d’une amie qui voyageait régulièrement. Je la trouvais donc chanceuse! Puis un jour, j’ai réalisé qu’il n’y avait absolument rien, à part moi-même, qui m’empêchait de voyager. J’ai eu la piqûre, j’ai acheté un billet d’avion sur un coup de tête et je suis allée vivre mon premier voyage solo en Australie. Depuis, les aventures s’enchaînent : un par année, c’est ma règle! 

« Aujourd’hui, en regardant le fleuve et les immortelles montagnes derrière, je réalise le pouvoir que procure le voyage en solitaire. Il permet de débroussailler chaque aspect de sa vie, comme si nous avions la capacité et le temps de régler chaque image, chaque parcelle qui habite notre être. Un par un, j’analyse les moindres recoins : amis, amours, famille, ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. […] Une fois satisfait de cette introspection, nous voyons plus clair, habités par une sérénité difficilement explicable. » (p. 143)

Je me suis reconnue dans Partir sans destination comme je me suis rarement reconnue dans un livre. L’envie, presque le besoin, de voyager : de partir non seulement explorer de nouveaux pays, mais surtout de partir à la découverte de l’autre; le besoin de sortir de sa zone de confort et d’expérimenter des choses diamétralement opposées à la vie concrète… Tout ça est merveilleusement bien exploité dans ce livre, enchaînant photos, récits, anecdotes et réflexions, le tout lié par une très belle plume extrêmement imagée. La combinaison parfaite pour un récit de voyage! 

Le body language des mots

« En pleine fusion d’arc-en-ciel, les deux astres célestes, en pleine motion de révolution, vont éventuellement entrer en collision à l’endroit même où nous pouvons imaginer la ligne d’horizon. C’est nucléaire. 

Deux soleils qui se fondent dans une parfaite synergie, laissant dans leur traînée magistrale une orgie pastel d’émotions et mon cœur en émoi. » (p. 190)

Je ne pouvais pas ne pas glisser un mot sur le style d’écriture de Guillaume. Plus d’une fois j’ai été émue par ses mots : c’est tout simplement incroyable comment ses mots palpitent et font vivre un tumulte d’émotions. J’ai été touchée par la façon dont son attitude, sa philosophie et ses perceptions transcendent ses mots : il m’était facile de savoir les moments où il a été le plus ému et remué dans son voyage, parce que ses mots étaient différents. Je ne sais pas comment l’expliquer autrement : son écriture parlait d’elle-même. Ses mots ont une une sorte de « body language » que, même avec mes études de littérature, je ne pourrais parvenir à décrire. La combinaison de son écriture, de ses photos et de ses émotions font de ce livre un véritable billet d’avion, à destination directe du voyage avec un grand V. 

Le retour

Lorsque j’ai terminé le livre, je me suis sentie exactement comme Guillaume. Un peu triste d’avoir terminé une aventure, repassant tous les beaux moments dans ma mémoire, mais excitée par la suite. On va s’entendre : ça ne m’en a jamais pris beaucoup pour me donner envie de voyager! Mais une fois le livre refermé, tout ce dont j’avais envie, c’était de repartir. Vivre ma propre aventure, cette fois-ci. Les fourmis dans le cœur et la tête à des milliers de kilomètres : comme Guillaume, j’ai déjà hâte à la prochaine aventure!

« L’ivresse de voyager est alors devenue une raison de me réveiller, une mission. En mettant la main à la pâte dans le but d’atteindre mes objectifs, j’allais prendre plaisir à vivre chaque jour qui me rapprocherait de mon saint Graal. […] Une flamme qui brûle éperdument, avec plus d’intensité encore et qui maintenant me fait savourer les retours en justifiant la phrase suivante : « Il faut revenir pour mieux repartir. » » (p. 212)

Il ne parle peut-être que de lui, mais je trouve que le message est tellement beau : il faut s’impliquer pour réaliser ses rêves. La nuance est de ne pas attendre que la vie nous offre ce qu’on veut sur un plateau d’argent : l’audace d’oser, le courage de travailler pour atteindre ses buts. Pour ensuite vivre l’ivresse d’être exactement là où on veut. 

*

Chaque année, mon copain et moi nous relayons pour déterminer la prochaine destination voyage. Après avoir refermé le livre Partir sans destination, je crois bien m’enligner pour les Philippines… Bon, peut-être pas sur une île déserte, par contre! Quoi que… pourquoi pas?

Et vous, quels sont les livres qui vous ont immédiatement donné envie de repartir?

 

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