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Ma petite soeur est plus grande que moi : l’égalité

Ma grande sœur, c’est elle qui m’a appris à me tenir la tête à l’envers, les jambes accrochées sur ces espèces d’échelles horizontales que notre gardienne avait dans sa cour. Ma grande sœur, c’est avec elle que j’avais décidé de déménager, à tout jamais, dans ma chambre, en apportant une boîte de biscuits et nos brosses à dents.  C’est dans ces moments de mon enfance qu’elle fut ma grande sœur et moi sa petite. Elle et moi, on avait un langage presque secret, en fait c’est elle qui en connaissait les codes et moi qui les déchiffrais. J’étais l’interprète de son langage, de ses mots qui s’enfargeaient dans sa langue et qui y ressortaient mâchés et un peu baveux. Puis, un jour, les rôles se sont inversés… Quand j’ai pris, sans lui dire, le rôle de la grande sœur. Quand j’ai rencontré mon copain actuel et que je suis tombée en amour, ma sœur a dit à ma mère qu’elle avait commencé à regarder les poussettes dans le catalogue Sears; quand je bois du vin, elle trouve ça bien drôle parce qu’elle ne comprend pas que je suis assez grande pour ça; quand on parle de nos chums (qui s’appellent tous les deux David), elle me raconte qu’elle dort collé avec lui, en pyjama. « Ohhh nonnn, ohhh nonnn pas tout nu! Voyons Marjorie, t’es drôle », qu’elle me dit. C’est clair qu’à ses yeux, je suis la petite et elle la grande.

C’est drôle parce que quand je parle de ma sœur, je ne sais pas trop par où commencer… Et je pense que même en écrivant ceci, je ne sais pas plus. Alors, soyez patient, on va commencer par le début.

Ma mère a eu ma sœur à 23 ans, elle était maman monoparentale et coiffeuse quand elle a décidé de retourner à l’université. Chaque matin, elle allait porter ma sœur à la garderie et se rendait à l’université.  Elle habitait seule avec ma sœur, elle menait sa vie du mieux qu’elle le pouvait et je pense que je ne comprendrai jamais toute l’ampleur de son courage et de sa force. Elle rencontra mon père, qui éleva ma sœur comme sa propre fille et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants… ou presque.

Bon, maintenant que vous savez et que, peut-être, vous comprenez un peu mieux la dynamique, je voulais vous parler de l’égalité.

Un jour, quelqu’un m’a dit : « ça du être dur, pareil, que ta sœur ait toujours plus d’attention que toi quand vous avez grandi! ». C’est drôle parce que, dans la tête de cette personne, ce n’était même pas une question, mais simplement une affirmation. Comme s’il était évident que j’avais été négligée et que ma sœur avait toujours été au premier plan.  Je ne peux que parler pour moi et de mon expérience, mais jamais je n’ai senti cette inégalité, peut-être que je ne m’en suis tout simplement jamais rendu compte, mais je pense plutôt que mes parents nous ont toujours mis d’égal à égal, jusqu’à un certain point. Ce que je veux dire par là c’est que, si ma sœur était capable d’avoir les mêmes réflexions que moi, elle vous dirait peut-être le contraire. Elle dirait peut-être que j’ai eu toute l’attention, que j’ai été traitée différemment… Mais puisque j’ai toujours été celle qui pouvait « comprendre » et  faire les nuances, j’ai peut-être bien eu quelques avantages sur elle, des privilèges qu’elle n’a pas et n’aura jamais, mais tout cela sans jamais vraiment affecter l’égalité. C’est difficile de rendre compte de cette relation d’égalité qui se joue avec tant de niveaux et de différences.

C’est difficile d’essayer de rendre juste au regard extérieur toute la complexité du rapport d’égalité qu’on peut retrouver entre moi et ma sœur. Nous sommes toutes les deux la petite sœur de l’autre, nous sommes deux grandes sœurs,  nous sommes deux êtres égaux qui ne s’équivalent nul par ailleurs que dans nos cœurs.

P.S : je me suis rendu compte que j’avais beaucoup à dire sur ma sœur , sur notre relation et j’ai l’intention d’en faire une petite série traitant de différents aspects , ça vous intéresse ? laissez le moi savoir dans les commentaires!

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Curieuse depuis toujours, Marjorie s’intéresse à un peu tout, avec un penchant marqué pour les mots, le féminisme, les phénomènes de culture populaire et les mystères de la vie. Elle est bachelière en littérature et cofondatrice du Fil rouge, à travers duquel elle tente de faire son petit bout de chemin, lire le plus possible et surtout, apprendre et connecter avec les autres. Naviguant tant bien que mal à travers la vingtaine, elle trouve ses assises dans la lecture et l’écriture, cherchant toujours à comprendre un peu mieux les contradictions qui rendent la vie intéressante. Elle croit que la littérature fait partie de ces choses qui peuvent changer une vie, la rendre un peu plus douce et mettre un baume là où il faut.

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