Littérature québécoise
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Oser l’aventure

Antarctique Solo, la fantastique aventure de Frédéric Dion racontée par Bryan Perro

Je ne sais pas exactement quand ma fixation pour l’Antarctique et les glaciers a commencé. J’ai toujours rêvé d’y aller, de marcher sur les glaciers et d’y être seule au monde. Un rêve bien peu réalisable, quand on y pense bien. L’Antarctique solo? Pfffff!

Pourtant, quelqu’un bien de chez nous a réalisé cet exploit. Frédéric Dion a traversé l’Antarctique sur une distance de 4 383 kilomètres en 54 jours et 6 heures. Je ne sais pas pour vous, mais ces chiffres me donnent (littéralement!) froid dans le dos. Antarctique solo : cinquante quatre jours et des poussières de solitude (presque, parce qu’il aura quand même rencontré quelques personnes sur son passage), de neige et de sastrugi. Une aventure qui m’a donné des frissons dans le dos, de peur et, oui, d’un peu d’envie.

L’Antarctique solo racontée par Bryan Perro

Quand j’étais petite, Bryan Perro était mon auteur préféré. J’adorais ses histoires, mais j’adorais surtout sa façon de les raconter. Quand je suis allée au Salon Aventure et Plein air à Montréal et que j’ai vu ce livre, je me suis sentie profondément interpellée. Un livre qui raconte l’aventure que j’ai toujours rêvé un peu follement de faire et qui est en plus relatée par mon auteur préféré de jeunesse? Oui, s’il-vous-plaît!

L’aventure est racontée sur un rythme qui est, au départ, plutôt surprenant. On suit, minute par minute, Frédéric qui est perdu dans un blizzard et, surtout, qui a perdu son traîneau (dans lequel il y a tout son matériel de survie, on s’entend). Il estime avoir vingt minutes pour le retrouver avant que le vent et la neige n’aient enseveli son précieux traîneau. Commence donc le décompte où, à chaque minute (qui représente un chapitre), on découvre de fil en aiguille les pensées de l’aventurier, ce qui l’a mené vers cette expédition et toutes les péripéties qu’il a vécues en chemin.

Sur l’histoire

L’histoire est, somme toute, bien simple : un aventurier (Frédéric Dion) qui vit une aventure (traverser l’Antarctique, tout seul, sur ses skis et poussé par le vent avec son traîneau contenant tout son matériel de survie attaché derrière lui). Ce qui fait réellement le charme de ce livre, ce n’est non pas l’histoire en elle-même, mais plutôt la façon dont elle est racontée et, surtout, le fait qu’il ne s’agisse pas d’une histoire fictive, mais bien d’une histoire vécue. Pour moi, ça fait une grande différence : ce n’est pas le fruit de fabulations d’un écrivain, mais le fruit de la folie d’un être humain. Juste pour cette raison, ça vaut la peine d’être lu : peut-être pas forcément d’un point de vue romanesque (pas que le niveau « romanesque » du récit ne soit pas à la hauteur, loin de là, mais ça, je vous en parle plus bas), mais définitivement d’un point de vue aventurier.

Sur le style

Mon premier réflexe a été d’être un peu déçue de la façon, trop mélodramatique à mon goût, dont la situation de Frédéric était dépeinte. Le livre s’ouvre de cette façon :

« Vais-je mourir?

De toute évidence, oui, un jour, comme tout le monde. La question qui se pose est plutôt : vais-je mourir aujourd’hui? Là, maintenant? Vais-je mourir sur ce continent hostile, loin de ma famille, loin de mes amis, loin… si loin que je serai balayé par le vent, balayé comme un souvenir, enterré jusqu’au cou? » (p. 7)

Ce qui a eu le don de refroidir mes ardeurs de lecture d’un coup. Vraiment, est-ce qu’un début si sensationnaliste était nécessaire? Cependant, au fil de la lecture, on s’habitue rapidement au ton mélodramatique qui, au final, a quand même beaucoup de sens dans le contexte. J’avoue que moi aussi, si j’étais perdue en plein blizzard, skis aux pieds, voile tendue et plus de traîneau, j’aurais des grosses, grosses tendances mélodramatiques. Ça finit par nous permettre de mieux se mettre dans la peau de Frédéric, duquel on suit les pensées qui passent du loup noir au loup blanc comme il le dit si bien. Cette image tirée d’une légende amérindienne est très importante tout au long du récit et permet d’illustrer tous les doutes qui peuvent assaillir l’aventurier lorsqu’une mauvaise situation se présente.

Sur l’humanisation de l’aventure

D’un point de vue extérieur, on a toujours l’impression que ce genre d’aventure est palpitante, toute belle et toute parfaite. Les mauvais moments, on parvient à les trouver cocasses parce qu’ils ne nous arrivent pas réellement et qu’on sait très bien que la personne s’en est sortie. Voir le loup noir et le loup blanc s’affronter dans l’esprit de Frédéric Dion, c’est rendre l’aventure humaine, presque possible pour le commun des mortels.

J’ai toujours aimé les récits d’aventure; je suis d’ailleurs moi aussi, à l’instar de Frédéric Dion, une grande fan de Mike Horn. Cependant, ce qui m’a charmée d’Antarctique solo, c’est le fait qu’on a définitivement accès à l’intériorité de l’aventurier. J’ai pu suivre chacun de ses pas dans la neige jusqu’à son traîneau, j’ai pu suivre ses préparatifs, sa façon de penser, sa façon de combattre le doute pour se sortir du pétrin et ne pas se laisser abattre. J’ai pu réaliser qu’oser l’aventure, c’est en fait vraiment à portée de main. Bon, je n’irais peut-être pas me geler les fesses en Antarctique demain, mais pour une fille comme moi qui adore sortir des sentiers battus et vivre des aventures un peu insolites, ça me donne encore plus confiance que n’importe quoi est réalisable (tant qu’on est bien préparé(e), évidemment!).

Bref, Antarctique solo : la fantastique aventure de Frédéric Dion racontée par Bryan Perro est un petit livre qui se lit pratiquement d’une traite, parfait pour les journées un peu sombres où l’envie d’aventure nous prend les tripes!

« Je vis le moment présent, j’ai les deux pieds dans mon projet, dans mon rêve et, chaque seconde, je porte les conséquences de mes choix passés. N’est-ce pas cela, la véritable liberté? » (p. 134)

Et vous, quel(s) livre(s) vous font rêver d’aventures?

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