Littérature québécoise
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Un jukebox dans la tête

1679480-gfJacques Poulin est sans contredit un écrivain incontournable de la littérature québécoise. À l’instar des grands tels que Hébert, Tremblay et Ducharme, il arrive à nommer avec simplicité l’intériorité humaine. Rien de moins!

La plupart des lecteurs ont connu Jacques Poulin pour l’énigmatique Volkswagen Blues, le livre de la route québécois. Personnellement, c’est avec Les grandes marées et Volkswagen Blues que j’ai été transportée dans l’écriture de Poulin. Lorsque j’ai su que l’auteur publiait un nouveau roman en 2015, j’ai tout de suite voulu le lire. Il faut dire qu’il sait se faire désirer Poulin… car comme le dit son personnage de Jack Waterman dans Un jukebox dans la tête, les vrais écrivains ne publient pas à chaque année !

En effet, dans Un jukebox dans la tête, on y raconte l’histoire de Jack Waterman, un écrivain à succès (non populaire, mais plus critique et littéraire!) qui vit dans le Vieux-Québec. Ce dernier vit une existence disciplinée jusqu’au moment où il croisera les yeux de la belle rousse de l’ascenseur. Elle lui dira les mots que tout écrivain rêve d’entendre  :

« J’ai lu tous vos livres et… je vous ai fait une petite place dans mon coeur. »

Cette rencontre inspirée d’une vraie conversation vécue par Jacques Poulin viendra chambouler la vie de Waterman qui sera charmé dès les premiers instants. Cette belle rousse du nom de Mélodie deviendra au fil de leurs discussions et leur amitié, une personne très chère aux yeux de Jack. Ils passeront de longs moments à s’écouter se raconter des anecdotes de leurs vies. Malgré la grande différence d’âge qui les sépare, ils seront reliés par une relation amicale près de l’amour. Sans nécessairement consommer leur désir, ils vivront des moments de pure tendresse. Néanmoins, leur existence n’est pas toute rose. Mélodie racontera des souvenirs douloureux de son enfance et de sa jeune vie d’adulte. Elle parlera de son besoin de fuir vers San Francisco et j’oserais même dire qu’un petit instant de suspense sera créé par l’écriture de Poulin. Le récit de Mélodie est empreint de mystère, de coïncidences douteuses et viendra mener le déroulement du récit. Quant à Jack, il l’écoutera attentivement et avec beaucoup de respect dans ses monologues, qui délivreront Mélodie un peu de ses tracas. Il lui racontera ses voyages, ses premières expériences en tant qu’écrivain et les drames de sa vie. Mélodie sera la petite musique dans sa tête, son petit jukebox momentané qui viendra donner sens à sa solitude le temps d’un instant.

J’ai été conquise par ce roman et par la plume de Poulin. Il réussit avec brio, simplicité et tant de douceur à créer des relations fortes, tendres et enviables. La patience dans l’écoute de Mélodie comme dans celle Jack vient redonner du sens à leur nouvelle amitié, à leurs parcours et de manière encore plus vague, à l’union. Bien entendu, il y a des rapprochements à faire avec Jacques Poulin compte tenu que le personnage a le même métier et âge, mais il est important de se laisser charmer par Jack Waterman. Les réflexions sur le monde de l’édition et les auteurs populaires étaient aussi très drôles. Waterman nous donne même des conseils pour devenir un écrivain connu. Loin du sarcasme ou du cynisme, on ne peut faire autrement que d’y reconnaître quelques auteurs!

J’aurais envie de terminer en disant que je garderai une place dans mon coeur pour Un jukebox dans la tête, mais j’aurais peur d’être clichée…

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Un jukebox dans la tête, Jacques Poulin, Leméac, 2015

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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

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