Réflexions littéraires
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On a jeté nos crayons

Aujourd’hui, j’ai écrit à la main sur une vieille feuille blanche qui traînait quelque part sur mon bureau, entre mon ordinateur et mon téléphone, pis j’me suis rendue compte que ça faisait vraiment longtemps qu’j’avais pas fait ça.

Trop longtemps.

Parce que, avouons-le, c’est rendu rare qu’on sort un stylo d’la poussière et qu’on laisse son encre couler sur un papier.

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C’est rendu rare, parce qu’on vit dans l’ère d’la fausse-vraie-vie virtuelle.

On s’est créé un monde teinté d’émoticônes et de hashtags. Un monde dans lequel on rit avec trois lettres au lieu d’prendre le temps de trouver ça drôle pour vrai.

« lol », ça va plus vite.

La calligraphie de tout l’monde est rendue pareille parce que, au fond, on n’en a plus vraiment. On l’a tous perdue le jour où on a troqué nos crayons contre le claquement d’nos doigts sur un clavier.

En 2015, on écrit tout l’temps.

Partout.

N’importe quand.

N’importe où.

Ç’qui pourrait quand même être quelque chose de pas mauvais, si ça nous déconnectait pas du vrai monde.

Un cellulaire dans sa poche, un ordinateur à la maison, une tablette sur sa table de nuit : on écrit sur des machines qui s’collent à notre peau comme des aimants. Nos doigts sont devenus une espèce d’extension aux robots qui minent notre vie et qui pensent plus vite que nous.

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Toujours le nez qui pointe vers le plancher, on écrit avec nos pouces pendant qu’on prend une marche dehors, les yeux rivés sur ç’qu’on tient entre nos deux mains. On ignore le temps qui file à côté d’nous, trop occupés à compter le nombre de pouces qu’a obtenu notre dernier statut.

On lance à nos proches un « je t’aime » plus souvent quand on est connectés sur les réseaux sociaux que lorsque l’on est l’un devant l’autre. Même que souvent, « jtm », c’est suffisant. Avec un p’tit cœur. Des fois.

On a davantage de conversations avec nos écrans qu’avec les gens réels. Les lettres manuscrites pis les mémos sur un post-it, ça fait longtemps qu’on a arrêté d’faire ça.

Peut-être parce que, de toute façon, on n’a plus vraiment le temps. Le monde tourne trop vite.

M’semble qu’on devrait ralentir un peu.

Prendre une pause.

Pour se connecter à la réalité.

Pour réapprendre à être gauchers ou droitiers.

Pour que les seules choses qu’on attache ensemble, ce soit nos lettres cursives, pas nos mains et nos gadgets électroniques.

Et tout simplement pour éviter que, un jour, la seule place où on pourra retrouver un crayon, ce sera dans un dépotoir.

2 Comments

  1. Julie Boucher says

    Je suis bien d’accord! Je fais partie de celles qui adorent le bruit du pouce-mine sur le papier! Pour moi écrire à la main, c’est comme dessiner! J’aime voir les lettre se former! L’autre jour, je parlais à un ami que j’avais une tablette sur laquelle j’écrivais souvent des lettres ou des poèmes. Il avait l’air surpris et m’a demandé quand je l’avais acheté. J’ai du lui expliquer que c’était une tablette de papier hahaha!

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