Réflexions littéraires
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La fiction et les amitiés éternelles

C’était un après-midi de congé comme un autre. Je devais avoir 14 ou 15 ans et j’étais occupée à je ne sais trop quoi, lorsque le téléphone avait sonné. Au bout du fil, l’une de mes meilleures amies, en pleurs, peinait à prononcer le moindre mot. Inquiète, je l’avais encouragée à me parler, à prendre de grandes inspirations… et elle avait fini par bredouiller quelque chose qui ressemblait à : «Ils sont morts! »

Là, je ne vous dis pas à quel point mon estomac avait été chaviré, l’angoisse se répandant d’un seul coup à travers mon corps. Ils étaient morts? Qui? Ses parents? Nos amis? QUI? Je lui avais répété ce seul mot en guise de question, frénétiquement, tendue dans l’attente d’une réponse. Après quelques sanglots bruyants, elle avait gémi : «Nick pis Anne!» L’information s’était frayée un chemin dans ma tête… mais il ne s’était rien passé. Rien. Nick? Anne? C’est qui, ça? Perplexe, soudainement plus confuse qu’angoissée, je lui avais posé la question. Encore un moment de silence entrecoupé de sanglots. Puis, lorsqu’elle était parvenue à reprendre le dessus, elle avait fini par s’écrier: « Les personnages, dans mon livre! »*

Je l’aurais assassinée pour m’avoir fait une peur pareille.

Mais, malgré tout, je comprenais. Et je comprends encore, un peu plus de dix ans après.

En effet, je suis une personne extrêmement sensible, qui peut parvenir à se faire pleurer en écoutant une chanson triste, seule dans sa voiture (conduire avec les larmes aux yeux, ce n’est pas toujours très sécuritaire, je vous l’accorde) ou qui peut aisément verser quelques larmes à la mort d’un personnage aimé, en lisant un livre ou en écoutant une série télé.

Et je suis certaine que ça vous arrive aussi, régulièrement ou à l’occasion!

Selon moi, il s’agit d’un phénomène normal, qui peut être expliqué bien simplement: à force de fréquenter les personnages d’une œuvre de fiction, ils deviennent en quelque sorte nos amis. On s’attache à ces petites bêtes-là! Lorsque l’on ouvre un livre ou que l’on décide de s’installer devant une série télé pour l’écouter en rafale, tout notre être se retrouve absorbé par l’univers dans lequel l’histoire se déroule. On apprend à connaître les personnages peu à peu, on se réjouit de leurs victoires, on compatit à leurs malheurs, on s’imagine à leur place et on éprouve toute une gamme d’émotions au moindre rebondissement.

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C’est pourquoi, selon moi, la fiction est l’un des cadeaux les plus incroyables que l’on puisse recevoir. Parce qu’elle nous fait voyager, rire, pleurer, trembler, aimer. Parce qu’elle nous permet de décrocher du quotidien parfois trop lourd et nous fait réaliser à quel point notre vie n’est pas si mal, finalement. Parce qu’elle nous permet de créer des liens mystérieux, qui, à n’en point douter, conduisent parfois à d’étranges amitiés éternelles.

Bien entendu, la compagnie des êtres de papier et de pixels ne remplacera jamais une bonne vieille amitié humaine (du moins, je l’espère!). Cependant, elle peut s’avérer un véritable réconfort quand la vie nous malmène, ou bien quand on a envie de changer de réseau social, l’espace de quelques heures. Que l’on veuille faire copain-copain avec des sorciers, des elfes, des médecins, des enquêteurs, des guerriers, des jeunes adultes vivant un quotidien plus rocambolesque que le nôtre ou des aristocrates de siècles passés n’a aucune importance. L’important, c’est que l’on se dépayse… et que l’on retrouve avec plaisir nos amis fictifs, pour un moment privilégié. Même si parfois, ils nous brisent le cœur. Même si parfois, on aimerait que l’histoire se termine différemment pour eux…

Juste comme ça, en m’arrêtant un bref instant, je parviens à me souvenir de dizaines de personnages que j’ai aimés et que j’aime encore. Des personnages que je pourrais retrouver ou faire revivre éternellement, si je me donnais la peine de reprendre le livre duquel ils sont issus ou d’appuyer sur le bouton « Play » de la télécommande…

Et vous, entretenez-vous de ces « amitiés éternelles »?

*Petit fait cocasse: la jeune sœur de mon amie précédemment mentionnée m’a fait le même coup le mois dernier (les larmes et la fatalité en moins, la colère en plus)! Elle m’a téléphoné, tard en soirée, à la suite du décès d’un certain personnage lors d’un certain Red Wedding, dans Game of Thrones… (Pas de surprise ici, George R. R. Martin n’étant pas reconnu pour faire dans la dentelle! Si vous êtes d’une grande sensibilité et que vous décidez de vous lancer dans son univers, prenez garde…)

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Auteure, chroniqueuse et détentrice d'une maîtrise en création littéraire, Raphaëlle explore diverses facettes du milieu du livre à travers sa passion intarissable pour les mots et les histoires. Elle mène d'ailleurs de front une multitude de projets variés, au cœur desquels l'écriture se trouve toujours au premier plan. Dans ses créations, elle a un petit faible pour les littératures de l’imaginaire (fantasy, fantastique, épouvante, suspense), mais côté lecture, elle dévore un peu de tout; ce qui compte pour elle, c’est d’abord et avant tout de découvrir d'autres univers, pour ensuite partager ses trouvailles avec les autres. Son but en tant que lectrice? Être émue, bouleversée, émerveillée, éjectée hors de sa zone de confort. Son but en tant qu’auteure? Tenter de transmettre aux lecteurs toutes ces émotions vives et brutes qui, à ses yeux, font de la littérature une aventure sans âge et sans frontières.

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