Féminisme
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All about that what ?

L’autre jour , en écoutant ( en boucle ) la nouvelle chanson de Taylor Swift, je suis tombée sur le nouveau hit pop du moment, qui me restera malencontreusement en tête trop longtemps. Le titre : All about that bass de Meghan trainor (nom) , une jolie blonde avec une voix assez décente qui chante ce qui a été qualifié comme la nouvelle  « body image self acceptante anthem » ( terme que je ne saurais justement pas traduire ).

Ce hit a attiré l’attention de bien des femmes pour ces paroles plus que pour le rythme accrocheur qui les soutiennent. En effet, les paroles ont été critiquées par plusieurs, car derrière cet anthem, qui cherche à faire une cassure avec les standards de beauté inatteignables que nous renvoient souvent les médias, on retrouve la même recette, mélangée de manière différente.

Pour mieux vous expliquer, voici quelques-uns des passages (en traduction française) de ladite chanson:

Ouai c’est plutôt clair, je ne fais pas une taille 2
Mais je peux secouer, secouer ça comme je suis supposée le faire
Parce que j’ai ce boom boom que tous les garçons recherchent
Et tout ce qu’il faut à la bonne place
Je vois les magazines travaillant sur Photoshop
On sait bien que cette merde n’est pas réelle
voyons, arrêtez
Si tu en as de jolies jolies, juste montre-les
Car chacun de tes centimètres est parfait 
Des pieds à la tête

Ouai ma Maman m’a dit « Ne sois pas inquiète pas pour ta taille »
Elle dit que les garçons aiment avoir un peu plus de fesses à tenir le soir
Tu sais je ne ressemblerais pas à ces maigres poupées Barbie siliconées
Donc si c’est plutôt ton truc
Alors vas-y…voir ailleurs

Analysons quelques instants ces deux premiers paragraphes qui me paraissent assez contradictoires. Elle débute en affirmant qu’elle ne porte pas du 2 (comme bien des femmes), mais qu’elle a tout de même ce qu’il faut pour attirer les garçons. Déjà là, j’ai de la misère .  La diversité des corps dans la musique pop, c’est rafraichissant, il n’y en a pas assez et je lui donne ce qui lui revient pour l’effort. Par contre, elle se situe dans le même carcan que toutes les autres femmes qui chantent sur  l’utilisation de leur corp comme unique élément et objet pour plaire aux hommes. Pourquoi ne peut-elle pas dire qu’elle aime son corps comme il est, sans qu’il n’y ait de référence au fait qu’il sert à plaire au sexe opposé ?

Dans l’espace de deux vers, on passe de l’affirmation que tous les centimètres de ton corps sont parfaits à l’utilisation des termes maigre poupée Barbie siliconée . Ne vient-elle pas de dire, un peu plus haut, que tous les corps sont parfaits comme ils sont ? À l’exception de celles qui sont de maigres poupées barbies siliconées, ou celles qui n’ont pas assez de fesses pour que les garçons les cajolent le soir venu…

Je vais ramener les fesses à la mode
Vas-y et dis « Hey » à ces salopes maigres
Mais non je plaisante, je sais que tu penses que tu es grosse
Mais je suis ici pour te dire que ,
Chacun de tes centimètres est parfait des pieds à la tête!

Alors, ici, c’est la merveilleuse utilisation de salopes maigres (skinny bitches) qu’on a , parce qu’il faut croire qu’elles n’ont pas assez de centimètres pour être parfaites de la tête aux pieds …

En fait , ce que j’essaie de démontrer ici c’est qu’une chanson qui fait la promotion de la diversité corporelle en excluant un certain type de corps n’est ni très inclusif, ni très féministe, cette chanson ne brise pas les stéréotypes et faux modèles de beauté , mais  les perpétue de manière tout aussi dommageable . En catégorisant ainsi les tailles , on ne fait qu’élargir le clivage entre les différences corporelles au lieu de les embrasser .

Je vous laisse sur un article ( en anglais ) du site bustle, qui a décidé de refaire les paroles de la chanson de façon à projeter une vrai image positive des corps, dans son ensemble.

http://www.bustle.com/articles/39992-meghan-trainors-all-about-that-bass-lyrics-rewritten-to-be-more-body-positive-inclusive

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Curieuse depuis toujours, Marjorie s’intéresse à un peu tout, avec un penchant marqué pour les mots, le féminisme, les phénomènes de culture populaire et les mystères de la vie. Elle est bachelière en littérature et cofondatrice du Fil rouge, à travers duquel elle tente de faire son petit bout de chemin, lire le plus possible et surtout, apprendre et connecter avec les autres. Naviguant tant bien que mal à travers la vingtaine, elle trouve ses assises dans la lecture et l’écriture, cherchant toujours à comprendre un peu mieux les contradictions qui rendent la vie intéressante. Elle croit que la littérature fait partie de ces choses qui peuvent changer une vie, la rendre un peu plus douce et mettre un baume là où il faut.

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