Auteur : Christine Mont-Briant

Une fille pas trop poussiéreuse

Apocalypse 2.0: une fille pas trop poussiéreuse

« Tout le monde meurt tout le temps, mais encore plus depuis la fin du monde. » (p. 11) Depuis que je suis toute petite, j’ai toujours aimé les univers post apocalyptiques. J’ai même eu un ex (un peu trop crack-pot, par contre) qui me racontait ses plans de bunkers en prévision d’une fin du monde potentielle. Je n’ai jamais été vraiment d’accord avec ça, par contre: moi, si le monde implosait et que la vie telle que nous la connaissions se terminait, je ne m’enfermerais pas dans un bunker. J’irais dehors et je m’adapterais (ou pas). Tant qu’à mourir et à voir tous mes proches disparaître, aussi bien que ça dure le moins longtemps possible… Le livre Une fille pas trop poussiéreuse de Matthieu Simard raconte justement une fin du monde 2.0 qui s’étire sur quatre longues années pour le protagoniste. On n’y trouve rien des grands classiques du mythe de l’apocalypse: il n’y a pas d’anges qui descendent du ciel, pas de trompettes, pas de grêle de sauterelles. Juste une grosse couche de …

Café au lait de Sara Pruneau

Café au lait, à emporter s’il vous plaît

Habituellement, je ne suis pas vraiment forte sur les livres auto-édité. Dans ma tête, il y avait toujours une bonne raison pour qu’une maison d’édition ne veuille pas publier un auteur. Avec Café au lait, ça a été différent. Je crois que Sara Pruneau Bélanger m’a eue… à l’usure.  Je ne sais pas où ni quand ni comment, mais elle s’est faufilée dans mon feed instagram (@sarapruneauyo). Et à force de voir ses petits textes passer… Elle s’est frayée un chemin jusque dans mon cœur. Quand j’ai su que son petit dernier, Café au lait, était disponible à la librairie l’Échange, à deux pas du métro où je passe tous les jours en allant au travail, ça a donc été plus fort que moi. Il a fallu que j’aille me le procurer. « Sara Pruneau Bélanger joue au pool et elle boit du Toro Loco tablette. Elle a écrit J’te prendrais take out en 2012 et l’a publié en 2016. Depuis, elle a écrit Café au lait, a gribouillé pas mal partout et a un …

Partir sans destination

Partir sans destination, ou voyager dans le confort de son salon

Il y a parfois de ces livres qu’on a l’impression de ne pas choisir, un peu comme si c’était eux qui nous choisissaient. J’accompagnais une amie dans une librairie, quand le livre de Guillaume Duranceau-Thibert m’a comme… interpellée! Partir sans destination. Depuis que je suis toute petite et que j’ai vu le film Yes Man, et par la suite, depuis que j’ai commencé à voyager seule ou avec des amis, j’ai le rêve un peu fou de faire mes valises à l’improviste, de débarquer à l’aéroport et de prendre le billet d’avion le moins cher, comme ça, sans destination précise. J’ai donc acheté le livre sans me poser plus de question, sans savoir de quoi il s’agissait. Juste parce qu’il y avait comme une force divine qui m’encourageait à le faire. Voyager dans le confort de son salon Le livre de Guillaume est composé de courtes tranches de voyage, récoltées au fil de ses périples et entrecoupées de petits moments plus philosophiques sur la vie, le voyage en tant que tel et… les toilettes (je …

Cette maison : Un roman de maison hantée subversif

Je l’avoue : on dit toujours de ne pas choisir un livre pour sa couverture, mais c’est totalement ce que j’ai fait avec ce roman de David Mitchell. Au départ, j’ai été un tout petit peu déçue : je n’avais pas réalisé que je m’embarquais dans un roman traduit. Habituellement, j’aime bien lire les romans dans leur langue originale… Et puis, la déception est partie comme un coup de vent dans Slade Halley. Je suis tombée dans le piège, et je dois dire que le roman ne m’a pas fait long feu! La quatrième de couverture de Cette maison décrit le livre comme une « histoire de maison hantée nouveau genre où pastiche, humour et terreur se mélangent », et je crois qu’on peut difficilement mieux décrire ce genre parfaitement unique. « Je me représente les fœtus que Jonah et moi avons été, nous partageant l’utérus de Nellie Grayer, il y a cent seize ans; et à nos corps natals, qui se partagent la lacune depuis huit décennies. « Lui » est le nom d’un étranger; un …

Fée de Eisha Marjara

La féérie du ventre

Je pense que tout le monde connaît au moins une personne dans sa vie, de près ou de loin, qui a déjà eu ou a présentement un trouble alimentaire. C’est un problème de plus en plus présent dans notre société, et pourtant, c’est l’un des problèmes dont on parle le moins. En fait, comme une amie me le faisait remarquer, c’est plus complexe que ça : on en parle de plus en plus, on prône de plus en plus l’acceptation de soi et des différents corps, mais on continue d’être bombardé(e)s de tous sens, tous côtés par des images qui ne reflètent pas ces discours. Je crois qu’il est surtout là, le problème, ou plutôt la confusion : je trouve que ça nous amène à penser que tous les corps sont beaux, sauf le mien. « J’avais un plan, un souhait pour mon dix-huitième anniversaire. Je rêvais de laisser derrière moi les quatre murs de l’hôpital et de vivre des offrandes généreuses de l’hiver, de me nourrir de flocons de neige, de faire fondre les dernières livres …

Antarctique Solo, la fantastique aventure de Frédéric Dion racontée par Bryan Perro

Oser l’aventure

Je ne sais pas exactement quand ma fixation pour l’Antarctique et les glaciers a commencé. J’ai toujours rêvé d’y aller, de marcher sur les glaciers et d’y être seule au monde. Un rêve bien peu réalisable, quand on y pense bien. L’Antarctique solo? Pfffff! Pourtant, quelqu’un bien de chez nous a réalisé cet exploit. Frédéric Dion a traversé l’Antarctique sur une distance de 4 383 kilomètres en 54 jours et 6 heures. Je ne sais pas pour vous, mais ces chiffres me donnent (littéralement!) froid dans le dos. Antarctique solo : cinquante quatre jours et des poussières de solitude (presque, parce qu’il aura quand même rencontré quelques personnes sur son passage), de neige et de sastrugi. Une aventure qui m’a donné des frissons dans le dos, de peur et, oui, d’un peu d’envie. L’Antarctique solo racontée par Bryan Perro Quand j’étais petite, Bryan Perro était mon auteur préféré. J’adorais ses histoires, mais j’adorais surtout sa façon de les raconter. Quand je suis allée au Salon Aventure et Plein air à Montréal et que j’ai vu …

Mademoiselle Samedi Soir

La fin des commencements

J’ai toujours adoré les romans de Heather O’Neill. J’aime comment l’écriture est extrêmement imagée, comment elle fait également appel à l’imaginaire de l’enfance et des contes de fées tout en traitant de sujets on ne peut plus adultes. J’ai récemment assisté à une conférence de Katy Roy sur la bibliothérapie, et j’ai été marquée par l’importance thérapeutique de l’imagerie mentale, et par la façon dont cela vient faire appel à quelque chose de profondément ancré en nous. Avant que nous n’apprenions à parler le langage verbal, lorsque nous étions enfants, nous interprétions le monde à l’aide d’images plutôt que de mots; l’imagerie mentale vient refaire appel à cette connaissance primaire chez nous, et est utilisée dans ce roman comme une béquille pour affronter le quotidien: «Raphaël avait commencé à me bombarder de questions détaillées. Il essayait de couler mon porte-avions.» (p.306) Les romans de Heather O’Neill m’ont toujours fait un bien fou, et je n’avais pas spécifiquement compris pourquoi avant d’assister à cette conférence: c’est que le langage y est tellement imagé que ça ne …

Boo de Neil Smith

Boo : un livre « cool as a cucumber »

Un peu de contexte J’ai toujours été attirée par les romans que je qualifie de «contes pour adultes». «Contes» en ce qu’ils racontent quelque chose d’invraisemblable, d’une façon un peu enfantine, et «pour adultes» en ce que les sujets qu’ils traitent sont assez sombres et/ou lourds. J’adore ce type de livre : ça vient me pogner dans les tripes et ça ne me lâche plus, longtemps même après avoir refermé le livre. C’est ce qui s’est passé avec Boo de Neil Smith : j’ai ghosté mon copain pendant deux jours après le boulot parce que j’avais trop envie de terminer ce livre. Sur l’histoire Une très bonne critique a déjà été écrite sur ce livre, je ne tomberai donc pas dans les détails et ne m’attarderai pas trop à vous résumer le roman; je ne vous épargnerai cependant pas mon fameux questionnaire skyrock-style : Le style : conte pour adultes Le lieu : le paradis pour les jeunes Américains de 13 ans (oui, c’est sélectif comme ça!) Les personnages : ils sont plusieurs, mais le …

Les ananas de la colère, par Cathon

Les ananas de la colère: quand le piña colada est fatal

Sur ma fixation sur les ananas J’ai toujours eu une petite fixation sur les ananas. Ma housse de couette, mon cover de cellulaire, mes tasses et même mes ongles, parfois, peuvent en témoigner. Je crois que c’est, en très grande partie, la raison pour laquelle je me suis sentie attirée comme un aimant par Les ananas de la colère, de Cathon, lorsque je suis allée au Salon du livre de Montréal. À la base, j’ai toujours adoré le visuel des bandes dessinées des Éditions Pow Pow : elles sont un peu funky et, en plus, les histoires ont tendance à sortir de l’ordinaire. Par contre, pour mon budget, c’était un peu exagéré : 22,95$ pour quelque chose dont je savais pertinemment que je passerais au travers en quelques heures à peine, je trouvais que le rapport longueur-prix n’était pas tout à fait valable. Je suis allée au SDLM presque tous les jours cette année. Au sixième jour, j’ai craqué : au diable le budget! Quand ça fait 6 jours que tu lorgnes un livre, s’il y …